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Marché : La politique de la Fed devenue moins lisible ?

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(CercleFinance.com) - Manqué ! Attendue au tournant hier soir par les investisseurs, la Réserve fédérale américaine les a pris à contre-pied. En mai dernier, son président Ben Bernanke avait annoncé, d'ici la fin de l'année en cours, une première réduction des programmes de rachats d'actifs obligataires de soutien à la croissance, menés au rythme de 85 milliards de dollars par mois. Une bonne partie des investisseurs était convaincue qu'une première baisse allait être annoncée hier, à l'issue du comité de politique monétaire de la Fed. Il n'en a rien été. Selon certains analystes, la lisibilité de la politique de la banque centrale américaine s'en trouve affectée.

Hier en effet, les analystes de Saxo Banque résumaient ainsi l'opinion dominante sur le marché quant à l'issue du Federal Open Market Committee (FOMC), le comité de politique monétaire de la Fed : “le consensus tablerait sur une baisse de cinq à dix milliards de dollars de rachat d'actifs par mois, un chiffre moins élevé que précédemment (20 milliards de dollars) au vue des dernières publications macroéconomiques mitigées.” Chez Société Générale, on tablait aussi sur une réduction des QE d'au moins dix milliards de dollars.

Le bureau d'études Aurel BGC détaillait ledit consensus : le rythme de rachat des créances hypothécaires titrisées (MBS), en soutient aux acquisitions immobilières, ne devait pas être modifié et rester de 40 milliards de dollars par mois. En revanche, l'enveloppe consacrée aux rachats d'emprunts d'Etat, les T-Bonds ou 45 milliards de dollars mensuels, aurait été réduite.

Or la Fed a annoncé que ces deux montants resteraient finalement inchangés.

Nombreux sont les courtiers qui reviennent sur ce sujet ce matin. 'La décision de la Fed s'explique certainement par son inquiétude face à la récente et forte hausse des taux hypothécaires, conséquence directe des annonces de la Fed qui prévoyait un ralentissement de l'assouplissement quantitatif. De plus, la Fed a probablement décidé de remettre (sa décision) à plus tard en raison de la bataille budgétaire à venir au sein du congrès américain', ajoute le gérant de Legg Mason.

En effet, le risque d'un énième éventuel débat budgétaire houleux au Capitole n'est pas à écarter. Le “plafond” de l'endettement public fédéral est toujours fixé de manière nominale et Washington a annoncé tout dernièrement, par le voix du secrétaire au Trésor, qu'il pourrait se trouver à court de liquidités dès le mois prochain.

Chez XTB France, Daniel Gravier indique d'ailleurs que 'Ben Bernanke a par ailleurs mis en garde sur les risques que font peser sur l'économie américaine les tensions au sein du Congrès. En effet, Démocrates et Républicains devraient prochainement s'affronter une nouvelle fois autour du budget et de la dette de la première puissance économique mondiale. Un 'shutdown' (une fermeture des services non essentiels de l'Etat fédéral) et un défaut de paiement général, sont comme d'habitude sous-entendus.”

Autre explication, plus fondamentale : l'orientation de l'économie américaine. Dans son communiqué, le FOMC indique qu'il a décidé “d'attendre de nouveaux éléments indiquant une amélioration soutenable de la conjoncture avant d'ajuster les rachats d'actifs.”

Si les dernières statistiques témoignent d'une accélération de la croissance aux Etats-Unis, (1,1% au 1er trimestre puis 2,5% au 2ème trimestre, selon le Bureau of Economic Analysis), les données concernant le taux de chômage, retombé en août à 7,3%, son plus bas niveau depuis décembre 2008, sont plus nuancées.

En effet, les dernières créations de postes avaient déçu (169.000 en août contre 180.000 attendues) et leur moyenne mensuelle depuis le début l'année, à 180.250, est à peine supérieure à ce qu'elle était un an plus tôt. Soit un rythme relativement mou. Or les économistes considèrent généralement que c'est à partir de 200.000 créations mensuelles que le chômage baisse véritablement. Or la Fed suit cet indicateur majeur de très près.

Une partie des chômeurs a dû cesser de s'inscrire en tant que tels et 'sortt' ainsi des statistiques. Ce que vient confirmer la faiblesse du 'participation rate', c'est-à-dire le taux d'activité mesurant la proportion des actifs (actifs occupés et chômeurs) sur la population en âge de travailler, au plus bas depuis 1978.

A l'occasion du FOMC, la Fed a aussi mis à jour ses projections macroéconomiques trimestrielles. La croissance du PIB américain attendue en 2013 a de nouveau été abaissée de 2,3 à 2,6%, selon la prévision de juin, à 2-2,3% désormais (soit 2,15% en moyenne). La Fed a donc réduit cette prévision 2013 pour la 4ème fois consécutive, puisqu'en septembre 2012 elle était de 2,5 à 3% (2,75% en moyenne).

Du côté de l'inflation en revanche, puisque la Fed fournit également des projections sur les prix à la consommation (notamment selon l'indice PCE 'core'), pas grand' chose ne change : il faudra selon les économiques de la banque centrale attendre 2015 pour que les 2% soient atteints. Une tension des prix semble donc écartée.

La Réserve fédérale fournit aussi des prévisions sur le taux de chômage qui, elles, sont toutes légèrement tirées vers le bas, ce qui paraît positif mais est aussi facteur d'inquiétudes. Ainsi en 2013, la prévision antérieure (7,2-7,3%) est ajustée à 7,1-7,3%. Celle pour 2014 revient de 6,5-6,8% à 6,4-6,8%.

Or le niveau des 6,5% est important : c'est celui à partir duquel la banque centrale américaine a nommément prévenu que sa politique conventionnelle de taux courts, 'écrasés' à la fourchette de 0-0,25% depuis le 16 décembre 2008, pourrait être “durcie”.

Celui des 7% ne l'est pas moins. A ce sujet, les cambistes de Société Générale notent d'ailleurs que “Bernanke a aussi écarté qu'un taux de 7% constituait le 'seuil informel' à partir duquel il considérerait qu'il faut mettre un terme au QE”, selon une opinion en vogue sur les marchés ces derniers temps. Ben Bernanke avait effectivement annoncé une réduction des QE d'ici fin 2013, puis leur arrêt total d'ici mi-2014.

Bref, selon Société Générale, Ben Bernanke “pouvait difficilement se montrer plus accommodant”. Mais selon eux, la politique de la banque centrale US a aussi perdu en lisibilité. Selon SG, cette décision “implique une moindre transparence (quant à la politique du FOMC, ndlr) et mènera à davantage de volatilité, puisque le calendrier de la réduction des QE devient bien plus incertain”.

Quoi qu'il en soit, Société Générale déduit qu'en décidant d'attendre, “la Fed mène une politique résolument favorable à la croissance. Par conséquent, nous ne déclinerons pas son invitation à prendre davantage de risques, du moins pendant un certain temps'

Prochaines dates à guetter sur l'agenda de la Fed, outre les discours de ses différents officiels : la publication des 'minutes', le compte-rendu édité de la réunion qui s'est terminée hier, prévue le 9 octobre.

Enfin, le FOMC suivant se tiendra les 29 et 30 octobre prochains.


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