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Marché : Le Portugal sort du plan d'aide mais la reprise reste fragile

Marché : Le Portugal sort du plan d'aide mais la reprise reste fragileMarché : Le Portugal sort du plan d'aide mais la reprise reste fragile

par Axel Bugge et Andrei Khalip

LISBONNE (Reuters) - Au bord de la faillite il y a trois ans, le Portugal s'apprête à sortir samedi du plan de renflouement mis en place par le FMI et l'Union européenne mais le chemin vers une reprise durable s'annonce encore long et sinueux.

Après l'Irlande en décembre, le Portugal deviendra ainsi le deuxième pays de la zone euro à boucler son sauvetage, décidé en 2011.

Avec 78 milliards d'euros d'aides versés, la situation budgétaire portugaise a certes retrouvé des couleurs et les coûts d'emprunts de Lisbonne sont retombés à leur plus bas niveau depuis huit ans.

Mais l'annonce, jeudi, d'une baisse surprise de 0,7% du PIB au premier trimestre a montré les limites d'un plan de redressement essentiellement centré sur les exportations. En réduisant le coût du travail, le Portugal a profité d'une forte hausse de ses exportations mais il est devenu dépendant d'une demande étrangère toujours incertaine.

Cette croissance sporadique illustre également le chemin qu'il reste à parcourir au Portugal avant de s'assurer une reprise économique durable.

La Banque du Portugal a abondé en ce sens jeudi en déclarant que les progrès réalisés depuis trois ans étaient insuffisants et que d'autres réformes étaient nécessaires pour soutenir la croissance et le redémarrage du crédit.

Or la perspective d'élections en 2015 pourrait inciter un gouvernement libéré du contrôle de la "troïka" à repousser ces réformes pour ménager des électeurs fatigués par des mesures d'austérité douloureuses.

Le Portugal, qui avait renoué avec la croissance au deuxième trimestre 2013, souffre en effet encore d'un chômage élevé, à 15,1% sur les trois premiers mois de l'année, même s'il a baissé depuis le pic de 17,5% atteint en 2013.

Pour ceux qui ont perdu leur emploi, vu leur pension ou leur salaire baisser, la sortie du plan de renflouement peut se résumer en une question: les réformes en valaient-elles la peine ?

"DÉVALUATION INTERNE"

Le problème, soulignent les économistes, est que les bénéfices tirés des réformes entreprises au cours de trois années d'austérité et de récession pourraient se faire sentir tardivement.

"Ce sont des économies politiques qui sont très difficiles à réformer. Le changement ne peut être que progressif", a estimé Antonio Barroso, vice-président du cabinet de conseil Teneo Intelligence à Londres.

Si le gouvernement a assoupli le marché du travail, beaucoup d'observateurs regrettent que l'accent ait été mis sur une baisse des coûts, notamment dans le secteur public, et sur les hausses d'impôts, sans que soit mises en oeuvre de profondes réformes pour réduire le poids de l'Etat ou favoriser davantage les exportations.

"Le renflouement a essentiellement reposé sur une dévaluation interne", a estimé Antonio Costa Pinto, analyste politique à l'Université de Lisbonne.

Cela a eu le mérite de plaire aux créanciers. Les coûts du travail ont chuté de 8% depuis 2011, pour revenir à 11,60 euros de l'heure en 2013, selon Eurostat, ce qui s'est traduit par des gains de compétitivité, les exportations ayant représenté 41% du PIB l'année dernière.

La Commission européenne estime cependant que malgré une baisse des salaires de l'ordre de 5% entre 2010 et 2013, celle-ci n'est pas suffisante pour faire baisser le chômage de manière tangible.

"Les défis du Portugal sont toujours les mêmes", selon Antonio Costa Pinto, pointant la nécessité d'améliorer encore la compétitivité.

COUP DE POUCE AUX PORTUGAIS

Le calendrier politique pourrait compliquer la donne. Le gouvernement sera certainement soucieux de donner un 'coup de pouce' aux Portugais avant les élections législatives de l'année prochaine.

D'autant que les rendements obligataires étant tombés à des plus bas, la pression des marchés en faveur de profondes réformes s'est fortement réduite.

Le rendement des obligations portugaises à dix ans était inférieur à 3,8% vendredi, alors qu'il avait culminé à plus de 17% début 2012.

Le gouvernement, qui ne sera plus sous la surveillance des inspecteurs de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, aura donc davantage de marges de manoeuvres, même s'il reste assujetti aux règles européennes en matière de déficit budgétaire.

Lisbonne a déjà annoncé l'annulation au cours des prochaines années de certaines baisses de salaires dans le secteur public et a dit envisager des baisses d'impôts dès 2015.

Ces mesures pourraient certes donner un coup de fouet à la croissance à court terme, mais reste à savoir si elles généreront assez d'emploi et de croissance pour réduire drastiquement la dette du Portugal, qui atteint 125% du PIB.

(Mathilde Gardin pour le service français, édité par Marc Angrand)

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