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Marché : Madrid risque d'être contraint d'appeler l'ue à l'aide

Madrid risque d'être contraint d'appeler l'ue à l'aideMadrid risque d'être contraint d'appeler l'ue à l'aide

par Julien Toyer

MADRID (Reuters) - La dégradation de sa situation budgétaire, la pression des milieux d'affaires et celle des agences de notation risquent fort de contraindre l'Espagne à solliciter une aide extérieure, même si le gouvernement assure ne pas être pressé de prendre une décision, estiment des analystes et des sources.

Le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a déclaré lundi dans un entretien télévisé qu'il n'avait pas encore pris de décision et son gouvernement explique étudier les modalités du nouveau plan de la Banque centrale européenne (BCE) destiné à faire baisser les coûts de financement des Etats en difficulté.

Dans un entretien au journal finlandais Helsingin Sanomat publié mercredi, Rajoy dit que l'Espagne envisage de demander à la BCE de procéder à des achats d'obligations souveraines mais n'a pas l'intention de solliciter un plan de sauvegarde global.

"En plus de la croissance, la seule option que j'envisage est de recourir au mécanisme annoncé par la banque centrale", dit-il.

Au quotidien financier finlandais Kauppalehti, Rajoy déclare: "Il est totalement exclu que nous sollicitions un renflouement pour l'ensemble du pays".

Et d'ajouter: "Je suis prêt à réduire le déficit mais d'autres n'ont pas à décider de quelle manière".

Mais le dérapage des finances publiques, la hausse des dépenses de protection sociale et les dépenses plus lourdes que prévu des régions autonomes vont contraindre Madrid à emprunter entre 30 et 45 milliards à moyen et long termes d'ici la fin de l'année, au lieu des 20 milliards prévus initialement.

Le Trésor a émis jusqu'à présent pour 66 milliards d'euros de papier à moyen et long termes, soit 76,8% du montant global de son programme originel d'emprunts 2012.

Le gouvernement a parallèlement obtenu de ses partenaires européens la promesse d'une aide susceptible d'atteindre 100 milliards pour le secteur bancaire espagnol, et il prévoit de recourir à des emprunts bancaires et de puiser dans les caisses de la loterie nationale pour financer une ligne de crédit de 18 milliards destinée à répondre aux besoins de liquidités des régions.

Mais c'est bel et bien le risque de voir les difficultés des banques et des régions se propager à l'Etat central qui préoccupe les investisseurs, alors que le Trésor devra refinancer le mois prochain 27,5 milliards d'euros de dettes.

LES RÉSERVES S'AMENUISENT

L'agence Moody's, qui note la dette souveraine espagnole un échelon seulement au-dessus de la catégorie spéculative ("junk"), doit publier d'ici la fin du mois les conclusions d'une revue en cours de cette note.

Moody's et Standard & Poor's ont l'une et l'autre déclaré le mois dernier qu'une demande d'aide serait un élément favorable pour la note du pays, laissant ainsi entendre qu'elles pourraient a contrario dégrader cette note si Madrid y renonçait.

Du côté des chefs d'entreprises, Arturo Fernandez, un dirigeant de la fédération patronale CEOE, a déclaré la semaine dernière que le temps était compté même si les dirigeants de grandes multinationales espagnoles disent craindre la stigmatisation qu'impliquerait une demande d'aide.

Le Trésor voit en outre ses réserves s'épuiser: il ne disposait plus que de 23 milliards d'euros de liquidités en juillet contre 40 milliards en mai selon les chiffres de la banque centrale. Les analystes de la banque Banesto estiment que ce montant est tombé à 12 milliards en août.

"Je crois qu'il est acquis désormais que l'Espagne demandera de l'aide. Ils n'ont pas levé assez d'argent sur les marchés en août et je crois qu'en fait, ils n'essaient même plus d'éviter une demande d'aide", note Nick Kotsonis, analyste obligataire du fonds de pension Ohio Public Employees Retirement System.

Plus préoccupant encore peut-être, Madrid risque d'afficher en fin d'année un déficit budgétaire plus lourd qu'attendu, en dépit des 14 milliards d'euros de coupes dans les dépenses et de nouveaux prélèvements obligatoires annoncés en juillet.

La hausse plus forte qu'attendu des prix à la consommation va en effet coûter quatre milliards d'euros à l'Etat en raison de l'indexation des retraites sur l'inflation. Les dépenses d'indemnisation chômage, elles, ont déjà augmenté de 5% cette année alors que le gouvernement prévoyait une baisse de même ampleur.

8% DE DÉFICIT EN 2012 ?

Quant à l'amnistie fiscale censée rapporter 2,5 milliards d'euros d'ici novembre, elle n'affichait fin juillet qu'un produit de 50 millions selon les chiffres du ministère du Budget.

Le déficit public atteignait déjà 4,6% du PIB sur les sept premiers mois de 2012, soit un dixième de point de plus que l'objectif fixé pour l'ensemble de l'année.

Et même si le déficit de l'Etat central peut se réduire au cours des mois à venir, Madrid devra compter avec la dégradation des finances des régions: Jose Ignacio Conde-Ruiz, économiste du cercle de réflexion FEDEA, estime que le déficit cumulé des régions pourrait représenter au moins 2,2 points de PIB, contre 1,5 point prévu.

Une source au fait des discussions au sein du gouvernement a déclaré que le déficit public global 2012 pourrait atteindre 8% du PIB, créant un besoin de financement supplémentaire d'environ 15 milliards d'euros.

Une porte-parole du ministère de l'Economie a noté que le Trésor s'en tenait à son programme initial, qui permettrait à l'Espagne de faire à ses obligations financières jusqu'à la fin de l'année.

"De nouvelles mesures ont été prises en juillet et nous pensons qu'il n'y a pas besoin de modifier notre programme pour remplir nos obligations", a-t-elle dit.

Une solution consisterait à augmenter les émissions à court terme. Mais le programme d'émissions à court terme est déjà chargé, avec 35 milliards d'euros à lever d'ici la fin de l'année.

Et cette alternative ne ferait que repousser le problème alors que les trois prochaines années s'annoncent déjà très chargées, avec 122 milliards d'euros d'échéances prévues en 2013, 83 milliards en 2014 et 70 milliards en 2015, contre 57 milliards cette année.

Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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