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Marché : L'abandon partiel de la dette grecque semble inéluctable

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par Luke Baker

BRUXELLES (Reuters) - L'accord conclu par les ministres des Finances de la zone euro pour réduire le fardeau de la dette grecque revient à cacher la poussière sous le tapis, disent certains commentateurs. Ils n'ont pas tout à fait tort.

Le compromis trouvé à Bruxelles dans la nuit de lundi à mardi prévoit que la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) accordent deux ans de plus à Athènes pour atteindre ses objectifs de réduction du déficit et qu'ils trouvent 44 milliards d'euros pour maintenir le pays à flot dans l'intervalle.

Mais au-delà, le texte prépare bel et bien le terrain sous une forme ou sous une autre d'une restructuration de la dette grecque au "secteur officiel", en clair les Etats et les banques centrales de la zone euro.

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble est apparu mardi plus prêt que jamais à admettre publiquement que les créanciers de la Grèce devraient affronter un jour ce quasi-tabou pour son pays comme pour la Finlande, l'Autriche ou les Pays-Bas.

"Lorsque la Grèce aura atteint ou sera en passe d'atteindre un excédent primaire et qu'elle aura rempli toutes les conditions, nous envisagerons, si nécessaire, de nouvelles mesures pour réduire le montant global de la dette", a-t-il dit.

Le calendrier et la référence à un excédent primaire sont importants. Selon les prévisions, l'économie grecque doit renouer avec la croissance dans le courant de 2014 et dégager un excédent budgétaire primaire (c'est-à-dire hors service de la dette) de 4,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2016.

De plus, c'est fin 2016 qu'Athènes est censé être en mesure de retourner sur les marchés pour se financer, sans l'aide du FMI ou de l'Union européenne.

L'accord de Bruxelles répond aux besoins de financement pour la période 2014-2016 et énumère les mesures qui doivent permettre de ramener le poids de la dette d'environ 190% du PIB l'an prochain à 124% d'ici 2020.

Mais il ne précise pas comment la dette grecque sera ensuite ramenée à 110% du PIB en 2022 et 88% en 2030, les chiffres sur lesquels se sont mis d'accord les ministres et le FMI. Et il ne dit pas comment Athènes aura reconquis la confiance des marchés d'ici 2016 alors que son ratio d'endettement atteindra 175%.

L'ÉCHÉANCE CLÉ DE 2016

La réponse passe par une diminution des taux d'intérêt et un allongement des maturités des prêts accordés à la Grèce, des remboursements accrus grâce au retour à la croissance, mais aussi par la possibilité pour les Etats de la zone euro d'effacer une partie de leurs créances.

Un responsable de la zone euro étroitement associé aux discussions a reconnu que l'ensemble des pays de la zone euro rechignaient à admettre qu'ils devraient sans doute renoncer un jour à une partie des quelque 127 milliards d'euros qu'ils ont prêtés à la Grèce, même si tous reconnaissent que le sujet ne pourra pas être perpétuellement ignoré.

Le FMI a calculé que pour rendre la dette supportable pour Athènes, le ratio d'endettement devait être ramené à environ 120% du PIB d'ici 2020 et 110% d'ici 2022. Mais rien ne garantit que ces niveaux seront alors réellement supportables.

La perspective d'un effacement partiel ne peut donc être exclue, d'autant que les pays de la zone euro, qui détiendront bientôt à eux seuls les trois quarts de la dette grecque, ne cessent de répéter qu'ils feront tout ce qu'il faudra pour maintenir la Grèce à flot et éviter sa sortie de la zone euro.

Pour le responsable de la zone qui a participé aux discussions, la meilleure solution serait que les pays créanciers effacent purement et simplement 40 à 50 milliards d'euros de prêts à la Grèce en 2016 ou peu après, afin de réduire fortement le ratio d'endettement et de faciliter le retour de l'Etat grec sur les marchés.

Mais il est peu probable qu'une telle option soit retenue car aucun pays ne semble prêt à un tel effacement, dont le coût serait supporté par ses contribuables. Tous feront donc le maximum pour réduire autant que possible le montant effacé.

"Si on voulait vraiment aider la Grèce, on effacerait suffisamment de dette pour ramener le ratio à 60% du PIB, ce qui est un niveau supportable", explique le responsable. "Mais cela ne se fera jamais. Personne ne signera ça."

La question d'un abandon partiel des créances sur la Grèce risque donc de rester en suspens pendant les quatre ans à venir. Mais que les gouvernements le veuillent ou non, il leur faudra, un jour ou l'autre, y répondre clairement.

Marc Angrand pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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