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Marché : Pas de zone euro sans dette fédérale, selon un économiste

Pas de zone euro sans dette fédérale, selon un économistePas de zone euro sans dette fédérale, selon un économiste

par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - La survie de la zone euro passe par un renforcement des fonds propres de son secteur bancaire et surtout par la fédéralisation de sa dette, estime l'économiste Jacques Delpla.

En acceptant le principe qu'un pays membre puisse faire défaut, l'accord du 21 juillet sur la Grèce menace la zone euro d'éclatement à court terme, juge ce membre du Conseil d'analyse économique, régulièrement consulté par les décideurs politiques français.

Dans ce scénario, et sans autre action à moyen terme, seule une intervention massive de la Banque centrale européenne pourrait permettre à la zone euro de rester en un seul morceau, dit-il dans un entretien par téléphone accordé à Reuters.

"L'éclatement de la zone euro est la solution par défaut si on en reste à l'accord du 21 juillet," dit-il. "Ça ouvre la boîte de Pandore. On a accepté qu'un pays puisse faire défaut en zone euro et donc la contagion est là."

L'Espagne et l'Italie sont déjà en ligne de mire et la France, en raison notamment de l'exposition de ses banques, pourrait suivre, fait-il valoir.

"Si on en reste à l'accord du 21 juillet, il n'y a plus de zone euro avant la fin de l'année, sauf si la BCE rachète tout ce qui pose problème", dit-il.

Pour éviter ce scénario catastrophe, Jacques Delpla a une solution.

Son mécanisme, élaboré avec l'économiste allemand Jakob von Weizsäcker et dont une nouvelle mouture sera présentée le mois prochain, consiste à réformer la structure du marché obligataire européen en divisant juridiquement en deux la dette publique de chaque pays de la zone euro.

DU BLEU ET DU ROUGE

D'un côté, la dette bleue, représentant jusqu'à 60% du PIB, qui serait mise en commun au niveau européen et gérée par une agence européenne de la dette.

Le reste de la dette serait rouge et concentrerait le risque de défaut de chaque pays.

"Il n'y aura pas de zone euro s'il n'y a pas de dette fédérale", estime Jacques Delpla.

La dette bleue, très sûre, serait attractive pour un marché affamé d'actifs fiables et pourrait même concurrencer la dette américaine, dit-il.

L'économiste souffle donc deux idées à Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, qui se rencontreront mardi à l'Elysée avec au menu les moyens de renforcer la gouvernance d'une zone euro fragilisée par la crise de la dette souveraine.

"La première, c'est de renforcer massivement les fonds propres du secteur bancaire européen, du Sud et du Nord, et la seconde, c'est de passer à la dette bleue", dit-il.

"Je n'ai pas vu sur le marché de proposition meilleure que la nôtre", insiste-t-il.

OPTIMISTE QUAND MÊME

Jacques Delpla ne pense pas qu'à l'Europe mais aussi à la France, qui doit annoncer le 24 août prochain de nouvelles mesures destinées à tenir ses objectifs en matière de réduction des déficits publics.

"Les objectifs de la France se fondent sur une hypothèse de croissance trop élevée", estime-t-il.

"Dans le projet de loi de finances qui vient, il faudrait qu'il y ait une réduction des déficits publics, par rapport à ce qui avait été envisagé, de deux points de PIB supplémentaires sur deux ans, ce qui ferait 30 milliards à trouver en 2012, et 10 en 2013.

"Sinon, c'est (Jean-Claude) Trichet qui enverra la lettre, ou (Mario) Draghi, on consultera à peine le Parlement et ce ne sera plus la peine de demander à la France d'être co-leader de l'Europe", ajoute-il, en faisant référence à l'actuel président de la Banque centrale européenne (BCE) et à son successeur désigné.

Les auteurs du traité de Maastricht avaient tout prévu sauf une crise panique de la dette souveraine, estime Jacques Delpla, qui ne verse cependant pas dans le pessimisme.

Ses raisons d'être optimiste sont au nombre de trois.

"D'abord, je pense que le gouvernement fera ce qu'il faut", dit-il. "C'est dans l'intérêt de Nicolas Sarkozy d'être dur sur les déficits et il sait que s'il ne fait rien, par défaut, il est battu.

"Ensuite, je pense que les Allemands vont faire ce qu'il faut aussi", poursuit-il. "Au pied du mur, ils choisissent toujours l'Europe."

La troisième raison est illustrée selon lui par le train de mesures drastiques récemment annoncé par Silvio Berlusconi.

"Les pays sont désormais obligés de prendre les mesures favorables à la croissance qu'ils ne prenaient pas jusqu'à présent pour des raisons de petite politique", conclut-il.

Edité par Gérard Bon

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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