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Marché : Moody's bride une aide publique éventuelle aux banques en france

Moody's bride une aide publique éventuelle aux banques en franceMoody's bride une aide publique éventuelle aux banques en france

par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - L'évaluation par Moody's de la perspective stable du "triple A" de la France illustre qu'à la différence de 2008, l'Etat français dispose actuellement d'une marge de manoeuvre étroite pour aider son système bancaire à se recapitaliser afin de surmonter la crise de la dette en zone euro.

Alors que les dirigeants européens travaillent à un plan de recapitalisation du secteur bancaire du Vieux continent, l'agence de notation indique en effet qu'une intervention publique dans le système bancaire français sera un des éléments qu'elle prendra en compte pour évaluer la perspective de la note de la France dans les trois mois qui viennent.

Dans cette perspective, un nouveau dispositif de recapitalisation publique des banques et de garanties d'Etat au refinancement, tel que celui mis en place à l'automne 2008, paraît, selon les analystes, difficilement envisageable, sauf à mettre en péril la note de la France qui participe déjà au nouveau sauvetage de la banque franco-belge Dexia.

Après la faillite de Lehman Brothers, le gouvernement avait mobilisé une enveloppe globale de 360 milliards d'euros dont 320 milliards d'aide à la liquidité via la Société de financement de l'économie française (SFEF) et 40 milliards pour le renforcement des fonds propres via la Société de prises de participation de l'Etat (SPPE).

"Le message de Moody's revient à dire que la France ne peut pas aider son secteur bancaire", commente Alex Koagne, analyste financier chez Natixis. "C'est une manière de dire : 'si vos banques doivent être recapitalisées, elles devront le faire sur les marchés'. C'est l'interprétation que j'en fais."

"Si on parle de renflouement des banques avec garanties de refinancement comme en 2008, là il y aura un problème de notation pour la France", prévient aussi Christophe Nijdam, analyste chez Alphavalue.

DÉGRADATION PAR RICOCHET

Pour rassurer les marchés sur la solidité du système bancaire européen, le gouvernement français demande en priorité aux banques de se recapitaliser par leurs propres moyens en mettant davantage de bénéfices en réserve ou en sollicitant des capitaux privés, une intervention publique n'étant pour le moment envisagée qu'en ultime recours.

S'alignant sur la position de l'Allemagne, Paris a de surcroît exclu toute intervention du Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour aider les banques.

Certains analystes se demandent toutefois si l'Etat ne devrait pas intervenir pour soulager les tensions qui règnent sur le marché du financement bancaire.

"C'est dangereux dans la mesure où le marché interbancaire est aujourd'hui fermé. Peu de banques peuvent émettre", réagit encore l'analyste de Natixis à l'annonce de Moody's. "Cela ajoute de la pression et je ne sais pas dans quelle mesure cela pourrait obliger l'Etat français à relancer la SFEF."

La menace qui pèse sur le "triple A" de la France devient dans le même temps une menace aussi pour les notes des banques françaises dans la mesure où une dégradation de la France entraînerait une dégradation des notes bancaires, avec pour conséquence un nouveau renchérissement des coûts de financement.

Comme le montre le rapport de Standard & Poor's de vendredi sur le secteur bancaire français, les agences de notation prennent également en considération la capacité d'aide public des Etats pour évaluer et attribuer les notes de crédit des établissements bancaires.

"La conséquence d'une dégradation de la note de la France serait le risque d'un renchérissement du coût de financement pour l'Etat et les banques", résume Alex Koagne, chez Natixis.

La pression sur les banques françaises sera d'autant plus forte qu'elles ont déjà vu leur coût de financement augmenter avec la crise de liquidité qui sévit depuis l'été.

Déjà dégradées par les agences de notation, les banques françaises sont toujours vues comme étant vulnérables en raison de leur structure de financement.

"Après avoir correctement géré la crise après Lehman Brothers, on s'est peut-être un peu trop reposé sur nos lauriers", souligne un ancien banquier parisien, reconnaissant que les banques françaises avaient tardé à tirer tous les enseignements de la crise financière de 2008.

Fitch a placé jeudi dernier sous surveillance négative les notes de crédit long terme de BNP Paribas, du Crédit agricole et du Crédit mutuel.

L'agence Moody's a quant à elle prolongé mi-septembre l'examen des notes de BNP Paribas mais déclassé celles du Crédit agricole et de la Société générale.

Edité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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