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Marché : Les "Abenomics" à la peine au Japon, les défis s'accumulent

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par Linda Sieg et Tetsushi Kajimoto

TOKYO (Reuters) - Le plan du Premier ministre japonais pour que l'économie renoue avec une croissance auto-entretenue grâce aux "trois flèches" de l'assouplissement monétaire massif, des dépenses budgétaires et des réformes structurelles peine à atteindre sa cible mais aucune alternative ne semble se dessiner.

Shinzo Abe a formellement lancé la deuxième phase de son plan mercredi avec une équipe gouvernementale remaniée, faisant entrer un de ses rivaux mais conservant ses ministres-clefs.

Les conseillers et proches collaborateurs d'Abe promettent certes d'avancer sur le front des réformes structurelles tout en expliquant que les "Abenomics" bénéficient à l'ensemble du pays sans oublier de se préoccuper de la question du vieillissement de la population.

Mais une série d'indicateurs économiques décevants laissent penser que le succès n'est pas au rendez-vous et les seules solutions de secours envisagées à court terme sont de nouvelles injections de liquidités par la banque centrale ou le report d'une deuxième hausse de la TVA prévue pour octobre 2015.

"Les Abenomics sont à la peine parce qu'elles n'entrent pas en application assez vite", commente Robert Feldman, responsable de la recherche de Morgan Stanley MUFG à Tokyo qui, comme beaucoup d'autres, pense qu'Abe doit accélérer sur le front des réformes structurelles, notamment du marché du travail, pour stimuler la productivité.

Un échec risque de laisser l'économie japonaise engluée dans un modèle de croissance et d'inflation durablement faibles ou pire dans l'incapacité d'enrayer un endettement public qui représente déjà plus de deux fois le produit intérieur brut, un niveau sans comparaison dans aucun autre grand pays développé.

La cote de popularité d'Abe, qui évolue actuellement autour de 50%, est très dépendante de la santé de l'économie. Une majorité de Japonais est favorable à un report de la hausse à 10% du taux de TVA prévue pour l'année prochaine après que le relèvement de 5% à 8% entré en vigueur en avril a ébranlé une reprise encore fragile.

"CERCLE VERTUEUX"

La nouvelle équipe gouvernementale prend ses fonctions alors que l'économie japonaise a enregistré une contraction spectaculaire de 6,8% en rythme annualisé sur la période d'avril à juin.

Potentiellement plus inquiétant, les salaires réels ont chuté pour le treizième mois consécutif en juillet, selon des données publiées mardi.

Ce recul menace l'un des piliers des Abenomics qui reposent sur l'idée que la stimulation monétaire et budgétaire entraînera une hausse de l'inflation et ce faisant des profits des entreprises qui pourront ainsi augmenter les salaires, ce qui soutiendra la croissance et enclenchera un cercle vertueux de croissance auto-entretenue.

"Pour que les effets de revenus fonctionnent, il faut que les salaires augmentent", a déclaré Etsuro Honda, l'un des architectes de la politique de reflation d'Abe, à Reuters.

Honda a dit que la prochaine hausse de la TVA devrait être reportée jusqu'en 2017 et n'être mise en oeuvre à cet horizon que si la hausse des salaires est au moins équivalente à celle des prix et que l'objectif d'une inflation d'au moins 2% en rythme annuel assigné à la Banque du Japon (BoJ) a été atteint.

A la différence des deux premières flèches des Abenomics, à savoir les injections massives de liquidités par la BoJ suivies d'un programme d'investissement et de dépenses publics, la troisième qui correspond à la déréglementation et aux réformes structurelles prendra du temps tout en exigeant une forte volonté politique.

"La stratégie de croissance ne se résume pas à une seule flèche. Il y a beaucoup de choses qui doivent être faites et qui ont été reportées pendant les vingt ans de déflation" qu'a connus le Japon, a dit un économiste du secteur privé qui conseille le gouvernement Abe sur la politique économique.

Les conseillers d'Abe ont clairement dit qu'ils voulaient que les entreprises jouent un rôle plus actif dans la relance et qu'elles ne s'en tiennent pas à engranger les dividendes d'un yen affaibli par une politique monétaire ultra-accommodante.

"En un sens, la première flèche de l'assouplissement de la politique monétaire était une manière de gagner du temps", a dit à Reuters le vice-ministre de l'Economie Yasutoshi Nishimura. "Je veux que les entreprises elle-mêmes, emmenées par leurs actionnaires, sortent des activités non rentables pour se tourner vers les secteurs de croissance."

Pour que cela se produise, le gouvernement doit accélérer la déréglementation et les réformes structurelles notamment dans le domaine du marché du travail, préviennent des économistes du secteur privé.

PRÉOCCUPATIONS LOCALES

Dans l'immédiat, un calendrier politique chargé va surtout inciter les responsables à persuader les électeurs en dehors de la capitale qu'ils ne sont pas les laissés-pour-compte d'une politique économique qui a surtout profité aux Tokyoïtes et aux grandes entreprises.

Abe et sa formation, le Parti libéral-démocrate (PLD), ont devant eux plusieurs élections pour le renouvellement de gouverneurs régionaux en octobre et novembre avant les municipales d'avril prochain. Des résultats médiocres lors de ces scrutins obéreraient les chances d'Abe de remporter un troisième mandat de trois ans à la tête du PLD dans un an.

Certains conseillers d'Abe s'inquiètent donc de voir revenir les vieilles recettes politiciennes consistant à tenter de séduire les électeurs par de nouvelles dépenses plutôt qu'en s'engageant dans la voie beaucoup moins populaire des réformes.

"Je pense qu'ils devraient opter pour des réformes difficiles, mais les politiques pourraient ne pas l'entendre de cette oreille", a déclaré Heizo Takenaka, un économiste membre du comité consultatif sur la réforme de la réglementation.

Les responsables économiques plaident aussi pour que la question du vieillissement qui se traduira par une diminution de 20% de la population japonaise à l'horizon 2060, à 100 millions d'habitants, ne soit pas oubliée. Mais ils soulignent en même temps qu'Abe doit accélérer le redressement de la productivité.

"Abe doit travailler plus dur pour assurer la mise en oeuvre de sa 'troisième flèche' en réformant le marché du travail et avec d'autres réformes qui pourraient s'avérer douloureuses à court terme", résume Masamichi Adachi, économiste chez JPMorgan Securities Japan.

(avec Yuko Yoshikawa, Marc Joanny pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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