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Marché : La BCE surveillera l'impact de l'appréciation de l'euro

Marché : La BCE surveillera l'impact de l'appréciation de l'euroMarché : La BCE surveillera l'impact de l'appréciation de l'euro

par Eva Kuehnen

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) surveillera l'impact de la hausse de la monnaie unique sur l'économie de la zone euro mais le taux de change n'est pas un objectif de la politique monétaire et son appréciation est un signe de retour de la confiance, a dit jeudi son président.

La BCE a maintenu comme prévu son taux de refinancement au plus bas record de 0,75% à l'issue de son Conseil des gouverneurs et Mario Draghi a souligné, lors de sa traditionnelle conférence de presse, que l'euro était proche de sa moyenne de long terme.

"L'appréciation est, dans un sens, un signe du retour de la confiance dans l'euro", a-t-il ajouté. "Le taux de change n'est pas un objectif de politique (monétaire) mais il est important pour la croissance et la stabilité des prix et nous voulons certainement voir si l'appréciation se poursuit et dans quelle mesure cela pourra modifier notre évaluation du risque concernant la stabilité des prix".

La monnaie unique évolue à un pic de 14 mois face au dollar et à un sommet de 30 mois contre yen, niveaux qui ont conduit le président français François Hollande à appeler mardi de ses voeux une politique de taux de change pour protéger la devise de "mouvements irrationnels". Les autorités allemandes ont de leur côté fait savoir qu'elles ne jugeaient pas l'euro surévalué.

"Depuis le dernier conseil de politique monétaire, le taux de change de l'euro s'est apprécié et les taux à court terme se sont tendus, ce que la BCE ne peut complètement ignorer", a souligné Jürgen Michels, économiste chez Citi.

La BCE n'a pas de mandat pour fixer un niveau de taux de change de l'euro. Même si elle le souhaitait, elle ne serait donc guère équipée pour entrer dans une "guerre des changes" où des pays tenteraient d'exporter la crise chez leurs partenaires par une politique active de dépréciation de leur monnaie.

De plus, le bilan de la banque centrale européenne se contracte en partie sous l'effet du remboursement partiel par les banques des opérations de refinancement à très long terme consenties fin 2011 et début 2012 au moment où les autres grandes banques centrales maintiennent voire accentuent leur politique d'achats massifs d'actifs.

Cette divergence de dynamique est susceptible de favoriser encore l'appréciation de l'euro alors que l'activité au sein de la zone euro reste faible et que la BCE n'anticipe qu'une reprise graduelle dans le courant de l'année.

ACCORD AVEC DUBLIN SUR LA DETTE

Mario Draghi a toutefois souligné que le remboursement de quelques 140 milliards d'euros sur les 1.000 milliards prêtés aux banques dans le cadre des LTRO était un signal positif.

"Cela reflète l'amélioration de la confiance dans les marchés financiers", a-t-il dit ajoutant que la BCE serait attentive aux évolutions des conditions sur le marché monétaire.

"Nous surveillerons étroitement les conditions sur le marché monétaire et leur impact potentiel sur l'orientation de notre politique monétaire, qui restera accommodante", a-t-il poursuivi.

Le président de la BCE était aussi très attendu sur deux autres dossiers : l'accord avec Dublin sur l'allègement de la charge de la dette et le scandale Monte Paschi .

La BCE a conclu un accord avec Dublin sur un nouveau plan qui doit permettre d'alléger la charge de la dette irlandaise, selon des sources proches des négociations.

Le Parlement irlandais a adopté en urgence dans la nuit de mercredi à jeudi un texte prévoyant la liquidation d'Anglo Irish Bank, préalable à un accord sur le rééchelonnement de la facilité de financement consentie à l'Irlande après le sauvetage de l'établissement en 2008.

Ce rééchelonnement, que Dublin négocie avec la BCE depuis 18 mois, favoriserait la sortie de l'Irlande du programme d'aide du Fonds monétaire international (FMI) et de l'Union européenne de 85 milliards d'euros, prévu en en cours d'année.

Mario Draghi s'est borné à dire que le Conseil des gouverneurs de la BCE avait "pris acte de l'opération irlandaise".

Un propos équivalent à une approbation au regard des contraintes sur ce que le président de la BCE pouvait dire sur une opération impliquant en premier lieu le gouvernement irlandais et la banque centrale irlandaise, a estimé une source proche des négociations.

SCANDALE MONTE PASCHI

Mario Draghi a aussi été pressé de questions sur le scandale de la banque Monte dei Paschi et sur le rôle de la Banque d'Italie dans la supervision de l'établissement siennois lorsqu'il en était le gouverneur.

Le scandale lié à des dérivés financiers et les soupçons de corruption qui touchent Banca Monte dei Paschi di Siena (MPS) prennent en effet leur source à l'époque où Mario Draghi dirigeait la banque d'Italie, soit de 2006 à 2011.

Il a dit que cette affaire n'avait aucune implication sur le futur rôle de la BCE en tant que superviseur des banques européennes et s'est attaché à défendre l'action de la Banque d'Italie.

"Le Fonds monétaire international a publiquement déclaré qu'en première analyse il considérait que la Banque d'Italie avait agi au moment opportun et de manière appropriée dans les limites de ses prérogatives légales pour traiter les problèmes de la banque MPS", a déclaré Mario Draghi.

"La surveillance était rapprochée et la supervision s'est intensifiée de manière appropriée au fur et à mesure que les problèmes de MPS devenaient critiques", s'est-il défendu.

Mario Draghi avait été informé des doutes des inspecteurs de la Banque d'Italie sur Monte Paschi alors qu'il dirigeait la banque centrale italienne, a déclaré à Reuters l'un de ses responsables. ()

L'attitude de la banque centrale et de son gouverneur de l'époque ont été vivement mises en cause, leurs détracteurs leur reprochant de n'être pas intervenus plus rapidement pour sanctionner les dirigeants de Monte Paschi.

L'ancien ministre italien de l'Economie Giulio Tremonti a ainsi jugé "stupéfiant" que dans son rôle de superviseur du système bancaire italien Mario Draghi ait été incapable de découvrir et de prévenir les opérations sur dérivés de Monte Paschi à l'origine d'une perte chiffrée à 730 millions d'euros.

Benoît Van Overstraeten et Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

Copyright © 2013 Thomson Reuters

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