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Marché : La BCE mobilise tout son arsenal pour soutenir le crédit

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par Balazs Koranyi et Francesco Canepa

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a mobilisé jeudi l'ensemble des outils à sa disposition pour stimuler l'inflation et le crédit, réduisant ses trois taux directeurs, augmentant ses achats de dettes sur les marchés et promettant aux banques de nouveaux financements.

Ses annonces ont fait perdre jusqu'à 1% à l'euro mais la monnaie unique est rapidement remontée, le président de la BCE, Mario Draghi, ayant précisé que l'institution ne prévoyait pas de réduire davantage ses taux.

La BCE a abaissé, comme attendu, le taux de sa facilité de dépôt à -0,4% contre -0,3%, mais elle a aussi ramené son taux de refinancement à zéro, une première, et réduit le taux de sa facilité de prêt marginal (celui auquel les banques peuvent lui emprunter des liquidités au jour le jour) à 0,25%.

Elle a parallèlement porté de 60 à 80 milliards d'euros le montant de ses achats mensuels sur les marchés financiers, un programme qui sera en outre étendu au marché des obligations d'entreprises.

"Les taux vont rester bas, très bas, pour une période de temps prolongée et bien au-delà de l'horizon temporel de nos achats", a expliqué Mario Draghi lors d'une conférence de presse.

"Dans la perspective actuelle et en prenant en compte le soutien apporté par nos mesures à la croissance et à l'inflation, nous n'anticipons pas qu'il sera nécessaire d'abaisser encore les taux. Evidemment, des faits nouveaux peuvent changer la situation et les perspectives."

PLUS QUE 0,1% D'INFLATION EN 2016

La BCE procèdera également à partir du mois de juin à quatre nouvelles opérations de prêts de liquidités à long terme aux banques de la zone euro. Et ces opérations seront d'autant plus favorables que les banques seront disposées à prêter aux entreprises et aux ménages, a souligné Mario Draghi.

"Une banque très active dans l'octroi de prêts à l'économie réelle peut emprunter plus qu'une banque qui se concentre sur d'autres activités", a-t-il dit.

Le président de la BCE, qui avait déçu les marchés en décembre en dévoilant un assouplissement de sa politique moins ambitieux qu'attendu, a justifié ses nouvelles initiatives par le risque de voir la reprise économique dans la zone euro compromise par le ralentissement des pays émergents.

Les services de la banque centrale ont en effet revu en baisse leurs prévisions de croissance et d'inflation, disant ne tabler désormais que sur une hausse de 0,1% des prix dans la zone euro cette année, soit dix fois moins qu'attendu en décembre, alors que l'institution vise un taux de près de 2%.

"Bonne nouvelle pour l'Europe : après avoir fait moins qu'attendu en décembre, la BCE a renoué aujourd'hui avec ses méthodes habituelles en assouplissant sa politique un peu plus qu'attendu", a commenté Holger Schmieding, économiste de la banque Berenberg.

Mais d'autres observateurs sont plus critiques en soulignant le risque pris par la BCE de favoriser la création de bulles sur les marchés tout en dissuadant les gouvernements d'entreprendre des réformes.

LES LIMITES DES TAUX NÉGATIFS

"Que se passera-t-il si la situation économique mondiale se détériore nettement une fois de plus, ce qui nécessiterait une réponse forte de la politique monétaire ? Ce n'est pas ce que je prévois mais si c'est le cas, la BCE aura déjà épuisé toutes ses munitions", explique Michael Menhart, chef économiste du réassureur allemand Munich Re.

Mario Draghi a répondu indirectement à ces critiques, en allant jusqu'à utiliser la langue allemande : "Supposons que nous ayons adopté la politique du 'nein zu allem' ('non à tout'). On peut supposer que la conséquence aurait été une déflation désastreuse", a-t-il dit.

Il a toutefois admis que les taux négatifs avaient leurs limites et que d'éventuelles nouvelles mesures devraient porter sur le volet non conventionnel de la politique monétaire.

"Cela veut-il dire que nous pouvons nous enfoncer en territoire négatif aussi longtemps que nous le voulons sans aucune conséquence négative pour le système bancaire ? La réponse est non", a-t-il dit.

Après être tombé à 1,0823 dollar, au plus bas depuis six semaines, l'euro est remonté à plus de 1,11 dollar.

Sur les marchés actions, la vive hausse déclenchée par les annonces sur les taux s'est nettement atténuée après la conférence de presse.

Vers 16h30, l'indice paneuropéen FTSEurofirst 300 gagnait moins de 0,5% alors que sa progression atteignait 2,6% juste après le communiqué sur les taux. A Paris, le CAC 40 s'adjugeait 1% au même moment à 4.470 points, 110 points en dessous de son plus haut du jour.

(Marc Angrand pour le service français, avec Alexandre Boksenbaum-Granier à Paris, édité par Wilfrid Exbrayat)

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