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Marché : Les prévisions de la Fed de plus en plus en retard sur le marché

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par Ann Saphir

SAN FRANCISCO (Reuters) - Le décalage croissant entre l'évolution prévisible des taux d'intérêt telle que la perçoit la Réserve fédérale américaine et les anticipations des marchés financiers risque, s'il perdure, de saper la crédibilité de l'institution.

En dépit de la chute des anticipations d'inflation et des turbulences sur les marchés liées aux craintes pour la croissance, la Fed, faute d'avoir modifié son message, reste calée sur un scénario incluant plusieurs hausses de taux cette année.

Leur nombre reste flou et les investisseurs comme les économistes n'ont qu'un instrument à leur disposition pour tenter de s'en faire une idée: un graphique dans le "Résumé des prévisions économiques" de la Fed surnommé le "dot plot" et qui rassemble les projections du niveau futur des taux de chacun des membres du FOMC (Federal Open Market Committe), le comité de politique monétaire.

La présidente de la banque centrale, Janet Yellen, et le patron de la Fed de New York, William Dudley, ont laissé entendre la semaine dernière que des hausses de taux restaient au programme, en évoquant la tendance de fond solide de la conjoncture économique aux Etats-Unis.

Ni l'une ni l'autre n'ont fait directement référence au "dot plot", qui envisage quatre relèvements de taux cette année, alors que le marché estime désormais à un tiers la probabilité d'une hausse unique d'ici fin décembre.

Les responsables de la Fed expliquent que si le "dot plot", publié une fois par trimestre, ne dessine pas à proprement parler la trajectoire future de l'évolution des taux, il peut être utilisé pour piloter les anticipations.

Mais depuis la première publication, il y a quatre ans, de ces projections individuelles censées permettre aux marchés de mieux juger de l'orientation possible de la politique monétaire, les dirigeants de la Fed ont fréquemment dû revoir à la baisse leurs prévisions.

Pour certains économistes, ces projections avaient surtout pour utilité de renforcer l'engagement de la banque centrale à maintenir des taux quasi-nuls lorsque telle était l'orientation de la politique monétaire.

MAUVAIS SIGNAL

"Je pense que leur utilité a vécu et qu'elles risquent d'adresser un signal selon lequel (les responsables de la Fed) auraient un 'plan' au lieu d'être dépendants des indicateurs économiques", dit Michael Feroli, économiste de JPMorgan.

La Réserve fédérale ne semble pas pour autant disposée à abandonner le "dot plot". Au contraire, le président de Fed de San Francisco, John Williams, a laissé entendre le mois dernier qu'il était l'un des principaux éléments de la boîte à outils de l'institution, puisqu'il constituait un bon moyen d'"ajuster à la baisse la trajectoire de la politique (monétaire)" si la situation économique venait à se dégrader.

Le principal reproche adressé aux projections du "dot plot" est qu'elles ne permettent pas de se faire une idée claire de la position majoritaire au sein de la Fed. Et comme les projections sont anonymes, expliquent les critiques, les économistes en sont réduits à tenter de deviner lesquelles sont celles de Janet Yellen.

Le Fonds monétaire international (FMI) et d'autres observateurs estiment que la Fed aurait intérêt à remplacer le "dot plot" par des prévisions chiffrées, sur le modèle choisi par la Banque centrale européenne (BCE), afin qu'analystes et investisseurs aient une idée plus précise du scénario probable d'évolution de la situation économique et des taux. Certains parlementaires américains ont fait la même suggestion.

En attendant un éventuel changement, il est probable que les prévisions du "dot plot" seront revues en baisse dans les prévisions attendues à l'issue du FOMC de la mi-mars.

"La médiane du 'dot plot' va probablement évoluer vers trois hausses, voire deux, d'un quart de point pour 2016", prédit ainsi Scott Anderson, économiste de Bank of the West.

Mais même après un tel changement, la Fed serait encore en décalage avec le marché. Or, pour l'économiste Diane Swonk, pour en faire un véritable outil de pilotage des anticipations, la Fed doit veiller à ce que ses anticipations collent à celles du marché.

"Elle n'a pas voulu céder et elle a tenu à se distinguer pour ne pas être dépendante de Wall Street", explique-t-elle. "Mais au bout du compte, elle l'est bel et bien."

(avec Jonathan Spicer; Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

Copyright © 2016 Thomson Reuters

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