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Marché : Vienne et Luxembourg discuteront du secret bancaire avec l'UE

Marché : Vienne et Luxembourg discuteront du secret bancaire avec l'UEMarché : Vienne et Luxembourg discuteront du secret bancaire avec l'UE

par Michael Shields et Marc Jones

LONDRES/VIENNE (Reuters) - L'Autriche se joindra au Luxembourg pour discuter avec l'Union européenne des moyens de réprimer l'évasion fiscale, a déclaré mardi le chancelier Werner Faymann, laissant penser que Vienne a assoupli sa position sur la question du secret bancaire.

Le Luxembourg et l'Autriche sont aujourd'hui les deux seuls Etats de l'Union européenne qui refusent de communiquer aux autres pays membres l'identité des titulaires étrangers de comptes bancaires dans leurs établissements financiers.

La Commission européenne avait salué lundi la décision du Luxembourg de coopérer plus étroitement avec les autorités fiscales étrangères, tout en invitant l'Autriche à suivre son exemple.

Le chancelier social-démocrate a toutefois souligné que les comptes bancaires des Autrichiens resteraient à l'abri des regards indiscrets, ce qui ne sera pas le cas des dépôts étrangers dans les banques locales si les discussions avec Bruxelles se passent bien.

Ce même mardi, le ministre des Finances luxembourgeois Luc Frieden a fait savoir que le Grand-Duché étudiait la possibilité d'échanges automatiques d'informations sur les titulaires de comptes bancaires avec les autres Etats de l'Union européenne.

"Cela n'a pas encore été décidé, c'est quelque chose qui est actuellement discuté au sein du gouvernement", a dit Luc Frieden à des journalistes en marge d'une conférence à Londres.

Ces propos paraissent dénoter un changement radical de la part des deux pays qui jusqu'alors refusaient de partager la moindre information sur les déposants avec les autres Etats de l'Union européenne.

Ils se contentaient de pratiquer une retenue à la source et de la restituer aux pays d'origine des déposants d'autres pays de l'UE.

Mais entretemps la crise et l'austérité subséquente sont passées par là et les pressions ont gagné en intensité le mois dernier avec le renflouement de Chypre, un pays au système bancaire hypertrophié, alimenté par de l'argent étranger attiré par une fiscalité et une réglementation très tolérantes.

La Commission européenne avait averti l'Autriche lundi que refuser de modifier ses règles en matière de secret bancaire risquait de la placer dans une position "isolée et intenable".

Werner Faymann a saisi la balle au bond mardi, présentant sa décision comme un moyen de protéger la réputation de l'Autriche et de mettre la main au collet des fraudeurs tout en protégeant l'intimité de ses compatriotes.

"Nous tentons de déterminer une forme adaptée de lutte contre la fraude fiscale qui soit plus énergique qu'auparavant. Nous poursuivrons des discussions en même temps que le Luxembourg", a-t-il dit à la presse à l'issue du conseil des ministres.

Prié de dire si cela signifiait que l'Autriche n'opposerait plus aucune résistance à la communication d'informations sur l'identité de déposants, il a répondu: "Nous poursuivons ces discussions en même temps que le Luxembourg de façon à ce qu'il en sorte quelque chose; voilà ce que cela signifie".

CATHOLIQUE ET PROTESTANT

La ministre des Finances Maria Fekter, qui s'était jurée lundi de "se battre comme une lionne" pour préserver le secret bancaire, a souligné ce mardi que le droit autrichien ne permettait pas l'échange avec d'autres pays d'informations personnelles sur des déposants.

"Dans notre constitution, la protection de la vie privée et des données a un statut extrêmement prioritaire; cela ne s'harmonise vraiment pas avec un échange automatique" de données, a-t-elle dit, doutant que le droit communautaire prévoie un traitement spécial pour les autres ressortissants de l'UE disposant de comptes bancaires en Autriche.

Les dépôts du système bancaire luxembourgeois représentent 10 fois environ le PIB du pays. Quant aux banques autrichiennes, particulièrement présentes en Europe de l'Est et centrale, elles ont de temps à autre fait du secret bancaire un argument commercial, prenant acte du fait que seul un amendement de la constitution pouvait mettre fin à cette pratique.

Cela étant, les dépôts étrangers ont une place relativement modeste, les citoyens d'autres pays de l'UE ayant autour de 35 milliards d'euros en banque en Autriche, soit le dixième du total des dépôts, selon des données de la banque centrale.

"Notre 'business model' ne dépend pas du secret bancaire", avait dit lundi Andreas Treichl, directeur général d'Erste Group,.

Pour autant, le secret bancaire est un sujet sensible pour beaucoup d'Autrichiens au point qu'un haut fonctionnaire du gouvernement estimait que la question touchait plus à l'affectif qu'à l'intellect.

"Le public a l'impression que si on lève le secret bancaire, mon voisin peut savoir ce que j'ai dans mon livret d'épargne", a-t-il dit.

"Les pays catholiques aiment le secret. L'ouverture est un concept vraiment protestant", a-t-il ajouté. L'Autriche est un pays à majorité catholique romaine.

Wilfrid Exbrayat et Constance De Cambiaire pour le service français, édité par Véronique Tison

Copyright © 2013 Thomson Reuters

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