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Marché : Même modifié, le projet de taxe à Chypre risque le rejet

Marché : Chypre propose de ne pas taxer les dépôts sous 20.000 eurosMarché : Chypre propose de ne pas taxer les dépôts sous 20.000 euros

par Michele Kambas et Karolina Tagaris

NICOSIE (Reuters) - Le Parlement chypriote a entamé mardi l'examen du projet très controversé de taxation des dépôts bancaires prévu par le plan d'aide international accordé à Nicosie, qui vise à éviter l'effondrement du système bancaire et un défaut de l'Etat.

L'issue du débat restait très incertaine: aucun parti ne détient la majorité au Parlement et le président Nicos Anastasiades a lui-même prédit un rejet du texte, expliquant que les députés le jugeaient "injuste" et contraire aux intérêts chypriotes.

"Mon sentiment est que la Chambre va rejeter le projet de loi", a-t-il déclaré.

Face aux protestations de la rue et à la menace d'un rejet par le Parlement à Nicosie, l'Eurogroupe a recommandé lundi soir à Chypre de ne pas taxer les comptes dont le solde est inférieur à 100.000 euros - le seuil de garantie publique des dépôts dans l'Union - et d'alourdir la taxation au-dessus de ce montant afin d'assurer que le produit global du dispositif atteigne les 5,8 milliards prévus initialement.

Mais Nicosie n'a suivi qu'à moitié ces conseils : le projet de loi révisé, que s'est procuré Reuters, n'exempte que les dépôts inférieurs à 20.000 euros et prévoit de taxer à 6,75% les sommes situées entre 20.000 et 100.000 euros, puis à 9,9% les comptes de plus de 100.000 euros.

Le gouverneur de la banque centrale a reconnu qu'un tel barème ne permettrait pas de lever le montant attendu par l'Eurogroupe et le Fonds monétaire international pour compléter les dix milliards d'aide qu'ils prévoient d'apporter.

On ignore dans l'immédiat si Nicosie prévoit de combler le manque à gagner. Mais le ministre français de l'Economie Pierre Moscovici a d'ores et déjà déclaré que la zone euro et le FMI n'iraient pas au-delà de dix milliards.

"Nous ne pouvons pas prêter plus. Aller au-delà de 10 milliards d'euros, ça fait exploser la dette de Chypre", a-t-il dit lors d'une rencontre avec des journalistes, à Paris.

L'incertitude sur l'issue du débat au Parlement continue de peser sur les marchés européens. A la clôture des marchés européens, l'euro était repassé sous 1,29 dollar, non loin de son plus bas de trois mois. Les Bourses de Paris et Francfort ont quant à elles cédé 1,3% et 0,8% respectivement.

MOSCOU PARLE D'EXPROPRIATION

Le projet de taxe a provoqué une vague d'inquiétude dans la population chypriote et son examen par le Parlement, initialement prévu dimanche, a été reporté à deux reprises.

Trois partis ont clairement laissé entendre qu'ils ne soutiendraient pas une telle mesure tandis qu'un quatrième, participant à la coalition gouvernementale, a déclaré qu'il ne pouvait pas l'adopter en l'état.

A Francfort, la directrice générale du FMI Christine Lagarde a salué la volonté de Nicosie d'introduire "des taux plus progressifs" de taxation, tout en rappelant que l'enveloppe globale devait atteindre 5,8 milliards.

Nicos Anastasiades reste opposé à une taxation à plus de 10% des plus gros dépôts, dont une part importante est détenue par des étrangers, et notamment des Russes fortunés.

Il s'est entretenu au téléphone lundi soir avec la chancelière allemande Angela Merkel et a "insisté pour que ses partenaires européens offrent une aide supplémentaire". De nouvelles discussions entre Nicosie et Berlin étaient prévues dans la journée.

Le chef de l'Etat devrait aussi discuter avec le président russe Vladimir Poutine. Quant au ministre des Finances Michael Sarris, il doit avoir des entretiens avec des responsables russes mercredi à Moscou.

Certains Chypriotes espèrent en effet voir la Russie leur venir en aide alors qu'ils sont sévères pour l'attitude de l'Union européenne.

"Nous sommes ici pour protester contre la manière dot l'Europe nous traite", a déclaré Despina Protopapa, 45 ans, lors d'une manifestation mardi devant le Parlement. "Nous nous attendions à ce que l'Europe nous aide et nous soutienne, mais au lieu de cela, elle nous fait du chantage pour nous prendre notre argent."

La Russie, qui pourrait prolonger le prêt de 2,5 milliards d'euros accordé à Nicosie en 2011, a démenti les rumeurs selon lesquelles elle pourrait accorder une nouvelle enveloppe à Chypre, éventuellement en échange d'un accès futur aux réserves de gaz découvertes dans les eaux chypriotes.

L'ambassadeur russe auprès de l'Union européenne Vladimir Tchizov a jugé que la taxation des dépôts "ressemblait à une expropriation par la force".

Avec Jean-Baptiste Vey à Paris, Paul Carrel à Francfort, Adrian Croft à Bruxelles, Pierre Sérisier et Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

Copyright © 2013 Thomson Reuters

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