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Marché : L'accord sur Chypre peine à faire l'unanimité

Marché : Chypre, l'UE et le FMI trouvent un accord sur les banquesMarché : Chypre, l'UE et le FMI trouvent un accord sur les banques

par Jan Strupczewski et Michele Kambas

BRUXELLES (Reuters) - Chypre a accepté lundi de fermer l'une de ses deux plus grandes banques et d'imposer de lourdes pertes aux clients les plus fortunés de son système financier en échange d'un plan d'aide de 10 milliards d'euros censé lui éviter la faillite et une sortie de la zone euro mais l'efficacité du programme peine à convaincre.

Le compromis a été signé quelques heures seulement avant l'échéance fixée par la Banque centrale européenne qui menaçait de priver de liquidités les établissements bancaires chypriotes, donc de les contraindre au dépôt de bilan.

Prenant acte de l'accord, la BCE a finalement annoncé en fin de journée qu'elle continuerait d'apporter des liquidités d'urgence aux banques chypriotes.

L'accord a conclu une journée de négociations tendues à Bruxelles entre Nicos Anastasiades, le président chypriote, et les dirigeants de la "troïka" composée de la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.

Le texte, approuvé peu après par les ministres des Finances de la zone euro, prévoit le démantèlement de Popular Bank of Cyprus, dite Laïki, avec à la clé des milliers de suppressions d'emplois, et le transfert à Bank of Cyprus des dépôts inférieurs à 100.000 euros.

Les comptes dont le solde dépasse 100.000 euros seront gelés et utilisés pour payer des dettes de Laïki et pour recapitaliser Bank of Cyprus par le biais d'une conversion en capital.

Ces mesures devraient permettre de lever 4,2 milliards d'euros, a dit le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem.

Un responsable européen a précisé qu'il n'y aurait pas de "taxe" à proprement parler imposée à l'ensemble des déposants chypriotes, même si la mise à contribution imposée aux comptes supérieurs à 100.000 euros est bien supérieure à ce qui était initialement prévu.

LES MARCHÉS D'ACTIONS ET L'EURO EN DENTS DE SCIE

Pour le porte-parole du gouvernement chypriote Christos Stylianides, "nous avons évité une faillite désordonnée qui aurait conduit à une sortie de Chypre de la zone euro, avec des conséquences imprévisibles".

Prié de préciser l'ampleur des pertes que subiraient les dépôts bancaires non garantis, c'est-à-dire au-delà de 100.000 euros, il a répondu, sur la radio nationale, qu'elle serait probablement "en dessous ou autour de 30%".

Les dépôts des banques chypriotes, qui resteront toutes fermées jusqu'à jeudi, sont estimés à 68 milliards d'euros au total, dont 38 milliards sur des comptes de plus de 100.000 euros.

Klaus Regling, directeur général du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de secours de la zone euro, a annoncé que Chypre devrait recevoir la première tranche d'aide d'ici au début du mois de mai.

L'accord a été salué par une hausse fugace des marchés financiers et l'euro est un temps remonté au-dessus de 1,30 dollar.

Mais les Bourses européennes, qui gagnaient environ 1% en milieu de journée, ont fini pour la plupart dans le rouge, comme Wall Street, affectées entre autres par les craintes de répercussions sur l'ensemble du système bancaire de la zone euro. Quant à la monnaie unique, après être brièvement remontée à 1,30 dollar, elle était en net repli en fin de journée en Europe, autour de 1,2850.

Dans un entretien à Reuters et au Financial Times, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a déclaré que le choix de faire participer les déposants et les créanciers obligataires au renflouement des banques chypriotes pourrait servir de modèle à l'ensemble de la zone euro.

POUR MOSCOU, "LE VOL CONTINUE"

Alors que la chancelière allemande, Angela Merkel se félicitait de l'accord, à Nicosie, Lefteris Christoforou, le vice-président du Rassemblement démocratique, le parti au pouvoir, a parlé d'un "mauvais accord", tout en ajoutant que "le scénario extrême auquel nous étions confrontés était pire".

A Bruxelles, une source haut placée a déclaré que le président chypriote avait menacé dimanche de démissionner si l'UE et le FMI l'obligeaient à aller trop loin.

Des diplomates ont expliqué que Nicos Anastasiades avait bataillé pour préserver le modèle économique de centre financier "offshore" de Chypre, qui a attiré ces dernières années des dizaines de milliards d'euros de capitaux étrangers, en provenance entre autres du Royaume-Uni et avant tout de Russie.

Moscou a rapidement et vertement réagi à l'annonce de la mise à contribution des déposants fortunés. Pour le Premier ministre Dmitri Medvedev, "le vol continue" à Chypre.

Le président Vladimir Poutine a toutefois donné pour instruction au gouvernement russe de négocier une restructuration du prêt de 2,5 milliards d'euros concédé à Chypre en 2011. Nicosie réclame un allongement de la durée de remboursement et un abaissement du taux d'intérêt de 4,5% à 2,5%.

Les banques chypriotes sont restées fermées pour le dixième jour consécutif lundi, qui était férié à Chypre. Une source de la banque centrale a indiqué qu'elles devraient rouvrir mardi à l'exception de Bank of Cyprus et Popular, dont les agences resteront closes deux jours de plus.

Pour éviter une ruée vers les guichets et des retraits massifs, le parlement a adopté vendredi un texte permettant d'instaurer un contrôle des capitaux. Cette mesure, a dit Nicos Anastasiades, sera temporaire.

Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

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