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Marché : Il ne faut pas désespérer des émergents

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(CercleFinance.com) - Où en sont les pays émergents, dont les perspectives économiques suscitent actuellement des doutes ? C'était l'un des thèmes abordés ce matin lors de présentation trimestrielle des économistes et des stratégistes de CPR Asset Management (CPR AM), à Paris.

Depuis le début de l'année en Bourse, les indices d'actions de la plupart de ces pays s'affichent en net retrait de ceux des Etats industrialisés. Ainsi, si le S&P 500 américain a gagné pratiquement 21% depuis le début de l'année, la performance de l'indice continental chinois CSI 300 est de - 1,4%.

Malik Hadouk, directeur de la gestion diversifiée de CPR AM, invite à relativiser ces mouvements : historiquement, rappelle-t-il en substance, les actions émergentes ont de toute façon tendance à sous-performer celles des pays matures lorsque la Réserve fédérale américaine amorce le durcissement de sa politique monétaire.

En effet, explique la stratégiste Laetitia Baldeschi, dès qu'en mai dernier le patron de la Fed Ben Bernanke a préparé le marché à la fin progressive des rachats en masse d'actifs obligataires entamés fin 2008, les taux d'intérêt américains à long terme se sont tendus. Et cela s'est accompagné “d'un fort mouvement de retrait des fonds obligataires émergents”.

De ce fait, les devises émergentes ont d'abord reflué en bloc face au dollar américain. Puis la tendance est devenue plus sélective, les monnaies es plus touchées étant celles aux fondamentaux jugés les plus déséquilibrés, par exemple en raison de l'importance de leur déficit courant, de l'état relatif de leurs finances publiques, de la proportion de dette extérieure ou encore de l'état des réserves de changes. C'est notamment le cas parmi les plus pénalisées des roupies indienne et indonésienne, du real brésilien, du rand sud-africain voire la livre turque.

Les mouvements de devises entraînés par ces déplacements de capitaux ont renforcé un ralentissement tendanciel de la croissance visible depuis fin 2011, pour ce qui est par exemple de l'Asie. En Amérique latine, CPR AM évoque “un ralentissement très marqué”, le Mexique ayant aussi souffert.

De ce fait, et comme nombre de leurs confrères, les spécialistes de CPR AM ont abaissé leur prévision de croissance l'Asie hors Japon à 6,2% cette année, soit comme en 2012, à comparer avec 9,6% et 7,5% en 2010 et 2011. En Amérique latine, la croissance moyenne s'annonce à 2,9% cette année, soit 0,1 point de plus qu'en 2012 quand en 2010 ce taux était de 6,2%.

La dépréciation des devises locales entraîne aussi la réduction des importations et de l'inflation. Un phénomène renforcé par la hausse du prix du pétrole, facteur d'inflation importée en raison de la dépendance des émergents aux importations de brut. En Inde par exemple, les importations d'or équivalent à 7% du PIB.

Cette inflation pose notamment problème au Brésil, qui est aussi confronté aux effets d'une hausse des salaires. La Banque centrale du Brésil, qui a commencé à relever ses taux d'intérêt (+ 200 points de base en quatre mois), doit comme les autres banquiers centraux des nouvelles économies trouver un délicat équilibre entre maîtrise des prix et croissance.

Globalement, ce regain d'inflation pose selon CPR AM davantage de problème à l'Amérique latine qu'à l'Asie, “où les effets de la baisse de l'activité sont plus importants que ceux de la baisse des devises”. Ainsi, l'inflation devrait en Asie hors Japon se maintenir en 2013 à 3,9%, comme 2012, puis monter à 4% en 2014. Or dans la partie Sud du continent américain, la hausse des prix à la consommation, qui était de 6,1% en 2012, est attendue à 7,5% cette année et à 7,2% en 2014. Alors qu'il faut remonter jusqu'à 2008 pour trouver un chiffre supérieur à 7%.

Si l'orientation du PIB est plus favorable dans pays développés, il n'en reste pas moins que les émergents représentent environ la moitié du PIB mondial. Faut-il désespérer alors de la croissance mondiale et craindre une réédition de la crise de 1997 ? Pas sûr : depuis 1997, le monde émergent est davantage intégré, à l'image de la Chine qui représente maintenant environ 20% des exportations brésiliennes, contre à peine 5% au tournant des années 2000.

Ce qui ne signifie pas qu'il faille s'attendre au pire : “les fondamentaux sont loin d'être tous dégradés”, rappelle CPR AM, même si certains pays présentent plus de risques que d'autres. D'ailleurs, les gouvernements comme les établissements émetteurs de ces nouvelles économies “tentent d'ores et déjà d'intervenir de manière à limiter l'impact négatif sur l'activité des troubles financiers”.

En outre, ces économies connaissent aussi structurellement une phase de transition vers un modèle économique tourné davantage vers leur demande intérieure. Cela passe souvent, au Brésil ou en Chine, par une hausse des salaires, ce qui pénalise à court terme leur compétitivité. Engagé à des degrés divers selon les pays, ce processus de long terme est toujours en cours.

“Par le passé, lors des épisodes de la crise dite 'émergente', la croissance du PIB émergent a ralenti mais ne s'est pas effondrée”, rappelle enfin le bureau d'études.

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