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Marché : Accord entre Eurogroupe et FMI sur la dette grecque

Marché : Accord entre Eurogroupe et FMI sur la dette grecqueMarché : Accord entre Eurogroupe et FMI sur la dette grecque

par Jan Strupczewski, Francesco Guarascio et Alastair Macdonald

BRUXELLES (Reuters) - Les ministres des Finances de la zone euro se sont engagés mercredi à alléger à terme la dette grecque si certaines conditions sont réunies, ce qui a convaincu le Fonds monétaire international de soutenir un nouveau plan de sauvetage en faveur d'Athènes.

Après des pourparlers qui se sont achevés mercredi aux premières heures, les ministres ont donné leur aval au déblocage de 10,3 milliards d'euros de nouveaux fonds destinés à la Grèce, une mesure qui récompense notamment les efforts budgétaires consentis par la coalition d'Alexis Tsipras. Une première tranche de 7,5 milliards d'euros sera allouée le mois prochain, une autre de 2,8 milliards ultérieurement.

Plus important encore, les ministres des Finances se sont mis d'accord sur le principe d'un allègement de la dette en 2018, dans le cas de figure où le pays en aurait besoin pour se conformer aux critères du plan de sauvetage.

Toutefois, le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble s'est abstenu dans l'immédiat de tout engagement de rééchelonner la dette grecque car il lui aurait fallu pour cela l'aval d'un Parlement sceptique avant les élections législatives qui auront lieu en 2017.

Wolfgang Schäuble avait de toute façon dit à la presse qu'il ne voulait prendre aucun engagement après 2017, année des élections législatives en Allemagne. "Nous prendrons les décisions en temps opportun. J'en ai la compétence légitime pour l'heure et en 2018 elle sera attribuée à ceux que le peuple allemand aura choisis en 2017", avait-il déclaré.

Le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel n'en a pas moins salué l'accord. "L'Eurogroupe envoie un signal politique important et irréversible qui est celui-ci: le nécessaire allègement de la dette aura bien lieu à partir de 2018".

A la suite de l'annonce de l'accord entre la Grèce et ses créanciers, la Bourse d'Athènes progressait modérément, de 0,4% à la mi-journée, faisant moins bien que la plupart des autres places européennes.

Le rendement des obligations souveraines grecques à 10 ans recule de 10 points de base, à 7,28%. Les rendements italiens, espagnols et portugais ont également baissé.

Défendue avec insistance par le FMI mais jugée prématurée par Berlin, cette promesse d'allègement a permis l'adhésion de l'organisation internationale au programme de renflouement.

"Nous sommes parvenus à une vraie avancée sur la Grèce, qui nous permet d'ouvrir un nouveau chapitre du programme d'assistance financière", a dit le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem. "Cela va plus loin que ce que j'aurais cru possible il n'y pas si longtemps", a-t-il ajouté.

La Grèce, dont les déboires financiers ont failli avoir raison de la zone euro il y a quelques années, a déjà bénéficié depuis 2010 de deux plans de sauvetage en échange de mesures censées réduire ses déficits et améliorer sa compétitivité.

Evoquant le "capital politique" investi dans l'accord, une référence aux objections allemandes en matière d'allègement, Dijsselbloem a estimé qu'une confiance mutuelle était revenue dans les discussions.

Il y a un an encore, le rejet des mesures d'austérité par le Premier ministre de gauche Alexis Tsipras avait mis en question l'appartenance de la Grèce à la zone euro.

L'accord est un "acte de confiance" envers la Grèce d'aujourd'hui, a déclaré Michel Sapin en sortant de la réunion. Le ministre français des Finances a précisé que l'accord était exhaustif et comprenait des mesures à court, moyen et long terme sur la dette.

OPTIMISME GREC

"Je pense que nous avons des raisons d'être optimiste et de penser qu'il peut s'agir d'un nouveau départ, transformant le cercle vicieux grec de 'mesures de récession - récession' en une situation où les investisseurs ont la voie libre pour investir en Grèce", a dit le ministre des Finances grec, Euclide Tsakalotos.

Le FMI estime depuis longtemps qu'un allègement du fardeau de la dette grecque est indispensable pour permettre au pays de rendre ses finances publiques soutenables.

Mais le refus par l'Allemagne, soutenue par d'autres pays, d'aborder la question a conduit à des mois de bras de fer entre l'institution de Washington et la zone euro, plaçant quasiment Athènes en position de spectateur.

L'accord de mercredi n'offre toutefois pas d'allègement immédiat, et ne promet pas que les remboursements grecs seront réduits, mais il énonce un critère pour que la dette soit allégée : Athènes doit maintenir ses besoins de financement bruts en-dessous de 15% du PIB à moyen terme, et à long terme en-dessous de 20%.

"L'Eurogroupe a donné son accord aujourd'hui à une série de mesures sur la dette qui seront mises en place progressivement, selon les besoins, afin de se conformer aux seuils convenus sur les besoins de financement bruts", précise un communiqué.

RALLIEMENT DU FMI

Le directeur pour l'Europe du FMI, Poul Thomsen, s'est dit persuadé que les décisions de mercredi "permettraient l'allègement nécessaire de la dette", tout en prévenant que l'adhésion de l'organisation nécessitait encore l'aval du conseil d'administration, qui siège à New York.

L'ampleur de l'allègement reste flou, a-t-il poursuivi.

"Cela assurera la viabilité de la dette selon notre critère standard", a dit Poul Thomsen, soulignant que le FMI avait maintenu sa position, refusant d'allouer de nouveaux fonds à Athènes si les créanciers européens n'allégeaient pas le fardeau de la dette.

Il a toutefois concédé que le Fonds avait fait des concessions importantes en acceptant que l'allègement soit décidé en 2018, plutôt que dès maintenant.

Celui-ci pourra être effectué par diverses méthodes, y compris un allongement des échéances, mais pas par une réduction du montant nominal de la dette, ont indiqué des responsables de la zone euro.

L'Allemagne tenait à ce que le FMI prenne part au nouveau plan de sauvetage, tout en résistant aux demandes d'allègement de la dette. Berlin craignait que la mesure ne crée un "aléa moral", poussant les débiteurs de la zone euro à se passer de réformes d'austérité.

Le ministre slovaque des Finances, Peter Kazimir, de longue date sceptique quant à l'aide apportée à la Grèce, a résumé : "Cette nuit, c'était une naissance difficile. On peut difficilement faire mieux."

(Julie Carriat pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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