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Marché : La Fed cherche le bon moment pour sevrer les marchés

Marché : La Fed cherche le bon moment pour sevrer les marchésMarché : La Fed cherche le bon moment pour sevrer les marchés

par Ann Saphir et Jonathan Spicer et Alister Bull

WASHINGTON (Reuters) - Quel est le bon moment pour commencer à priver un drogué de sa méthadone ? C'est, imagée, la question à laquelle vont devoir répondre les 19 membres du comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine mardi et mercredi.

Il semble qu'ils soient d'accord sur un point: il faudra bientôt réduire les achats d'actifs que la Fed maintient au rythme de 85 milliards de dollars (64 milliards d'euros) par mois dans le cadre de sa politique d'"assouplissement quantitatif" (QE). Reste à trouver le bon moment, une question sur laquelle ils ont pour l'instant des opinions divergentes.

Ces dernières semaines, même les plus ardents défenseurs du QE, à commencer par le président de la Fed, Ben Bernanke, ont laissé entendre qu'il ne faudrait plus attendre trop longtemps avant de réduire les achats.

Pour leur part, les opposants au programme jugent qu'il est grand temps de passer des paroles aux actes, afin de ne pas compromettre l'efficacité de la politique monétaire.

"Alors que les indicateurs s'amélioraient, nous n'avons pas pris de mesures pour réduire (les achats). Je crains donc que les marchés croient que nous n'en avons ni la capacité, ni la volonté", a déclaré le président de la Fed de Philadelphie, Charles Plosser, dans un récent entretien à Reuters.

En déclarant le 22 mai que la Fed pourrait réduire le rythme de l'assouplissement quantitatif au cours de l'une des "prochaines réunions", Ben Bernanke a déclenché un mouvement de baisse marquée des Bourses et des emprunts d'Etat qui touche la plupart des marchés mondiaux.

Ben Bernanke et ses collègues doivent donc trouver un juste équilibre, car agir trop tôt risquerait de déstabiliser les marchés, de faire remonter rapidement les taux d'intérêt et d'étouffer le crédit alors que la reprise économique semble encore fragile.

QUAND, COMBIEN ET COMMENT ?

Il est peu probable que le comité de politique monétaire (FOMC) de mardi et mercredi se conclue par un vote favorable à une réduction immédiate des achats de dette. Mais il devrait être largement consacré au débat sur le calendrier de ce retrait, son rythme et la nature des titres affectés, ainsi que sur les conditions économiques le justifiant.

L'une des solutions envisagées consisterait à diminuer les achats de bons du Trésor tout en maintenant, à hauteur de 40 milliards de dollars par mois, les achats de titres adossés à des prêts immobiliers (mortage-backed securities, MBS), jugés plus efficaces.

Problème: tous les membres du FOMC ne livrent pas le même diagnostic sur la capacité de l'économie américaine à encaisser une telle évolution de la politique monétaire.

Pour le président de la Fed de St Louis, James Bullard, la faiblesse de l'inflation est préoccupante; pour Esther George, son homologue de Kansas City, c'est au contraire le risque de voir les prix s'envoler à l'avenir qui l'emporte.

Reste que la plupart des membres du FOMC souhaitent davantage de preuves tangibles du redressement de l'économie avant de passer à l'action. Un jugement qui risque d'entretenir la fébrilité des marchés avant les réunions de politique monétaire de juillet et de septembre.

Cette fébrilité est déjà mesurable: à environ 2,23%, le rendement des obligations d'Etat américaines à 10 ans est proche de son plus haut niveau depuis plus d'un an et la volatilité s'est envolée sur le marché obligataire.

INCERTITUDE AUSSI SUR LES TAUX

Le directeur général de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, a laissé entendre la semaine dernière que la Fed souhaitait peut-être instiller un peu de tension sur les marchés pour orienter les anticipations en matière de politique monétaire.

"Pour gérer au mieux la situation, on crée un peu plus d'incertitude sur le marché", a-t-il dit lors d'une conférence organisée par Politico.

Une remontée des rendements obligataires faciliterait en effet la réduction des achats de la Fed tout en freinant un peu les investisseurs. Mais la manoeuvre est délicate car elle risque de fragiliser l'économie.

Au-delà de l'avenir du QE, les déclarations de Ben Bernanke ont aussi influencé les anticipations en terme d'évolution des taux d'intérêt de la Fed.

Celle-ci assure qu'elle n'envisagera même pas de remonter ses taux tant que le taux de chômage, actuellement de 7,6%, ne sera pas ramené à 6,5% ou en dessous et que l'inflation ne menace pas de remonter au-dessus de 2%.

Sur la base des prévisions actuelles de la banque centrale, ces deux conditions ne seront pas réunies avant les alentours de la mi-2015. Mais la Fed doit aussi présenter de nouvelles prévisions mercredi.

Marc Angrand pour le service français

Copyright © 2013 Thomson Reuters

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