Bourse > Actualités > Points de marché > Marché : Sapin revient à Bercy, mais devra composer avec Montebourg

Marché : Sapin revient à Bercy, mais devra composer avec Montebourg

Marché : Sapin revient à Bercy, mais devra composer avec MontebourgMarché : Sapin revient à Bercy, mais devra composer avec Montebourg

par Yann Le Guernigou et Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Le nouveau ministre des Finances et des Comptes publics, Michel Sapin, aura pour mission de mettre en oeuvre le pacte de responsabilité et d'amadouer en parallèle les partenaires européens de la France si elle n'est pas, comme c'est probable, au rendez-vous de ses objectifs de réduction du déficit.

Le ministre du Travail sortant devra aussi composer avec Arnaud Montebourg, qui sort renforcé du changement de gouvernement et a fait monter ces derniers jours la pression sur la nécessité d'obtenir une réorientation de politiques de l'Union européenne trop marquées par l'austérité à son goût.

La cohabitation entre son prédécesseur Pierre Moscovici et le très médiatique ministre du Redressement productif a été tendue, parfois tumultueuse, ces deux dernières années.

On ne cachait pas ces derniers jours dans l'entourage de Michel Sapin que, s'il devait aller Bercy, ce serait à la condition d'en être le "patron".

Sa position dans le gouvernement, au même rang qu'Arnaud Montebourg qui récupère en plus l'Economie, fait qu'il devra composer avec celui dont il saluait récemment en privé le dynamisme, estimant qu'il "met du punch dans la vie politique et la vie économique".

Bien qu'il se soit rarement exprimé sur les questions européennes ces dernières années, Michel Sapin n'a jamais eu recours à la rhétorique provocatrice de son colocataire.

Il avait sévèrement critiqué l'an passé le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, qui défendait la nécessité d'une "confrontation" entre la France et l'Allemagne pour obtenir une inflexion des politiques européennes.

TENIR LES FINANCES PUBLIQUES

Michel Sapin, 62 ans dans quelques jours, n'arrive pas à Bercy en terre inconnue, ayant déjà été ministre de l'Economie et des Finances en 1992-1993 dans un gouvernement également impopulaire. Il était alors dans l'ombre de Pierre Bérégovoy, qui gardait la haute main sur les affaires économiques depuis l'hôtel Matignon.

Proche de longue date de François Hollande, il y revient avec un bilan mitigé au ministère du Travail, n'étant pas parvenu à faire reculer le chômage en 2013, comme l'avait promis le chef de l'Etat aux Français.

Mais sur le front du dialogue social, il a fait oublier le désamour né entre l'exécutif et les partenaires sociaux sous la présidence de Nicolas Sarkozy et peut se prévaloir de la signature de quelques accords importants comme la loi sur la sécurisation de l'emploi ou, plus récemment, la réforme de la formation professionnelle.

Comme ministre des Finances, il sera chargé de mettre en oeuvre le pacte de responsabilité annoncé début 2013 par François Hollande, qui repose sur des baisses de charge pour les entreprises en échange d'engagements sur l'investissement et l'emploi, et de tenir les finances publiques.

Bernard Cazeneuve, qui passe du Budget à l'Intérieur, lui a déblayé le terrain pour les 50 milliards d'euros d'économies que le gouvernement s'est engagé à mener d'ici 2017 et qui seront bientôt dévoilées.

"CONVAINCRE L'EUROPE"

Mais elles risquent d'être insuffisantes pour que la France respecte ses engagements en matière de déficit public, qu'elle doit ramener sous 3% du PIB en 2015 alors qu'elle a pris du retard dans son tableau de marche (4,3% fin 2013 au lieu de 4,1% prévu).

Sur ce point, un dialogue délicat l'attend avec Bruxelles, François Hollande ayant souligné lundi, en évoquant le pacte de responsabilité, la nécessité de "convaincre l'Europe que cette contribution de la France à la compétitivité, à la croissance, doit être prise en compte dans le respect de nos engagements".

Les instances européennes, qui ont déjà octroyé à Paris deux reports de calendrier pour ramener son déficit dans les clous du pacte de stabilité, ont réagi froidement.

"La France est consciente de ses engagements, elle a déjà obtenu du temps et doit fournir davantage d'efforts", a déclaré le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

Michel Sapin avait déjà été pressenti pour Bercy en 2012 avant d'hériter du portefeuille du Travail.

Passionné de monnaies antiques, le député de l'Indre avait été chargé du projet présidentiel du candidat François Hollande.

Normalien titulaire d'un DEA de géographie, camarade du chef de l'Etat dans la promotion Voltaire de l'ENA, aux côtés de Ségolène Royal, Dominique de Villepin ou Jean-Pierre Jouyet, sa liste l'a emporté dès le premier tour aux municipales d'Argenton-sur-Creuse, ville dont il a été le maire jusqu'en 2012.

(Edité par Yves Clarisse)

Copyright © 2014 Thomson Reuters

Je donne mon avis

TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT L’APPLI
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...