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Marché : Nouvel accès de fièvre en zone euro et aux etats-unis

Nouvel accès de fièvre en zone euro et aux etats-unisNouvel accès de fièvre en zone euro et aux etats-unis

par Robin Emmott et Fiona Ortiz

BRUXELLES/MADRID (Reuters) - La crise de la dette a provoqué lundi une nouvelle poussée de fièvre sur les marchés, alimentée par une mise en garde de l'agence Moody's au sujet de la France et par l'incapacité des parlementaires américains à s'entendre sur la réduction du déficit.

Même la nette victoire électorale de la droite espagnole, dimanche, n'a pas suffi à rassurer les investisseurs, angoissés à l'idée qu'aucun pare-feu suffisant n'existe pour empêcher la propagation de la crise de la dette souveraine.

Les Bourses européennes ont clôturé en forte baisse, Paris cédant 3,41%, soit plus de 100 points sur la séance, à 2.894,94 points. La Bourse de Milan a lâché 4,74%, celle de Madrid 3,48%, Londres 2,62%, Francfort 3,35% et l'indice paneuropéen EuroStoxx 50 3,42%.

Les primes de risques demandées pour détenir de la dette espagnole, italienne et belge plutôt que des titres allemands ont progressé dans l'après-midi, celle sur la dette française grimpant brièvement à 174 points de base (pdb) après la mise en garde de Moody's, avant de retomber sous 160 pdb.

L'agence de notation a pointé le risque que représenterait pour le "triple A" de la France une hausse durable de ses coûts de financement combinée au ralentissement de la croissance.

"Cette crise atteint le coeur de la zone euro. Nous ne devrions avoir aucune illusion à ce sujet", a estimé le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn, qui a défendu les politiques de rigueur préconisées par Bruxelles.

"On ne peut pas se contenter de bâtir une stratégie de croissance sur l'accumulation de dette lorsque la capacité d'honorer la dette existante est mise en doute par les marchés", a-t-il dit lors d'un séminaire à Bruxelles. "On ne peut pas contraindre les créanciers étrangers à prêter davantage d'argent s'ils n'ont pas confiance."

PAPADÉMOS À BRUXELLES, LE "TRIPLE A" FRANÇAIS SOUS PRESSION

Pour son premier déplacement à Bruxelles, le nouveau Premier ministre grec Lucas Papadémos a appelé lundi les dirigeants des partis politiques de son pays à adresser aux ministres des Finances de la zone euro la confirmation écrite de leurs engagements en matière de réformes.

Faute d'une telle lettre, la zone euro ne verserait pas la prochaine tranche de l'aide internationale à la Grèce, d'un montant de huit milliards d'euros, ce qui menacerait Athènes d'un défaut de paiement à brève échéance.

Pour tenter de freiner la contagion de la crise de la dette à des pays du coeur de la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé avoir racheté pour 7,986 milliards d'euros d'obligations la semaine dernière, un montant en forte hausse par rapport aux 4,478 milliards de la semaine précédente.

Mais, notant le bond des rendements de la dette française la semaine dernière, le principal analyste de Moody's sur la France, Alexander Kockerbeck, a déclaré dans une note que "des coûts de financement durablement élevés amplifieraient les défis budgétaires auxquels est confronté le gouvernement français dans un contexte de détérioration des perspectives de croissance, avec des conséquences négatives sur le crédit".

Le rendement des emprunts à 10 ans, dont l'évolution reflète de façon inversée l'appétit pour la dette française, a augmenté d'une vingtaine de points après la publication de cette note et les assurances contre le risque de défaut (CDS) ont atteint des records.

La ministre française du Budget, Valérie Pécresse, a toutefois exclu un tour de vis budgétaire supplémentaire, après deux plans d'austérité en moins de deux mois.

"La croissance est ralentie mais elle existe encore, c'est pour cela qu'il faut qu'on la soutienne. Aujourd'hui, nous avons un budget qui est crédible, sincère", a-t-elle déclaré sur RTL.

Le ministre de l'Economie François Baroin a de son côté souligné que les conditions de financement de Paris restaient à des niveaux très favorables et que les mesures d'austérité n'auraient pas d'impact négatif sur la croissance.

Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a quant à lui estimé que si la France perdait son "triple A", il en irait de même pour le FESF, et que l'idée de créer des "euro-obligations" n'était pas en soi une absurdité.

INCERTITUDE AUSSI AUX ÉTATS-UNIS

Outre le cas français, les investisseurs s'inquiètent aussi de la situation aux Etats-Unis, où les coprésidents de la commission spéciale du Congrès chargée d'examiner les moyens de réduire le déficit fédéral devraient constater lundi l'échec de leur mission, selon des sources.

Ce "super-comité" de six démocrates et six républicains, formé cet été après l'accord sur le relèvement du plafond de la dette américaine, était censé identifier au moins 1.200 milliards de dollars d'économies sur dix ans.

"Le Congrès laisse passer l'occasion de présenter un plan crédible aux marchés alors qu'une des dernières choses dont nous ayons besoin, c'est davantage d'incertitude", déplore Paul Ballew, chef économiste de Nationwide Insurance.

Wall Street reculait de plus de 2% vers 18h00 GMT, l'indice S&P 500 repassant sous les 1.200 points. Les échanges devraient être modestes cette semaine en raison de la fête de Thanksgiving jeudi, ce qui pourrait ajouter à la volatilité des marchés.

La victoire dans les urnes du Parti populaire (PP) espagnol, qui a obtenu dimanche la majorité absolue, n'a pas eu l'effet apaisant escompté malgré les réformes promises par le futur président du gouvernement Mariano Rajoy.

"Cela pourrait apaiser les marchés, mais jusqu'à ce que le nouveau gouvernement dise ce qu'il compte faire, rien ne changera", commente Angel Laborda, analyste à Madrid pour le groupe de réflexion Funcas.

Toutefois, la secrétaire générale du PP Dolores Cospedal a indiqué lundi soir que Mariano Rajoy ne détaillerait pas ses projets de réformes économiques avant son entrée en fonction le mois prochain.

L'Espagne est le cinquième pays européen aux prises avec la crise de la dette à changer de gouvernement cette année, après l'Irlande, le Portugal, la Grèce et l'Italie.

Jean Décotte et Natalie Huet pour le service français

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