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Marché : Un "effet cocktail" en vue pour la croissance française ?

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par Marc Joanny

PARIS (Reuters) - La bonne surprise de la croissance française au deuxième trimestre reste à confirmer mais la capacité de la deuxième économie de la zone euro à renouer avec l'expansion et la compétitivité peut encore surprendre.

La rechute inattendue de l'indice composite des directeurs d'achat (PMI) pour le mois d'août augure certes mal de l'activité au troisième trimestre après le rebond du printemps.

Elle conforte aussi les nombreux économistes qui ont souligné que la croissance plus soutenue qu'attendu au deuxième trimestre, en France comme dans plusieurs autres pays de la zone euro, ne devait pas faire illusion.

"Difficultés persistantes du secteur bancaire, consolidation budgétaire inachevée, désendettement du secteur privé, faiblesse du commerce mondial... empêchent une reprise solide et durable", écrivaient ainsi les économistes de Natixis en réaction à l'annonce d'une croissance du produit intérieur brut (PIB) au deuxième trimestre de 0,3% en zone euro et de 0,5% en France.

"Le risque de récession recule mais la capacité d'accélération de l'économie reste limitée", ont aussi prévenu les économistes de CM-CIC Securities, ajoutant toutefois que "les meilleures perspectives de croissance pour l'année 2013 réduisent l'incertitude sur un dérapage du déficit public en fin d'année (...) et le risque d'un accident sur les taux français".

"Il y a une tendance à l'affaiblissement dans les PMI (en France) et au regard de ce que nous constatons dans le reste de la zone, nous nous attendons à ce que les entreprises françaises deviennent un peu plus confiantes d'ici la fin de l'année", déclare Chris Williamson, économiste chez Markit qui compile les indices PMI et a fait état d'une poursuite de leur redressement pour la zone euro dans son ensemble ce mois-ci.

Selon lui, ces indices repasseront cette année en France au-dessus de seuil de 50 qui sépare les phases d'expansion et de contraction de l'activité, laissant espérer une sortie d'une longue phase de stagnation de l'économie française dont la variation du PIB en volume a oscillé autour de zéro de trimestre en trimestre depuis deux ans.

"HOMÉOPATHIE DE L'OFFRE"

Mais la croissance française pourrait ne pas trouver son salut dans la seule dynamique de ses partenaires.

"L'oeuvre réformatrice pointilliste de François Hollande gagne à être observée avec un peu de recul car, à petites touches et après quelques tâtonnements, c'est bien une politique de l'offre qui peu à peu se dessine, même s'il s'agit d'une homéopathie de l'offre", relève ainsi Olivier Passet, directeur des synthèses économiques à l'institut Xerfi.

Il évoque un "effet cocktail" sur la croissance, en référence à la chimie où des molécules prises séparément peuvent voir leurs effets renforcés lorsqu'elles sont combinées.

"Ceux qui aiment les politiques radicales, les électrochocs de l'urgence ne se retrouveront pas dans ce cap furtif de la politique française (...) mais la combinaison de mini-doses peut aussi produire son effet", poursuit-il, n'excluant pas que la vitesse de redressement de l'économie française puisse surprendre.

Souvent raillé pour une expérience qui se serait longtemps limitée à l'élaboration de compromis entre courants du Parti socialiste, François Hollande a dû composer depuis son arrivée au pouvoir avec une orthodoxie budgétaire promise à ses partenaires européens et surveillée de près par les marchés, un redressement de la compétitivité imposé par la dégradation des comptes extérieurs et un impératif de solidarité inscrit dans son programme électoral.

La cohérence de la politique économique a pu en faire les frais et la synthèse entre ces objectifs pas toujours compatibles devrait encore marquer la réforme attendue des retraites.

"Si l'on met bout à bout toutes les demi-mesures et les mesurettes, les 5 à 6 milliards du crédit d'impôt recherche, les 4 à 5 milliards engagés par l'Etat en deux ans dans le cofinancement de projets d'avenir, les pôles de compétitivité... les petits ruisseaux peuvent créer un début de courant", souligne toutefois Olivier Passet.

Le plan d'investissement de 12 milliards d'euros sur dix ans présenté par le gouvernement comme le gage d'une vision à long terme peut sembler modeste. "Mais il confirme la pérennité d'un dispositif novateur initié par le précédent gouvernement avec le grand emprunt et le Commissariat général à l'investissement qui n'a pas encore épuisé ses effets."

RAS-LE-BOL FISCAL

La loi de sécurisation de l'emploi a poursuivi une flexibilisation du marché du travail déjà amorcée et certaines mesures prises sous le précédent quinquennat comme les ruptures conventionnelles n'ont pas été remises en cause.

En matière de fiscalité, Olivier Passet relève que la crainte d'étouffement fiscal qu'avait suscitée la première loi de Finances du quinquennat s'est atténuée.

"Le matraquage annoncé sur les hauts revenus des particuliers et de l'entreprise est moins prononcé qu'attendu du fait de certains réajustements comme dans le cas des plus-values de cession, de blocages juridictionnels comme pour la tranche à 75% mais aussi grâce à l'évanescence des bases sur lesquelles se concentre le tir fiscal."

Alors que la préparation du budget 2014 entre dans sa dernière ligne droite et que le gouvernement va devoir trouver 12 milliards d'euros de prélèvements pour tenir ses engagements de réduction des déficits, le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, s'est dit "très sensible au ras-le-bol fiscal" ressenti par les citoyens et les entreprises.

Olivier Passet souligne enfin que la France est déjà sortie de la phase de décrochage qui a suivi l'adoption de l'euro et l'élargissement de l'UE.

"Il faut cesser de regarder dans le rétroviseur. La France a connu un recul brutal de ses parts de marché pendant sept à huit ans après ce double choc mais le point de stabilisation a été dépassé il y a maintenant deux à trois ans", rappelle-t-il.

"Nous ne sommes déjà plus dans la dérive des coûts de main d'oeuvre que nous connaissions depuis le début de la décennie et le crédit d'impôt compétitivité-emploi (CICE) arrive à point nommé pour transformer l'essai."

"Sur les 20 points de dérive de nos coûts salariaux par unité produite depuis 2000 vis-à-vis de l'Allemagne, cinq points sont désormais gommés et si l'on prolonge la dynamique actuelle des salaires de part et d'autre du Rhin la moitié du terrain perdu pourrait être gommée d'ici la fin 2014."

Il relève aussi que la France a déjà pu reprendre pied par le passé, citant la politique de désinflation compétitive qui avait permis un "redémarrage économique spectaculaire en 1997-1998".

édité par Patrick Vignal

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