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Marché : Mario Draghi porté inexorablement vers une action radicale

Marché : Mario Draghi porté inexorablement vers une action radicaleMarché : Mario Draghi porté inexorablement vers une action radicale

par Paul Taylor

FRANCFORT (Reuters) - La panne de croissance qui se prolonge en Europe et l'absence de pressions sur les prix, une tendance encore exacerbée par la glissade des cours du pétrole, portent inexorablement le président de la Banque centrale européenne vers une action radicale.

Malgré les réserves de la Bundesbank et de l'opposition d'une bonne partie de l'opinion publique allemande, Mario Draghi prépare le terrain à un large programme de rachats d'actifs au début 2015, probablement en mars, pour éloigner une fois pour toutes le spectre de la déflation dans la zone euro.

Depuis des mois, "Super Mario" cherche des soutiens pour ce qui serait l'action la plus forte en 15 ans d'histoire de la BCE - faire tourner la planche à billets pour racheter des obligations souveraines à une grande échelle, ce que les financiers appellent un assouplissement quantitatif (QE).

Par leur histoire, les Allemands sont allergiques à une telle politique qui leur rappelle le spectre de l'hyperinflation des années 1920. Pour eux, le QE risquerait en outre de créer des bulles financières et reviendrait à dispenser certains pays, les mauvais élèves de la classe européenne, de réformes économiques douloureuses. Les plus farouches adversaires vont jusqu'à parler de financement illicite des Etats membres, ce que ne permettent pas les statuts de la BCE.

Mario Draghi a retourné l'argument en sa faveur, affirmant que la BCE enfreindrait son mandat si elle ne faisait rien pour faire remonter l'inflation à un niveau proche de 2%, correspondant à sa définition de la stabilité des prix.

"Ne pas respecter notre mandat serait illégal", a-t-il dit à l'adresse des Allemands lors de sa conférence de presse de jeudi, à l'issue de la dernière réunion monétaire de la BCE cette année.

DEMI-MESURES

La banque centrale a réduit sa prévision d'inflation à 0,7% l'an prochain et cette projection ne tient pas compte de la poursuite de la glissade des cours du pétrole.

Réfutant un à un les arguments des Allemands, Mario Draghi a souligné que l'assouplissement quantitatif avait fait la preuve de son efficacité aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qu'il entrait clairement dans le mandat de la BCE consistant à assurer la stabilité des prix et qu'il ne nécessitait pas une décision unanime du conseil des gouverneurs, l'instance de décision de la politique monétaire à la BCE.

Mais la réticence du principal bailleur de fonds de la BCE et de ses alliés aux Pays-Bas, au Luxembourg et dans les pays baltes force le président de la BCE à avancer prudemment, au risque, selon le point de vue anglo-saxon, d'agir trop tard et probablement trop peu.

En 2012, la petite phrase de Draghi promettant de faire "tout ce qu'il faudra" pour préserver l'euro avait d'un coup calmé l'agitation sur les marchés pendant la crise de la dette de la zone euro, donnant à la BCE une stature nouvelle - celle d'être l'unique institution européenne capable d'agir.

Désormais, il lui faudrait promettre d'acheter de la dette "autant qu'il le faudra pendant aussi longtemps qu'il le faudra" pour rassurer ceux qui doutent de l'efficacité d'un QE à l'européenne.

"En voulant à tout prix obtenir une approbation des Allemands, Mario Draghi commet sa faute la plus importante depuis qu'il dirige la BCE", juge Christian Odendahl, chef économiste du Centre for European Reform à Londres. "S'il attend d'avoir le soutien de l'opinion publique allemande, cela risque d'être trop tard."

En attendant, Mario Draghi multiplie les demi-mesures, persuadant le conseil des gouverneurs de racheter des obligations sécurisées et des titres adossés à des actifs tout en octroyant des prêts bon marché au secteur bancaire pour l'inciter à accorder des crédits.

Lors de la réunion monétaire du 4 novembre, il a obtenu que le conseil se prononce à l'unanimité en faveur d'un objectif de gonflement du bilan de la BCE pour le ramener au niveau de mars 2012, au plus fort de la crise de la dette, soit jusqu'à 1.000 milliards d'euros de plus qu'actuellement.

Jeudi dernier, il a obtenu le soutien de ses collègues pour dire que la banque centrale se réservait la possibilité de revoir en début d'année prochaine "l'ampleur, le rythme et la composition" de ces mesures si cela s'avère nécessaire pour lutter contre la faible inflation.

QUE FERA LA BUNDESBANK ?

Selon des sources de la banque centrale, le président de la Bundesbank Jens Weidmann et la représentante allemande au directoire, Sabine Lautenschläger, ont voté contre un changement de sémantique concernant le bilan de la BCE, désormais "destiné à" retrouver son niveau du début 2012 alors que la formulation était jusqu'ici qu'il "devrait" retrouver ce niveau.

Selon des experts, la BCE se mettra à l'abri de toute contestation juridique si elle procède à des achats d'obligations de tous les Etats membres de la BCE, sur le marché secondaire et en proportion de la participation de chacun d'entre eux au capital de la banque centrale.

Le fait que les obligations françaises et allemandes, qui offrent des rendements négatifs, en constituent la part la plus importante ne serait pas un problème puisque leurs détenteurs recevraient du cash qu'ils pourraient alors investir ailleurs.

Avec sa propre économie qui donne des signes de faiblesse et une inflation qui fléchit là aussi, l'Allemagne aura plus de mal à s'opposer à un QE.

Mario Draghi n'a pas souhaité dire quelle majorité il aimerait obtenir au conseil des gouverneurs pour lancer un QE, se contentant d'exprimer son souhait de calibrer l'opération de telle manière qu'elle entraîne un vote unanime.

Selon la presse italienne, le conseil des gouverneurs - qui regroupe les 18 gouverneurs de banques centrales nationales et les six membres du directoire de la BCE - a voté jeudi dernier à 18 voix contre six, à moins que ce soit 17 contre sept, en faveur d'une action plus hardie.

Quand le moment du QE arrivera, la question sera de savoir si la Bundesbank, à l'écoute de son opinion publique, se pliera à la décision majoritaire ou la dénoncera publiquement, au risque d'un affrontement frontal avec "Super Mario".

(Véronique Tison pour le service français)

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