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Marché : La Chine prête à une baisse graduelle du yuan

Marché : Pékin prêt à laisser le yuan se déprécier de 4,5% cette annéeMarché : Pékin prêt à laisser le yuan se déprécier de 4,5% cette année

par Kevin Yao, Nathaniel Taplin et Lu Jianxin

PEKIN/SHANGAI (Reuters) - La banque centrale chinoise est prête à laisser sa devise se déprécier jusqu'à 6,8 yuans pour un dollar en 2016 afin de soutenir la croissance de l'économie, ce qui reviendrait à une baisse de 4,5% équivalente à celle enregistrée l'année dernière, ont dit des responsables économiques à Reuters.

Le yuan se négocie déjà à ses plus bas niveaux en plus de cinq ans contre le dollar et la Banque populaire de Chine cherchera à piloter une baisse graduelle de crainte de raviver les sorties de capitaux, qui peuvent déstabiliser l'économie, et de s'attirer les foudres de ses partenaires commerciaux, Etats-Unis en tête, ont dit des économistes et des conseillers gouvernementaux au fait des discussions sur la politique de change.

"La banque centrale souhaite voir une dépréciation du yuan pour autant que les anticipations de dépréciation restent maîtrisées", a notamment dit un conseiller économique du gouvernement, qui a requis l'anonymat.

"Le vote en faveur du Brexit a été un grand choc. La volatilité sur les marchés pourrait durer quelque temps", a-t-il ajouté en référence à la victoire des partisans d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne lors du référendum du 23 juin.

Le yuan est tombé à un plus bas de plus de cinq ans depuis l'annonce des résultats en faveur du Brexit et la banque centrale chinoise n'est pas intervenue pour soutenir sa devise, ce qui laisse penser qu'elle est satisfaite de cette évolution.

La Banque populaire de Chine n'a pas souhaité faire de commentaire.

Des cambistes estiment que la vigueur de dollar et la faiblesse de la croissance de l'économie chinoise, tombée à un plus bas de 25 ans en 2015, justifient le recul du yuan.

Mais investisseurs et partenaires commerciaux s'inquiètent d'une baisse d'une ampleur comparable à la dévaluation d'août dernier ou à la rapide dépréciation du début de cette année qui avaient l'une comme l'autre déstabilisé les marchés financiers internationaux.

TENSIONS COMMERCIALES

Certains responsables occidentaux reprochent depuis des années à Pékin de freiner l'appréciation de sa devise. Ils mettent en avant ses excédents commerciaux et ses réserves de change, les plus importantes au monde.

Le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, a récemment déclaré qu'il serait "problématique" que le taux de change du yuan n'aille que dans le sens de la baisse.

Le candidat républicain présumé à l'élection présidentielle américaine, Donald Trump, a dit qu'il ne ferait pas de concessions dans les différends commerciaux avec Pékin s'il est élu.

Il a estimé mercredi que la Chine aurait dû être considérée comme un pays manipulant son taux de change depuis longtemps, ce qui l'aurait exposée à des mesures de rétorsions commerciales de la part des Etats-Unis.

Le Premier ministre chinois, Li Keqiang, a répété à de nombreuses reprises que la Chine n'avait pas l'intention de stimuler ses exportations grâce à des dévaluations compétitives.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a dit mercredi que le taux de change n'était pas l'explication de l'excédent commercial chinois avec les Etats-Unis.

Les sources interrogées par Reuters sont cependant bien conscientes des risques diplomatiques liés à une dépréciation du yuan qui serait trop rapide.

"La pression des Etats-Unis pourrait s'accroître si la Chine autorise une forte dépréciation", a dit une source gouvernementale.

D'autres pays, concurrents de la Chine sur les marchés d'exportation, comme la Corée du Sud, ne cachent pas leur inquiétude devant la baisse du yuan.

"Nous sommes préoccupés par la rapidité de la baisse du yuan et par la manière dont le won à son tour semble en suivre les mouvements", a dit un représentant du ministère sud-coréen des Finances. La Corée du Sud est en concurrence directe avec la Chine sur des marchés à l'exportation dans le textile, l'électronique et la pétrochimie notamment.

Le son de cloche est en revanche très différent au Japon, lui aussi en concurrence avec la Chine sur des marchés comme l'électronique ou certains biens d'équipement.

Un responsable japonais au fait de la politique de change de Tokyo a dit que la baisse du yuan ne semblait pas disproportionnée au vu de la vigueur du dollar.

"Je ne pense pas que le Japon ait beaucoup à se plaindre", a dit ce responsable. Mais Tokyo cherche à freiner la hausse de sa devise accentuée par le Brexit en raison de son statut de valeur refuge, ce qui pénalise les exportateurs nippons.

(Marc Joanny pour le service , édité par Bertrand Boucey)

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