Bourse > Actualités > Points de marché > Marché : Chypre pourrait adoucir la taxation des dépôts bancaires

Marché : Chypre pourrait adoucir la taxation des dépôts bancaires

Marché : Chypre pourrait adoucir la taxation des dépôts bancairesMarché : Chypre pourrait adoucir la taxation des dépôts bancaires

par Michele Kambas

NICOSIE (Reuters) - Le gouvernement chypriote s'efforçait lundi d'assouplir le projet de taxation des dépôts bancaires prévu par le plan de sauvetage du pays, une disposition sans précédent en Europe qui suscite l'hostilité des Chypriotes et l'embarras de certains partenaires de Nicosie.

Alors que l'euro et les Bourses cédaient du terrain face à la menace d'un nouveau rebondissement de la crise de la dette, les responsables politiques et monétaires européens ont multiplié les déclarations rassurantes pour expliquer que le cas chypriote était exceptionnel et qu'il le resterait.

Le ministre français des Finances Pierre Moscovici a ainsi déclaré que le contexte chypriote n'était pas contagieux tandis que l'Elysée évoquait un cas "hyper-exceptionnel".

L'annonce ce week-end du projet de taxation de l'ensemble des sommes déposées dans les banques chypriotes, censé compléter une aide extérieure de 10 milliards d'euros, marque une rupture avec la pratique consistant à ne pas faire supporter aux épargnants le coût du renflouement des Etats.

Le parlement chypriote, qui devait se prononcer lundi après-midi sur le plan, a reporté sa réunion de 24 heures. Ce délai supplémentaire pourrait permettre au gouvernement de modifier le dispositif afin d'épargner partiellement ou totalement les comptes bancaires les plus modestes, ce qui passerait par une taxe alourdie sur les dépôts supérieurs à 100.000 euros.

Le plan initial prévoit de taxer à 6,7% les dépôts inférieurs à 100.000 euros et à 9,9% les dépôts au-dessus de ce seuil.

Une part importante de ces gros comptes est détenue par des ressortissants russes, dont Chypre est devenue une destination bancaire très prisée ces dernières années.

LES DÉPÔTS SOUS 20.000 EUROS EXONÉRÉS?

Une source gouvernementale chypriote a déclaré à Reuters que la mise en place d'un plancher -qui pourrait être fixée à 20.000 euros- sous lequel les dépôts seraient exonérés de toute taxation était évoquée mais pas encore entérinée.

Le bâtiment du parlement était placé sous protection policière lundi après-midi alors que 400 personnes environ manifestaient contre le plan.

"Nous sommes très déçus par nos soi-disant partenaires européens. Ils ont porté atteinte à la crédibilité du système bancaire et à la dignité du pays", a déclaré Andreas Evangelou, 52 ans, qui craint de voir s'envoler les économies accumulées pour financer les études de son fils.

La zone euro a laissé le champ libre à Nicosie pour moduler la taxe, à condition que celle-ci rapporte le montant nécessaire.

Pour Jörg Asmussen, l'un des membres du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), "l'important, c'est que la contribution financière de 5,8 milliards d'euros subsiste."

"Il s'agit du plan de réforme du gouvernement chypriote. C'est au gouvernement seul de décider s'il veut modifier la structure (...) de la contribution du secteur bancaire", a-t-il dit à la presse en marge d'une conférence à Berlin.

Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, a assuré de son côté que son pays n'avait pas demandé la taxation des dépôts bancaires et qu'il était prêt à voir le dispositif modifié.

La France est elle aussi ouverte à une modification du taux de taxation des dépôts, a déclaré une source proche de l'Elysée.

Les ministres des Finances de l'Eurogroupe devaient s'entretenir par téléphone à 19h30 de la situation à Chypre.

BAISSE LIMITÉE SUR LES BOURSES

Dimanche, les résidents chypriotes se sont rués sur les distributeurs de billets pour tenter de retirer le maximum de fonds de leurs comptes. Les établissements bancaires étaient fermés lundi -jour férié à Chypre- et ils le resteront mardi et mercredi, a-t-on appris de source gouvernementale.

L'inquiétude s'est propagée aux marchés financiers du monde entier, qui craignent un nouvel épisode de tension dans la crise de la zone euro après cinq mois d'apaisement relatif, mais les Bourses européennes ont terminé loin de leurs plus bas du jour, effaçant en fin de séance une bonne partie de leurs pertes.

L'euro est ainsi retombé sous le seuil de 1,30 dollar et évoluait autour de 1,2978 à la clôture en Europe. Du côté des actions, la Bourse de Paris a perdu 0,48%, celle de Francfort 0,4% et celle de Londres 0,49%.

L'indice Stoxx des valeurs bancaires européennes a cédé 1,47%. Quant à l'indice Euro Stoxx 50 de la volatilité, baromètre de la tension sur les marchés, il a enregistré un bond de 15,07% alors qu'il avoisinait 26% à la mi-journée.

A Wall Street, les marchés s'inscrivent en très légère baisse, avec un repli de 0,1% pour le Dow Jones, de 0,28% pour le S&P 500 et de 0,12% pour le Nasdaq.

Sur les marchés obligataires, les emprunts d'Etat allemands, valeur refuge par excellence, étaient en nette hausse alors que les italiens et les espagnols baissaient, victimes des craintes de contagion.

Le pire des scénarios serait en effet que les déposants de pays plus importants se mettent à leur tour à retirer leur argent des banques, notamment dans les pays "périphériques" jugés les plus fragiles. Aucun signe ne laissait cependant craindre une telle évolution lundi.

Vilipendé à Nicosie, le plan de sauvetage est aussi critiqué à Moscou, qui joue un rôle clé dans le dossier. La Russie a prêté il y a deux ans 2,5 milliards d'euros à Nicosie, un prêt qui pourrait être prolongé en complément du plan de sauvetage.

Mais le Kremlin semble irrité par la taxation des dépôts, qui risque de coûter cher à certaines grosses fortunes russes. Selon le porte-parole du président russe Vladimir Poutine, ce dernier a déclaré que "cette décision, si elle était prise, serait injuste, non professionnelle et dangereuse".

Avec Annika Breidthardt, Michelle Martin et Alexandra Hudson à Berlin, Lidia Kelly et Alexei Anishchuk à Moscou; Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

Copyright © 2013 Thomson Reuters

Je donne mon avis

TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT L’APPLI
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...