Bourse > Actualités > Points de marché > Tokyo : Effets limités du séisme au japon sur les valeurs européennes

Tokyo : Effets limités du séisme au japon sur les valeurs européennes

Tokyo : effets limités du séisme au japon sur les valeurs européennesTokyo : effets limités du séisme au japon sur les valeurs européennes

par Alexandre Boksenbaum-Granier

PARIS (Reuters) - Gérants et analystes estiment majoritairement lundi que les secteurs des services aux collectivités (Utilities), du luxe, de l'assurance et de l'automobile sont les plus exposés aux conséquences du séisme et du tsunami au Japon, mais jugent les valeurs européennes peu concernées par la situation.

Si des ajustements boursiers paraissent inévitables à court terme, les analystes estiment en effet que les pressions devraient rapidement se dissiper tandis qu'ils excluent toute correction durablement forte pour les valeurs européennes.

Plusieurs investisseurs relèvent d'ailleurs que les principales valeurs concernées sont finalement les groupes japonais et asiatiques, précisant que ce sont également ces derniers qui devraient profiter de la reconstruction des zones touchées par la catastrophe.

"Pourquoi chercher à l'étranger ce que l'on a à domicile", note Xavier Linsenmaier, gérant de la zone Asie pour Accropole AM, estimant que les valeurs japonaises et aussi les groupes coréens devraient être privilégiés. "Evaluer les répercussions sur les valeurs européennes paraît difficile."

"Envisager d'autres répercussions en Europe paraît compliqué car les groupes européens sont peu exposés au Japon (...) Ce sont surtout les groupes en Asie et au Japon qui sont concernés. A l'avenir, les producteurs de charbon pourraient bénéficier de la situation, mais principalement ceux originaires de la région, qui ont plus de facilité à exporter leur production vers le Japon."

REGAIN DE RÉTICENCES CONTRE LE NUCLÉAIRE

La crise nucléaire au Japon pourrait déboucher sur des exigences accrues en matière de sécurité et freiner certains projets de l'industrie française à l'international.

La filière nucléaire a d'ailleurs été fortement pénalisée en Bourse lundi, l'action EDF et le certificat Areva ayant respectivement cédé 5,28% et 9,61%. A Francfort, les allemands E.ON et RWE ont perdu 5,26% et 4,77%.

"La voix des anti-nucléaire va de plus en plus se faire entendre (...) A l'avenir, les énergies renouvelables devraient profiter de la situation avec des effets positifs sur le secteur dont les niveaux de valorisation sont, en outre, acceptables", souligne Arnaud Bauduin gérant actions chez OFI AM.

En Allemagne, le gouvernement d'Angela Merkel a décidé de suspendre l'accord prolongeant la durée de vie des centrales nucléaires.

"On est dans l'expectative. On est comme dans une situation de guerre et les effets ne sont pas tous connus (...) Tant qu'il y aura des doutes et des incertitudes la filière nucléaire va souffrir en Bourse", prévient Alexandre Hezez, responsable de la gestion chez Convictions AM.

Les valeurs du luxe souffrent en Bourse, alors que le marché japonais, qui représente selon les estimations des analystes entre 11% et 15% des ventes mondiales du secteur, compte parmi les grands marchés mondiaux du luxe derrière l'Europe et les Etats-Unis.

LVMH, numéro un mondial du luxe qui réalise 9% de ses ventes dans l'archipel nippon, a perdu 3,09%. Hermès, pour qui le marché japonais reste le premier marché (19% de son activité), a reculé de 3,14% et PPR, qui réalise 16% de ses ventes de luxe dans le pays, 2,49%.

RISQUE DE PARALYSIE DU PAYS

Le luxe est extrêmement cher et le tremblement de terre tient lieu de catalyseur pour la baisse des valeurs du secteur, précise toutefois Alexandre Hezez.

Pour le secteur de l'assurance, dont l'indice Stoxx en Europe a abandonné 2,06%, l'agence AIR Worldwide évalue entre 14,5 et 34,6 milliards de dollars (10,4-24,8 milliards d'euros) les pertes potentielles liées au parc immobilier, contre un coût de 35 milliards de dollars lors du grand séisme de Kanto en 1923 et de 7 milliards en 1995 pour Kobe.

"Il est trop tôt pour savoir qui est réellement concerné. Dans le doute, les investisseurs vendent le secteur mais il y aura des retours quand on aura eu des précisions et que l'on saura qui est vraiment touché", assure Eric Turjeman, responsable des expertises actions chez Amundi.

"Le tourisme pourrait être affecté, car si le Japon n'est pas le pays le plus touristique qui soit dans le monde, il y a en revanche beaucoup de Japonais qui voyagent."

Scor, en baisse de 3,43%, a été plus durement touché en Bourse que ses concurrents en comparaison de son exposition limitée dans le pays. Certains analystes, comme ceux d'UBS, estiment que si les pertes venaient à être finalement moins lourdes que prévu, le titre du réassureur français pourraient offrir de belles perspectives de rebond.

Plus généralement, les analystes relativisent le poids économique de la région dévastée par la catastrophe naturelle.

"Les préfectures de Migayi et Fukushima représentent ensemble une population de 4,5 millions de personnes et un PIB combiné de 16,2 trillions de yens, soit l'équivalent de 3,5% environ du PIB national", note JPMorgan AM, précisant que ces préfectures sont réputées pour la fabrication d'automobiles, de machines de précision, d'électronique et d'informatique.

"A titre de comparaison, les régions de Kobe et Osaka représentaient environ 6% du PIB avec une population de l'ordre de 14,5 millions de personnes."

En dehors du risque nucléaire, il existe un risque de paralysie de l'activité économique japonaise liée à l'alimentation du pays en électricité, 9% de la production d'électricité ayant été arrêtée, ce qui pourrait entraîner des ruptures partielles de production jusqu'à la fin du mois d'avril, relève cependant Etienne Pourny, PDG Stelphia AM.

De fait, les constructeurs automobiles Toyota et Honda ont déjà annoncé la suspension de leur production au Japon pendant au moins quelques jours. Deux usines de Nissan devraient être fermées au moins jusqu'à vendredi.

"Selon les scénarios favorables, on évalue la perte de production industrielle (au Japon) entre 5% et 10%, et à un tiers pour les plus pessimistes (...) C'est quelque chose de significatif et correspondrait à ce que l'on a vu avec les conséquences de la crise post-Lehman dans le cas le plus défavorable", précise Etienne Pourny.

Les niveaux de valorisation restent cependant attrayants en Europe, ajoute Franz Wenzel, directeur adjoint de la stratégie d'investissement chez Axa IM, relevant une hausse de la prime de risque qui explique la baisse des marchés en général.

"En Europe, les PE (rapport cours sur bénéfices) sont de l'ordre de 11-12 fois les bénéfices attendus pour 2011, ce qui constitue un amortisseur pouvant soutenir le marché. A titre de comparaison, un PE de 13 constitue une valorisation convenable, alors qu'au-delà c'est cher et qu'en dessous c'est plutôt bon marché", estime-t-il.

Edité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2011 Thomson Reuters

Je donne mon avis

TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT L’APPLI
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...