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Marché : Les grands groupes français mieux armés qu'en 2008 sur le crédit

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par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - Les grandes entreprises françaises non financières sont aujourd'hui mieux armées qu'en 2008 pour faire face à un tarissement du crédit, mais pas les PME.

La persistance de la crise de la dette souveraine et le retour des incertitudes sur la solidité des banques ont ravivé le souvenir du "credit crunch" qui avait suivi la faillite de la banque Lehman Brothers il y a trois ans, ébranlant des pans entiers de l'économie. Mais la plupart des grandes sociétés ont depuis corrigé plusieurs défauts, notamment une trésorerie insuffisante.

"Elles se sont préparées au cas où", observe Emmanuel Bulle, senior director dans l'équipe Corporate Europe de Fitch. "Elles se sont dit: si jamais on se retrouve dans une situation avec des banques qui soient un peu moins disponibles pour nous prêter des fonds, ou des marchés qui soient fermés un petit moment, on va essayer d'anticiper et d'avoir déjà un peu plus d'argent de côté. Cela permet de voir venir un peu plus longtemps."

Fitch a calculé qu'entre juin 2008 et juin 2011, la trésorerie des sociétés s'est étoffée de 20% à 50% selon les secteurs, et de 50% à 70% dans l'automobile.

PSA et Renault affichaient ainsi cet été une trésorerie de sept milliards d'euros chacun et font désormais de la maîtrise des stocks une priorité. L'objectif est de les maintenir entre 50 et 60 jours, alors qu'à 80 jours lors de la dernière crise le besoin en fonds de roulement avait provoqué une véritable hémorragie de cash.

Lafarge, Saint-Gobain ou PPR ont tous eux aussi renforcé sensiblement leur structure financière en réduisant leurs coûts fixes et, pour les deux premiers, en augmentant leur capital dès le début 2009.

"Globalement, les entreprises n'ont jamais eu autant de cash dans leur bilan qu'aujourd'hui", résume Eric Pictet, directeur du bureau de Paris de Muzinich & Co.

À LA RECHERCHE D'UN PLAN B

S'il reste très loin du plus bas de la fin 2008, le dernier indicateur de la trésorerie globale des grandes entreprises publié par l'Association française des trésoriers d'entreprise (Afte) et l'institut Coe-Rexecode a toutefois révélé une forte dégradation entre juillet et septembre. Les dirigeants interrogés ont également fait état d'un début de tension au niveau des marges bancaires qu'ils négocient sur leurs emprunts.

Contrairement à 2008, la prudence des banques à prêter n'est pas seulement liée à la conjoncture. Dans une note publiée fin septembre, Standard & Poor's a évalué que le coût des emprunts des entreprises de la zone euro se renchérirait de 50 à 80 milliards d'euros par an d'ici 2018 une fois que les règles bancaires plus strictes de Bâle III seront entrées en vigueur.

"Les entreprises ont appris qu'il est risqué d'être dépendant d'un nombre limité de banques pour son financement, il faut avoir un plan B si la banque ne prête plus", commente Frédéric Gilts, responsable du secteur industriel Europe chez Fitch. "La désintermédiation s'accélère probablement."

L'autre grande source de crédit pour les entreprises, le marché obligataire, est sorti d'un coma estival le mois dernier grâce à l'audace d'émetteurs français bien notés (investment grade) comme Saint-Gobain, Renault, Casino ou Schneider Electric.

Heureusement, la plupart des grandes échéances pour le refinancement des entreprises ne sont pas imminentes, et un "mur de dette" comme en 2008-2009 ne devrait pas se représenter avant deux ans. Pour Lafarge et Veolia, qui portent respectivement une dette obligataire de l'ordre de 14 et 10 milliards d'euros, les prochaines échéances de l'ordre du milliard ne se présenteront pas avant 2013.

"La plupart des grandes sociétés sont aujourd'hui mieux armées (...) les leviers ont globalement baissé et leurs grandes échéances sont plus lointaines", souligne Vincent Battle, associé chargé des services de réorganisation des entreprises chez Deloitte.

RISQUE D'AUTOCENSURE CHEZ LES PME

Les plus petites entreprises, qui n'ont pas réussi en trois ans à se constituer un coussin de trésorerie suffisant, continuent de se financer essentiellement par crédit bancaire et constatent au moins une mesure de ducissement des conditions de financement par les banques, selon 71% des dirigeants de PME interrogés dans le 11e baromètre KPMG-CGPME publié lundi.

Les frais peuvent être plus élevés, les montants accordés plus faibles, les demandes de renseignements plus fournies et la réponse des banques plus longue à venir.

"Le financement à court terme est obligatoire, vous avez peu de choix", souligne Jacky Lintignat, directeur général de KPMG. "Le financement d'un investissement, en revanche, est toujours quelque chose qu'on peut reculer. C'est ce que j'appelle l'autocensure du chef d'entreprise (...) Ce sera à nouveau, comme en 2009, la variable d'ajustement."

Le Groupe des équipements de l'aéronautique et de la défense, par exemple, a prévenu qu'un resserrement des conditions de crédit pourrait gêner la capacité des petits équipementiers à suivre l'actuelle montée en cadence de la production aéronautique.

"Ce qui est très difficile à vivre, c'est qu'on a affaire à des crises de plus en plus aiguës qui entraînent des réactions de plus en plus violentes", souligne Gilbert Canameras, président de l'Association pour le management des risques et des assurances de l'entreprise (Amrae).

"En définitive, une entreprise vise le long terme dans son activité et ne peut pas agir avec des à-coups répétés (...) Si vous sortez sous une pluie fine, vous pouvez supporter de prendre un petit imper, si c'est un ouragan, vous vous barricadez chez vous."

Avec le service économique et financier, édité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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