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Marché : L'Allemagne, moteur de la croissance de la zone euro

Marché : La croissance a accéléré en Allemagne au 1er trimestreMarché : La croissance a accéléré en Allemagne au 1er trimestre

par Joseph Nasr et Michael Nienaber

BERLIN (Reuters) - La croissance de l'Allemagne a plus que doublé au premier trimestre, la première économie européenne confirmant ainsi son rôle moteur d'une zone euro où une politique monétaire ultra-accommodante semble commencer à porter ses fruits.

La croissance trimestrielle a été de 0,7%, la plus forte depuis celle, identique, du premier trimestre 2014, la hausse de la dépense publique et des dépenses des ménages l'ayant emporté sur un recul du commerce extérieur, a fait savoir l'Office fédéral de la statistique vendredi.

Un chômage qui n'a jamais été aussi bas, des taux d'intérêt très faibles et des salaires en hausse ont fait des dépenses des ménages le nouveau relais de croissance de l'Allemagne, se substituant au commerce extérieur.

De surcroît, IG Metall, premier syndicat d'Allemagne, et le patronat ont conclu un accord sur une hausse des salaires de 4,8%, en deux temps, pour 3,8 millions de salariés de la métallurgie et de l'électrotechnique, ce qui ne peut qu'alimenter cette tendance de fond.

La croissance a dépassé celle de 0,6% attendue par les économistes interrogés par Reuters, ainsi que la deuxième estimation de la croissance de la zone euro qui est de 0,5%.

Elle a aussi aisément dépassé le taux de 0,3% des trois derniers mois de 2015 constaté en Allemagne.

Les quatre premières économies de la zone euro, l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne, ont ainsi connu des taux de croissance de respectivement 0,7%, 0,5%, 0,3% et 0,8% au premier trimestre 2016. Les Pays-Bas ont dégagé 0,5% de croissance et le Portugal 0,1%, toujours des variations trimestrielles.

Tous les pays membres de la zone euro ayant fourni des données ont connu une croissance de leur économie sur la période, à l'exception de la Grèce et de la Lettonie, en contraction de respectivement 0,4% et 0,1%.

Sur un an, la croissance de la zone euro a été de 1,5%, a précisé Eurostat, contre une précédente projection de 1,6%.

"Il est probable qu'une hausse de la dépense publique a contribué à la croissance dans plusieurs pays, alimentée dans certains cas par des dépenses liées à l'afflux de réfugiés (ce qui est vrai pour l'Allemagne)", a dit Howard Archer (ISH).

Quoique la politique de la Banque centrale européenne (BCE) soit critiquée par certains politiques allemands, les économistes y attribuent la hausse de la consommation et le dynamisme retrouvé du marché immobilier.

La BCE elle-même juge que le rebond de l'investissement qui se manifeste également n'est sans doute pas juste ponctuel, ce qui soutient là encore une reprise lente mais progressive de la zone euro.

INVESTIR DANS L'ÉDUCATION ET L'INNOVATION

En variation annuelle, la croissance a été de 1,3% en Allemagne, inférieure là au consensus Reuters qui la donnait à 1,5%. De fait, le ministère de l'Economie allemand a dit qu'il s'attendait à un ralentissement de la croissance, point de vue partagé par les économistes, qui estiment que la faiblesse des exportations finira par se faire sentir dans un contexte de ralentissement de la demande des marchés émergents.

"Le commerce extérieur reste le point noir en raison de la faiblesse des marchés émergents", a déclaré Ulrike Kastens, économiste chez Sal.Oppenheim.

Holger Sandte (Nordea) a ajouté que la croissance "ne devrait pas rester aussi soutenue, mais quand même suffisamment pour que le niveau d'emploi continue de monter".

Dans un tel contexte, le ministre de l'Economie, Sigmar Gabriel, a déclaré que le gouvernement devait augmenter les investissements dans les domaines de l'éducation, des infrastructures et de l'innovation, faisant écho à des appels allant dans ce sens du Fonds monétaire international (FMI) et de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

"L'économie allemande a commencé l'année 2016 du bon pied: l'industrie a enregistré une hausse de sa production, l'emploi est en progression substantielle et l'augmentation des revenus des ménages a entraîné une hausse de leur consommation", dit-il.

"Notre mission est de prendre appui sur cette dynamique pour investir dans l'éducation, des infrastructures modernes et dans l'innovation."

Selon Carsten Brzeski, économiste chez ING, les données meilleures que prévu du premier trimestre sont susceptibles d'être un argument pour les responsables politiques allemands afin de ne pas mettre en oeuvre les mesures de réforme prônées par le FMI et l'OCDE.

"La bonne performance en matière de croissance illustre ce qui est actuellement le principal risque pesant sur l'économie: l'autosatisfaction", estime-il.

"Avec une croissance tirée par la construction et la consommation et avec un gouvernement réticent à suivre les recommandations internationales relatives à la mise en place de réformes structurelles, l'économie allemande commence presque à avoir des caractéristiques d'un pays de la périphérie de la zone euro."

(Bertrand Boucey, Benoît Van Overstraeten et Wilfrid Exbrayat pour le service français)

Copyright © 2016 Thomson Reuters

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