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Marché : La stabilité financière mondiale, priorité des banques centrales

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par Pedro da Costa et Alister Bull

JACKSON HOLE, Wyoming (Reuters) - La stabilité de l'ensemble du système financier mondial est menacée par le désengagement imminent des grandes banques centrales des politiques ultra-accommodantes, car les pays émergents ne peuvent pas empêcher des sorties de capitaux massives, ont averti samedi plusieurs participants à la conférence économique de Jackson Hole (Wyoming).

Les banquiers centraux du monde entier réunis vendredi et samedi aux Etats-Unis ont consacré la majeure partie de leurs débats aux menaces liées à l'évolution des flux de liquidités et aux mesures à prendre pour gérer au mieux cette transition.

Les politiques monétaires à l'oeuvre actuellement aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ont conduit les banques centrales à irriguer les marchés de liquidités, alimentant ainsi des flux de capitaux qui ont bénéficié en grande partie aux marchés émergents, ceux-ci offrant aux investisseurs des rendements supérieurs à ceux des pays développés.

Mais le vent s'apprête à tourner car la Réserve fédérale américaine a annoncé son intention d'entamer d'ici la fin de l'année la réduction de ses achats d'obligations sur les marchés, l'un des principaux pans de sa politique d'"assouplissement quantitatif" (quantitative easing, QE).

Le président de la Banque fédérale de réserve d'Atlanta, Dennis Lockhart, a clairement expliqué à Jackson Hole que ce mouvement de réduction progressive ("tapering" en anglais) pourrait débuter dès le mois prochain si les indicateurs économiques publiés d'ici-là ne traduisaient pas une dégradation notable de la conjoncture.

"Je peux être à l'aise avec septembre, du moment que nous n'observons pas de signes réellement inquiétants sur l'économie entre aujourd'hui et le 18 septembre", a-t-il dit à Reuters, en référence à la réunion de politique monétaire de la Fed prévue les 17 et 18 septembre.

COORDINATION, COMME EN 2007-2009

L'inquiétude suscitée par le probable changement de cap de la politique monétaire américaine a déjà déclenché ces derniers jours un mouvement massif de sorties de capitaux de plusieurs marchés émergents, parmi lesquels l'Inde et le Brésil, qui ont adopté en urgence des mesures visant à freiner la chute de leur monnaie.

"Les mouvements d'amplification, les boucles de rétroaction et la sensibilité aux perceptions du risque vont compliquer le processus de sortie (du QE) et nécessiteront un dialogue et une coopération très étroits et constants entre les banques centrales", a estimé Jean-Pierre Landau, ancien sous-gouverneur de la Banque de France.

Le gouverneur de la banque centrale turque, Erdem Basci, a participé à la conférence de Jackson Hole mais son homologue brésilien, Alexandre Tombini, a annulé sa venue afin de se consacrer à la gestion dans l'urgence du mouvement de sorties de capitaux.

Alexandre Tombini s'est fait remplacer par son adjoint Luiz Pereira, qui a estimé que la diminution des achats d'obligations de la Fed pourrait avoir un impact globalement positif sur les pays émergents s'il traduisait la reprise de l'économie américaine, condition d'une hausse de la demande à l'export pour les pays concernés, Brésil inclus.

De son côté, Jean-Pierre Landau a rappelé que les banques centrales des pays les plus avancés étaient parvenues à coopérer avec succès durant la crise financière de 2007-2009, notamment en coordonnant la baisse de leurs taux et en établissant des lignes de swap de change, qui ont permis de prévenir une pénurie de devises dans certains pays.

INTÉRÊT NATIONAL ET INTÉRÊT GLOBAL

Les autorités monétaires peuvent donc de nouveau coopérer dans le but d'amortir l'impact de leurs politiques, a-t-il ajouté, tout en reconnaissant qu'il serait sans doute difficile de faire passer l'intérêt global avant les intérêts nationaux, un dilemme évoqué aussi par d'autres intervenants.

"Dans quelle mesure la politique monétaire nationale doit-elle se restreindre dans l'intérêt de la stabilité globale ?", s'est ainsi interrogé Allan Metzler, un historien de la Fed et professeur à l'université Carnegie Mellon. "C'est un problème de fond de la politique monétaire."

Dennis Lockhart, lui, a déclaré que le mandat de la Fed l'obligeait à accorder la priorité aux intérêts des Etats-Unis mais il a admis que, dans certaines circonstances, l'impact international de ses décisions pouvait être pris en considération.

"Si un décideur aux Etats-Unis estimait que les conséquences globales d'une décision nationale est susceptible d'avoir des retombées très défavorables sur l'économie américaine, cela serait certainement à prendre en considération", a-t-il dit.

De son côté, Donald Kohn, un ancien vice-président de la Fed considéré comme un successeur possible de Ben Bernanke à la tête de la banque centrale l'an prochain, a déclaré que "l'un des moyens de transmission de la politique monétaire des Etats-Unis a été la résistance à une appréciation des taux de change dans d'autres pays".

Il a ainsi repris à son compte l'argument régulièrement avancé au sein de la Fed selon lequel les économies émergentes auraient pu absorber plus facilement l'assouplissement de la politique monétaire américaine si elles avaient accepté de laisser leurs monnaies s'apprécier.

Marc Angrand pour le service français

Copyright © 2013 Thomson Reuters

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