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Marché : Yellen miserait sur la confiance en relevant les taux mercredi

Marché : Yellen miserait sur la confiance en relevant les taux mercrediMarché : Yellen miserait sur la confiance en relevant les taux mercredi

par Howard Schneider

WASHINGTON (Reuters) - La volatilité des marchés est faible, les revenus de la classe moyenne américaine ont recommencé à progresser, aucun facteur de risque international ne représente un danger imminent et l'inflation semble repartie à la hausse: si la présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, veut prouver qu'elle n'est pas soumise aux pressions des marchés, cette semaine pourrait lui fournir une occasion rare.

Les responsables de la Fed sont divisés avant la réunion de politique monétaire de mardi et mercredi, ce qui pourrait donner à sa présidente une influence décisive sur la décision finale. Et même certains investisseurs estiment qu'il est temps pour la Fed de cesser de se préoccuper de la réaction des marchés.

"Il faut passer à l'action", juge ainsi Michael Arone, responsable de la stratégie d'investissement de State Street Global Advisors. "Cela posera certaines difficultés au marché mais je pense que c'est sain dans le contexte d'un cycle de marché normal. Dans un premier temps, cela augmentera le coût du capital et fera le ménage dans les actifs plus risqués. Mais c'est sans doute la bonne solution."

Cette opinion est cependant loin d'être la plus répandue: une enquête de Reuters a montré la semaine dernière que la probabilité médiane d'un relèvement des taux cette semaine avoisinait 25% et 6% seulement des économistes interrogés ont dit s'attendre à ce que la Fed passe à l'action mercredi, la majorité d'entre eux tablant sur un relèvement de taux en décembre.

Les contrats à terme sur le taux des "fed funds" traduit un scepticisme plus marqué encore puisqu'ils suggèrent que la banque centrale pourrait maintenir le statu quo jusqu'en février.

ROMPRE UN CERCLE VICIEUX

De nombreux investisseurs et économistes jugent que l'économie américaine n'est pas prête pour une hausse de taux. Mais l'évolution des anticipations peut aussi bien refléter une inquiétude pour la situation économique que des doutes à l'égard du discours de Janet Yellen selon lequel les arguments en faveur d'une hausse de taux se sont renforcés.

Ce climat de scepticisme oblige les responsables de la Fed à un délicat exercice d'équilibre: plus les investisseurs écartent la possibilité d'une hausse de taux, plus le risque d'une réaction exagérée des marchés s'accroît, avec à la clé la possibilité d'un impact sur l'économie elle-même, un scénario susceptible de faire hésiter la Fed.

Rompre ce cercle vicieux pourrait justifier une prise de risque calculée, ont estimé récemment certains responsables de l'institution.

"Nous sommes en train de danser un menuet avec les marchés et nous ne pouvons ignorer ce qu'anticipent les marchés", a dit la semaine dernière Dennis Lockhart, le président de la Fed d'Atlanta.

Le problème est que les propos tenus ces derniers temps par des présidents de Fed régionales et des membres du conseil de la banque centrale ont encore ajouté à l'incertitude, certains mettant en garde contre le risque d'une accélération incontrôlée de l'inflation tandis que d'autres suggéraient un relèvement de l'objectif d'inflation pour favoriser la hausse des prix.

S'y sont ajoutés des appels à une révision de fond en comble de la politique monétaire et des craintes de voir l'économie américaine engluée dans une phase de croissance faible dont personne ne pourrait l'extraire.

LA PRUDENCE S'IMPOSE MOINS QUE L'AN DERNIER

Dans ce concert souvent discordant, Lael Brainard, une ancienne membre de l'administration Obama entrée en juin 2014 au conseil des gouverneurs de la Fed, joue une partition de plus en plus importante en mettant l'action sur la nécessité d'interpréter avec prudence les différents facteurs susceptibles d'influencer la politique monétaire.

Elle s'est exprimée avant cinq des six principales dernières réunions de politique monétaire, expliquant à chaque fois que la poursuite de la reprise économique américaine n'était pas garantie au vu de la faiblesse de la conjoncture mondiale.

Elle a de nouveau tenu ce discours la semaine dernière, plaidant pour la "prudence", ce qui a fait refluer les anticipations de hausse des taux.

Si son appel à la prudence était presque prescient l'an dernier, avant la phase de volatilité élevée des marchés liée au ralentissement chinois puis au référendum britannique sur l'Union européenne, les choses se sont calmées depuis, au point que la volatilité du marché obligataire américaine est au plus bas depuis la fin 2014.

Pour certains observateurs, les risques liés aux politiques monétaires de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque du Japon (BoJ) ainsi qu'aux fluctuations possibles du dollar sont désormais moins importants que l'incertitude sur la Fed elle-même.

Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan a ainsi déclaré la semaine dernière qu'il était temps que la Fed agisse, une opinion largement partagée dans le secteur bancaire.

"Une majorité des acteurs du marché des établissements de crédit veulent que la Réserve fédérale relève les taux d'intérêt", dit Steve Rick, chef économiste de CUNA Mutual Group, une société d'assurance et de services financiers.

"Un quart de point, ça ne va pas étouffer l'économie alors que les banques et les établissements de crédit seraient plus disposés à prêter s'ils pensaient que les taux d'intérêt donnent un signal clair", ajoute-t-il.

(avec Richard Leong à New York; Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison)

Copyright © 2016 Thomson Reuters

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