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Marché : Le 'non,merci' de Bouygues divise les analystes

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(CercleFinance.com) - Surprenant la plupart des observateurs, le conseil d'administration de Bouygues a annoncé hier soir avoir décliné la proposition de rachat de Bouygues Telecom formulée par Altice/Numericable-SFR, le groupe télécoms de Patrick Drahi.

Et maintenant ? Selon Nomura, qui semble y croire encore, l'implication d'Orange serait la clé de l'éventuelle concrétisation du 'deal'. Mais d'après Aurel BGC et Société Générale, il faut faire son deuil d'une étape supplémentaire de la consolidation des télécoms en France. Ce qui pourrait inciter Altice à racheter les minoritaires de Numericable-SFR, suppute incidemment la banque rouge et noir...

Selon la presse, Altice aurait via Numericable-SFR proposé environ 10 milliards d'euros pour racheter Bouygues Telecom, alors que Bouygues dans son ensemble capitalise moins de 12 milliards en Bourse. En outre, si Bouygues Telecom a gagné des clients au premier trimestre 2015, son chiffre d'affaires s'est tassé de 2% à 1.063 millions d'euros. Dans le même temps, la filiale a déploré une perte nette de 49 millions d'euros, à comparer avec un bénéfice de 11 millions en 2013 et une perte de 41 millions en 2014.

Première réaction : celle des analystes londoniens de la banque d'affaires japonaise Nomura. ''Non merci !' n'était certainement pas la réponse que le marché espérait, étant donné l'attrait de l'offre d'Altice', commentent ses analystes dans une note. D'autant que Bouygues a évoqué pratiquement tous les arguments possibles (sauf le prix) pour ne ouvrir de négociations, avant d'affirmer que Bouygues Telecom peut très bien continuer seul et que sa marge d'Ebitda devrait de nouveau dépasser 25% en 2017, contre 11% environ actuellement.

Selon Nomura, 'la balle est maintenant dans le camp d'Altice', mais pas seulement.

Premier point soulevé : Bouygues voudrait que Matignon soit de son côté. 'Martin Bouygues entretient des relations étroites avec les institutions publiques françaises et il s'est peut-être montré réticent à l'idée d'une confrontation avec le gouvernement', écrit le bureau d'études.

Deuxième point : les autorités de la concurrence. D'après Nomura, elles auraient probablement rendu un avis positif sur le 'deal' 'après aménagements”, mais ces derniers auraient-il suffit ? La 'rétrocession' d'actifs à Iliad telle qu'envisagée hier dans la presse semblait effectivement indispensable, mais elle aurait pu aussi ne pas suffire... La nature exacte dudit risque reste difficile à définir, en l'absence de saisine des autorités concernées.

Troisième et dernier point : l'implication d'Orange. Il semble clair à Nomura que le gouvernement, mais aussi le groupe Bouygues s'inquiètent des conséquences d'une telle opération sur l'emploi. D'où des conjectures selon lesquelles Iliad et Orange pourraient reprendre des salariés de Bouygues Telecom si ce dernier était racheté. L'opérateur historique a cependant fait savoir dimanche qu'il n'était pas impliqué dans l'affaire et qu'il n'avait l'intention de reprendre qui que ce soit s'il n'est pas partie prenante. 'Obtenir le soutien d'Orange pourrait bien constituer la clé de voûte de ce rapprochement', indique finalement Nomura.

Son de cloche radicalement différent chez Aurel BGC, qui souligne que le secteur des 'telcos' bruisse de rumeurs de rapprochement dans toute l'Europe et que 'la perspective d'une vente de Bouygues Telecom à un horizon plus ou moins proche (reste) ancrée dans les esprits'.

'Par conséquent, la spéculation qui agite le secteur pourrait violemment retomber dans les prochaines semaines au regard de cette réponse claire et précise de Bouygues, synonyme du maintien d'une forte concurrence dans le mobile et le fixe en France. Il s'agit en outre d'un camouflet sévère pour Patrick Drahi', commente l'intermédiaire parisien.

Et d'évoquer l'agence Bloomberg, qui rapporte de son côté qu'un porte-parole d'Orange a déclaré que le groupe n'a pas besoin d'une consolidation du marché français pour atteindre ses objectifs.

Chez Société Générale, et contre la tendance, on n'est en revanche pas surpris : 'Bouygues Telecom a répondu 'non' comme nous l'anticipions : la perspective d'une consolidation du marché français s'éloigne', titre le broker dans une note de recherche. Les analystes de 'SG' rappellent aussi que la décision unanime annoncée par le conseil d'administration de Bouygues s'inscrit dans la lignée des déclarations antérieures de Martin Bouygues, 'qui a toujours dit que Bouygues Telecom n'était pas à vendre'.

Un relèvement de l'offre de Numericable-SFR leur paraît par ailleurs de plus 'improbable' étant donné la tension du bilan du groupe. Et de conclure : 'l'absence de consolidation du marché en France, qui constitue notre scénario central, pourrait également conduire Altice à racheter les minoritaires de Numericable, dans la mesure où il pourrait arriver à la conclusion qu'il n'est pas forcément pertinent de maintenir Numéricable cotée avec un flottant si faible.'

A la Bourse de Paris, l'action Bouygues, qui lundi avait bondi de 13,2% à l'annonce de l'offre d'Altice/Numericable-SFR, reperd 9,1% à 34,5 euros. Numericable-SFR abandonne pour sa part 9,7% à 49,1 euros après un bond de 14,1% lundi.

Notons enfin que vendredi soir, soit avant l'annonce d'Altice, le titre Bouygues avait terminé à 33,6 euros, et celui de Numericable-SFR à 48 euros.


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