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Marché : Face à la justice US, Barclays doit faire un choix difficile

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par Steve Slater

LONDRES (Reuters) - Le directeur général de Barclays, Antony Jenkins, devra prendre d'ici quelques jours l'une des décisions les plus importantes depuis son arrivée à la tête de la banque britannique, en contestant ou pas les accusations de tromperie et de fraude aux dépens de certains clients aux Etats-Unis.

S'il reconnaît les faits exposés dans la plainte déposée par le procureur général de New York, il risque de devoir sacrifier la division concernée pour respecter sa promesse de mettre fin à toutes les activités susceptibles d'entacher l'image de la banque.

Problème: la branche américaine visée fait partie de la division actions du groupe, un domaine qu'il ne prévoyait pas de restructurer en profondeur, contrairement à celui de la banque d'investissement.

Ce dilemme tombe mal car certains investisseurs doutent déjà de la pertinence et de l'efficacité de la stratégie menée par Antony Jenkins depuis sa nomination il y a près de deux ans, censée améliorer à la fois la culture de l'entreprise et ses performances.

En Bourse, l'action Barclays a perdu environ 9% depuis le début de la procédure américaine et a touché des plus bas de deux ans, alors que l'indice des valeurs bancaires européennes ne cédait que 3,5% sur la même période. Et cette sous-performance se retrouve aussi sur l'ensemble du début de mandat d'Antony Jenkins.

"Nous sommes préoccupés par certaines évolutions des revenus et des coûts, et par le rythme de la mise en oeuvre des décisions de la direction", explique Colin McLean, directeur général de SVM Asset Management, actionnaire de Barclays. "Il y a un fossé entre les promesses et la réalité, notamment sur les coûts et les bonus."

QUESTION DE CRÉDIBILITÉ

Contester les accusations du procureur général de New York serait prendre un grand risque, comme ont pu le constater à leurs dépens plusieurs autres banques ces dernières années. Si les allégations sont avérées, ne serait-ce que partiellement, la crédibilité d'Antony Jenkins et sa capacité à diriger le groupe seraient remises en cause.

Le dossier vise particulièrement le "dark pool" américain de Barclays, l'une des nombreuses plates-formes de transactions créées ces dernières années par des banques pour permettre à leurs clients institutionnels de traiter anonymement des actions.

Cette activité en plein essor est dans le collimateur des autorités aux Etats-Unis comme en Europe car elles sont soupçonnées de désavantager certains investisseurs.

Les volumes de transactions sur les "dark pools" ont bondi depuis 2007 au point qu'on estime aujourd'hui que plus de 40% de l'ensemble des transactions sur actions aux Etats-Unis sont effectuées sur l'une ou l'autre de ces plates-formes, au nombre de quelques dizaines.

Dans sa plainte, le procureur général Eric Schneidermann dit détenir des preuves montrant que des salariés de Barclays ont falsifié des documents commerciaux et qu'ils ont trompé de grands clients institutionnels pour favoriser le développement du "dark pool" et ainsi obtenir des bonus.

Le dark pool de Barclays, LX, est l'un des plus actifs des Etats-Unis, derrière celui de Credit Suisse, selon des statistiques des autorités financières. Parmi les autres banques ayant créé leur propre dark pool figurent UBS, Bank of America, Morgan Stanley, Deutsche Bank et Goldman Sachs.

DES CLIENTS SE DÉTOURNENT

Le volet le plus risqué du dossier concerne les accusations selon lesquelles Barclays a menti à de grands clients institutionnels, comme des fonds de pension ou des compagnies d'assurance.

Le gestionnaire d'actifs américain Alliance Bernstein a déclaré avoir suspendu toute activité sur LX après le dépôt de la plainte et, selon des sources du secteur, d'autres clients ont abandonné la plate-forme.

Barclays a annoncé avoir ouvert une enquête interne exhaustive sur ces allégations en faisant appel à une assistance extérieure mais s'est refusé à tout autre commentaire.

Le problème pour Antony Jenkins, venu de la banque de détail, est qu'une éventuelle fermeture de LX serait pratiquement impossible sans pénaliser le reste des activités actions du groupe, dont les marges sont déjà faibles, expliquent des sources du secteur.

Or analystes et gérants s'interrogent déjà sur la rentabilité du groupe. En présentant son plan stratégique en février 2013, le directeur général avait déclaré que les revenus des activités de banque d'investissement devraient rester stables, autour de 12 milliards de livres, à l'horizon 2015, mais certains analystes jugent aujourd'hui qu'ils seront inférieurs à sept milliards.

Le groupe britannique, comme nombre de grandes banques, est également visé par d'autres procédures, notamment les différentes enquêtes en cours au niveau mondial sur le marché des changes, dont les répercussions pourraient être bien plus graves.

(Avec Lionel Laurent et Nishant Kumar,; Marc Angrand pour le service français)

Copyright © 2014 Thomson Reuters

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