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Marché : Tensions financières et verbales autour de la Grèce après la BCE

Marché : Tensions financières et verbales autour de la Grèce après la BCEMarché : Tensions financières et verbales autour de la Grèce après la BCE

par George Georgiopoulos et Michelle Martin

ATHENES/BERLIN (Reuters) - Le ministre grec des Finances a étalé jeudi au grand jour son désaccord total avec son homologue allemand tandis que les valeurs bancaires chutaient à la Bourse d'Athènes au lendemain de la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de priver le secteur financier grec de ses financements.

Après leur entretien à Berlin, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, a expliqué avoir déclaré à Yanis Varoufakis que les promesses qui ont mené son camp au pouvoir n'étaient pas réalistes, ajoutant qu'ils s'étaient "mis d'accord sur leur désaccord".

Mais quelques instants plus tard lors de leur conférence de presse commune, Yanis Varoufakis affirmait: "Nous ne nous sommes même pas mis d'accord sur notre désaccord."

Wolfgang Schäuble a ajouté respecter le choix des électeurs grecs, qui ont placé le parti de gauche anti-austérité Syriza en tête lors des élections du 25 janvier, mais il a jugé essentiel que le nouveau gouvernement respecte les engagements pris par Athènes et qu'il coopère avec le Fonds monétaire international (FMI), la BCE et la Commission européenne.

A Athènes, le Premier ministre Alexis Tsipras a au contraire réaffirmé sa volonté de "mettre un point final" aux politiques d'austérité définies par l'UE.

"La Grèce n'acceptera plus de recevoir des ordres, notamment des ordres envoyés par courrier électronique", a-t-il dit dans un discours devant son groupe parlementaire. "La Grèce n'est plus le pauvre élève qui écoute la leçon avant de faire ses devoirs. La Grèce dispose de sa propre voix", a-t-il ajouté.

ATHÈNES RÉCUSE TOUT "CHANTAGE"

La Bourse d'Athènes a cédé 3,37% et l'indice local des valeurs bancaires chuté de 10%, après avoir perdu jusqu'à 22,6% en tout début de séance.

La décision de la BCE de ne plus accepter les obligations d'Etat grecques en garantie de ses financements revient à faire peser sur la seule banque centrale nationale grecque la responsabilité du financement des banques.

Toutefois, la banque centrale grecque a obtenu le feu vert de la BCE pour des financements d'urgence qui pourraient atteindre jusqu'à 60 milliards d'euros, a-t-on précisé de sources proches du dossier.

Sur le marché obligataire, le rendement des emprunts grecs à trois ans a pris jusqu'à plus de trois points, à près de 20%.

Un responsable gouvernemental grec, qui a requis l'anonymat, a utilisé le terme de "chantage" pour évoquer la décision de la BCE. "La Grèce n'a l'intention d'exercer aucun chantage sur qui que ce soit et elle ne cédera à aucun chantage", a-t-il dit.

"La décision de la BCE (...) est un acte de pression politique visant à ce qu'un accord soit conclu rapidement."

Pour le président François Hollande, la décision de Francfort "renvoie sur les Etats, sur les gouvernements, les responsabilités et c'est bien légitime: c'est aux Etats, aux gouvernements, bientôt à ce qu'on appelle l'Eurogroupe, de prendre ces décisions".

"Elle dit aussi au gouvernement grec qu'il doit annoncer un cadre pour ses réformes", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse.

PROLONGER OU RENOUVELER LE PLAN D'AIDE ?

A Bruxelles, le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis a estimé que le plan d'aide devait être prolongé pour donner du temps aux négociations. "Du point de vue de la Commission européenne, l'issue la plus réaliste consiste à (...) prolonger la durée du programme de quelque mois ou d'un semestre", a-t-il dit à Reuters.

Deux banques grecques ont déjà commencé à solliciter le mécanisme de fourniture de liquidité d'urgence ("emergency liquidity assistance", ELA) géré par la Banque de Grèce pour faire face à l'accélération de la baisse de leurs dépôts après la victoire de Syriza le 25 janvier, a-t-on appris de deux sources bancaires.

Ewald Nowotny, l'un des membres du Conseil des gouverneurs de la BCE, a estimé dans un entretien au site internet nzz.at que l'institution pourrait rouvrir l'accès des banques grecques à ses financements si Athènes concluait un accord avec ses créanciers sur un nouveau programme d'aide.

"Si, au cours des négociations, un (nouveau) programme se fait jour, alors bien sûr une dérogation sera à nouveau envisageable, mais nous ne sommes pas partie aux négociations", a-t-il dit.

Si elles étaient privées de tout financement, y compris l'aide d'urgence de la banque centrale nationale, les banques grecques pourraient rapidement se trouver asphyxiées, ce qui risquerait de provoquer l'effondrement du système financier du pays.

Pour le président de la Bundesbank Jens Weidmann, Athènes doit désormais assumer ses choix. "Si les marchés en venaient à considérer l'union monétaire comme un système d'assistance financière mutuelle en cas de problème grave, les doutes sur la solvabilité d'un pays particulier pourraient se propager plus rapidement aux autres Etats membres", a-t-il dit.

(avec Jean-Baptiste Vey à Paris, Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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