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Marché : Le GNL perturbe les jeux d'influence russes et chinois

Marché : Le GNL perturbe les jeux d'influence russes et chinoisMarché : Le GNL perturbe les jeux d'influence russes et chinois

par Terry Wade et Ayesha Rascoe

HOUSTON (Reuters) - La croissance attendue des échanges de gaz naturel liquéfié (GNL) dans les dix prochaines années va réduire le pouvoir d'influence de Moscou en Europe et pousser la Chine à s'impliquer davantage de manière constructive dans la gestion des affaires internationales.

Ce constat partagé par de nombreux experts de l'énergie réunis cette semaine pour la "grand-messe" annuelle du secteur, l'IHS Energy CERAWeek, peut sembler singulier en pleine crise ukrainienne. Les tensions entre Kiev et Moscou au sujet de la Crimée ont nourri les inquiétudes sur les approvisionnements de l'Europe en gaz.

Sur les 485 milliards de mètre cubes de gaz consommés chaque année dans l'Union européenne, environ 160 milliards proviennent de Russie, dont un tiers via l'Ukraine. Dans le passé, Moscou a suspendu ses livraisons à l'Ukraine lors de négociations tendues avec Kiev, provoquant des pénuries en Europe.

La Russie devrait continuer à jouer un rôle crucial sur le marché du gaz européen au moins jusqu'en 2020 et sans doute au-delà. Mais à plus long terme, son influence se réduira avec la montée en puissance des gaz de schiste à l'échelle mondiale et la mise en service d'un nombre croissant de terminaux GNL.

PROBLÈME GÉOPOLITIQUE

"La Russie a fait de ses capacités d'exportation de gaz une arme diplomatique depuis longtemps et a pris l'habitude d'en faire un outil de chantage. C'est ce qui lui a permis de tenir la bride haute à l'Ukraine", souligne un spécialiste des questions énergétiques russes, qui a souhaité garder l'anonymat.

D'ici 10 ans, "les Russes ne seront plus en situation d'utiliser leur gaz de cette manière et ils le savent", a ajouté cette source, estimant qu'il s'agit là "d'un problème géopolitique pour eux".

Avant la crise actuelle, l'Ukraine elle-même avait réduit sa dépendance au gaz russe, la ramenant à 22 milliards de mètres cubes par an contre 42 milliards précédemment, selon Carlos Pascual, un diplomate du département d'Etat américain spécialiste des questions énergétiques.

Les tensions en Ukraine ont toutefois conduit des parlementaires américains à demander une accélération des autorisations de construction de complexes d'exportation de GNL par le département de l'Energie, qui a donné un feu vert conditionnel pour six unités.

Les Etats-Unis ne devraient pas être en mesure d'exporter effectivement du GNL avant au moins 2017. Dans l'intervalle, d'autres pays exportateurs comme l'Australie, le Canada et le Qatar pourraient contribuer à satisfaire la demande européenne.

"Nous pourrions utiliser les exportations d'énergie pour affranchir des pays de leur dépendance vis-à-vis d'un pays comme la Russie. Cela améliorera la balance commerciale des Etats-Unis et les rendra moins vulnérables à ce qui peut se passer dans le monde", a déclaré Richard Haas, président du Council on Foreign Relations.

"Les Etats-Unis devraient faire en sorte de pouvoir exporter du pétrole brut et nous devrions accroître le nombre des pays qui sont en situation de recevoir du GNL", a-t-il ajouté.

EFFET GAZ DE SCHISTE

La question d'une levée des restrictions sur les exportations de pétrole est de plus en plus ouvertement débattue au Congrès alors que la production américaine de pétrole devrait atteindre un plus haut de 43 ans à 9,3 millions de barils par jour en 2015.

Le développement des échanges de GNL ne sera pas sans conséquence non plus pour la diplomatie chinoise. La Chine a vocation à augmenter fortement sa consommation de gaz, qui ne représente que 5% de son mix énergétique, afin notamment de réduire la pollution provoquée par ses centrales à charbon, principale source de son électricité.

"Au fur et à mesure de l'augmentation de la dépendance de la Chine vis-à-vis de l'offre mondiale de gaz (...) la Chine deviendra le pays très désavantagé sur le plan politique", a prévenu Amy Meyers Jaffe, de l'université de Californie, lors d'un forum sur la géopolitique du gaz organisé le mois dernier.

La Chine peut encore adopter une approche "non constructive" des grandes questions diplomatiques internationales sans véritables conséquences économiques négatives mais cela va changer, a-t-elle ajouté.

Les Etats-Unis, qui ont développé la technique controversée de la fragmentation hydraulique pour l'exploitation des gaz de schiste, ont la haute main sur un marché du pétrole et du gaz très tendu.

Même si les restrictions sur les exportations de pétrole ne sont pas levées, l'augmentation de la production américaine de pétrole et de gaz a déjà produit ses effets sur les prix de tout un spectre de produits énergétiques, du charbon aux produits pétroliers raffinés. Des pays qui trouvaient aux Etats-Unis un débouché pour leurs exportations énergétiques doivent chercher de nouveaux acheteurs.

"Cela a affecté tous les marchés pétroliers à l'échelle mondiale", a déclaré Diezani Alison-Madueke, la ministre nigériane du Pétrole qui assure la présidence tournante de l'OPEP. "Tout le monde s'efforce de se repositionner."

(Marc Joanny pour le service français, édité par Dominique Rodriguez)

Copyright © 2014 Thomson Reuters

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