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Marché : La bataille du Medef entre dans une phase décisive

Marché : La bataille du Medef entre dans une phase décisiveMarché : La bataille du Medef entre dans une phase décisive

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Laurence Parisot paraît de plus en plus isolée face à un quatuor de candidats à sa succession à la présidence du Medef, bien décidés à tourner une page de huit ans.

Elle pourra mesurer ses chances jeudi, quand le conseil exécutif de la principale organisation patronale française se prononcera sur le changement de statuts qu'elle demande pour pouvoir briguer un troisième mandat. En attendant, la bataille fait rage et ne tourne pas franchement à son avantage.

Dans une interview publiée jeudi par Les Echos, Laurence Parisot, 53 ans, accuse ses détracteurs de mener contre elle une campagne violente, à coups de tweets anonymes et de vidéos la présentant notamment sous les traits d'Adolf Hitler.

Elle lance une mise en garde contre ceux qui voudraient, selon elle, engager le Medef dans une opposition "frontale" contre le gouvernement socialiste et les syndicats.

"Certains voudraient aussi se servir du patronat pour en faire un outil de combat systématique, quitte à risquer la paralysie de notre pays ou à favoriser le populisme", dit-elle.

"D'autres, et j'en fais partie, préfèrent (...) un travail coopératif, constructif avec les syndicats et le gouvernement", ajoute-t-elle. "Nous ne concevons pas le patronat comme un club fermé qui devrait jouer la confrontation, nous voulons avancer."

Des arguments récusés par un de ses adversaires, Thibault Lanxade, fils d'un ancien chef d'état-major des armées et, à 42 ans, le benjamin des candidats à la présidence du Medef.

"Je suis très attristé par cette interview, qui ne reflète pas la réalité. Ce n'est que de la communication", a déclaré à Reuters le PDG d'Aqoba, pour qui Laurence Parisot est engagée dans une "aventure solitaire" qui nuit à l'image du Medef.

"COMBAT DE TROP"

"Laurence est dans une stratégie personnelle et de victimisation qui fait courir un risque énorme à notre organisation et en donne une image déplorable", a-t-il ajouté. "N'allons pas chercher de divisions là où il n'y en a pas."

Pour Thibault Lanxade, la bataille menée par la présidente du Medef pour se maintenir à la tête de l'organisation est "le combat de trop" et en tout cas pas celui des entreprises.

Elle ne rappelle que trop à ses yeux celle que se sont livré fin 2012 Jean-François Copé et François Fillon pour la présidence de l'UMP, qui a failli faire exploser le principal parti de la droite française.

"La comparaison est facile mais nous ne sommes pas du tout dans cette situation. Ne tombons pas dans ce piège", souligne le PDG d'Aqoba, qui déplore que les débats de fond au Medef soient aujourd'hui occultés par la question de la présidence.

"Alors qu'il faudrait aller au chevet des entreprises qui vont mal, force est de constater que depuis janvier, on ne parle que des problèmes de Laurence", souligne-t-il.

Comme Thibault Lanxade les trois autres candidats déclarés - le président de Virgin Mobile France Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du Groupe des fédérations industrielles Pierre Gattaz et l'ex-médiateur des entreprises Jean-Claude Volot - rejettent toute modification des statuts avant la fin du mandat de Laurence Parisot, le 1er juillet.

"On ne change pas les règles à cinq mois d'une élection pour convenances personnelles", dit ainsi à Reuters Pierre Gattaz.

LÂCHAGES

Plusieurs proches de Laurence Parisot l'ont lâchée ces derniers temps, dont le négociateur de l'accord du 11 janvier sur la réforme du marché du travail, Patrick Bernasconi, qui votera contre le changement de statuts au nom de sa Fédération nationale des travaux publics (FNTP).

Charles Beigbeder, une des cinq personnalités nommées par Laurence Parisot au conseil exécutif, a également annoncé qu'il voterait contre la réforme statutaire et qu'il soutiendrait la candidature de Geoffroy Roux de Bézieux.

La Fédération française du bâtiment, qui représente les deux tiers de l'activité du secteur, a confirmé de son côté lundi son opposition à une modification des statuts. Elle insiste dans un communiqué sur "la nécessité de préserver l'unité patronale et de se concentrer sur les véritables attentes des entreprises".

La toute puissante Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), véritable faiseuse de roi au sein du Medef, a adopté la même ligne, ce qui augure mal pour Laurence Parisot du vote à la majorité des deux tiers en assemblée générale extraordinaire nécessaire à l'adoption de nouveaux statuts.

Le vote du conseil exécutif, jeudi, n'est qu'une première étape mais ce pourrait aussi être la dernière.

"Ça va se jouer autour de quelques personnalités qualifiées qui ne sont pas porteuses de mandats de fédérations", souligne Thibault Lanxade. "Je leur demande de faire attention : même si ça passe le 28 au Conseil exécutif, il n'y aura pas la majorité des deux tiers à l'Assemblée générale."

"Il ne faut donc surtout pas que ça passe jeudi, sinon on entre dans une vraie crise", ajoute-t-il. "La pression va être très forte cette semaine."

Avec Marine Pennetier et Mark John, édité par Yves Clarisse

Copyright © 2013 Thomson Reuters

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