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Marché : Les façonniers n'ont pas retrouvé leurs commandes d'avant crise

Les façonniers n'ont pas retrouvé leurs commandes d'avant criseLes façonniers n'ont pas retrouvé leurs commandes d'avant crise

par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - Les façonniers français du luxe ont repris des couleurs en 2011 mais n'ont pas retrouvé les niveaux de commandes et de rentabilité d'avant la crise de 2009 malgré une véritable explosion du secteur du luxe depuis deux ans.

Les fabricants de prêt-à-porter haut de gamme pour les grandes griffes comme Chanel, Hermès, Yves Saint Laurent (groupe PPR), Céline ou Louis Vuitton (groupe LVMH) avaient perdu entre 30% et 50% de leur chiffre d'affaires en 2009.

La profession, qui tient son salon dédié à la haute façon française à la Bourse de commerce à Paris les 28 et 29 mars, compte environ 200 entreprises, des PME pour l'essentiel, qui emploient quelque 10.000 personnes et réalisent un chiffre d'affaires estimé à 450 millions d'euros.

"Depuis la mi-2010, on assiste à un retour à de meilleurs taux de charge des ateliers mais on n'a pas encore retrouvé le niveau de commandes d'avant la crise", souligne Tony Herblot, patron de l'atelier vendéen Socovet et président du groupement des façonniers de mode du Grand Ouest, principal syndicat de la profession.

Les niveaux de commandes restent encore, selon lui, en baisse de 15% par rapport à ceux de 2009. Et la rentabilité de ces ateliers de confection, qui avoisine 5% en moyenne aujourd'hui, n'est pas davantage rétablie.

"Il faudrait pour cela 20% de volumes de commandes supplémentaires", plaide Laurent Vandenbor, délégué général du syndicat professionnel.

CONTRASTE

Le rythme des commandes passées aux façonniers contraste en effet avec les taux de croissance des grands noms du luxe, qui ont souvent frôlé les 20% l'an dernier, dopés, en partie, par la maroquinerie.

"On ne retrouve pas le même niveau de développement dans notre activité industrielle", regrette Laurent Vandenbor.

Malgré l'embellie, "la menace sur la filière est réelle", estime pour sa part Alain Moreau, président du groupement de la façon française. "Il faut que les groupes de luxe et de prêt-à-porter haut de gamme relocalisent leur sous-traitance", tranche-t-il.

Mais les réseaux industriels tissés par de grandes maisons avec des fabricants étrangers, notamment italiens, restent puissants et se doublent de prix souvent inférieurs de 15% à 20% à ceux pratiqués en France.

Le prix de la confection, en France, représente entre 5% et 10% du prix de vente d'un vêtement de luxe. Avec le tissu, on atteint, selon Alain Moreau, un maximum de 20%.

Si certains métiers ont quasiment disparu du territoire, comme la fabrication des costumes d'homme, les façonniers s'insurgent contre le discours de certaines griffes consistant à dire qu'elles vont chercher hors de France ce qu'elles ne trouvent plus dans l'Hexagone.

"C'est un discours inaudible qui en révulse plus d'un", glisse un fabricant qui a souhaité garder l'anonymat.

A l'heure où le thème de la "réindustrialisation" fleurit dans le discours politique, "ces ateliers sont les seuls garants du maintien d'un savoir-faire français dans le luxe et le prêt-à-porter haut de gamme", souligne Alain Moreau.

ENJEU DE COMPÉTITIVITÉ

Au sortir de la crise, alors que la filière était en péril, les pouvoirs publics avaient voulu associer les grandes griffes au devenir de ces entreprises, qui leur permettent d'apposer sur leurs vêtements l'étiquette "made in France".

Une charte de bonne conduite a été signée en avril 2010, mais seulement par les fédérations professionnelles, les grandes marques ayant refusé de s'y associer directement.

"Elles ne veulent pas être pieds et poings liés à leurs sous-traitants et nombre d'entre elles font fabriquer une grande partie de leur production en Italie", indique un industriel qui a souhaité garder l'anonymat.

Aujourd'hui, les ateliers veulent pouvoir partager avec leurs donneurs d'ordres une vision de moyen terme qui leur assurerait une meilleure visibilité permettant d'engager les investissements nécessaires. C'est là que réside selon eux l'enjeu de compétitivité.

"La reconstruction va dans le bon sens. Mais il faut faire plus (...) Le prix de la façon en France n'est plus un critère pour délocaliser", assure Laurent Vanbenbor.

Signe d'une amélioration du climat des affaires: les cinq ou six entreprises mises en vente récemment ont toutes trouvé preneur, preuve que de jeunes entrepreneurs sont prêts à relever le défi.

Autre signal positif, le secteur est en phase de recrutement pour la première fois depuis des années. Environ 200 emplois sont à pourvoir dans le Grand Ouest, où se concentrent environ la majeure partie de la filière, soit quelque 6.000 emplois.

Si la quasi-totalité des marques s'engageaient à faire fabriquer ne serait-ce que 10% de leurs volumes en France, il faudrait réembaucher massivement, affirme Tony Herblot.

BESOINS DE MAIN D'OEUVRE

Les façonniers ont d'autant plus besoin de visibilité qu'ils vont devoir assurer la relève, 30% à 50% de leurs effectifs partant à la retraite d'ici cinq à huit ans. La moyenne d'âge des salariés, essentiellement des femmes, est de 48 ans.

Or il faut de trois à cinq ans pour former la main d'une bonne ouvrière, et davantage pour les monteuses les plus compétentes.

Pour attirer les jeunes générations, les fabricants insistent sur les changements intervenus dans la chaîne de production depuis la disparition des grandes usines textiles françaises.

"Le travail a radicalement changé, les cadences ne sont plus les mêmes car les grandes séries n'existent plus, elles sont toutes fabriquées à l'étranger. Nous avons gardé les petites séries, de 300-400 pièces", explique Tony Herblot.

Les maisons de luxe "vertueuses" sont connues: les noms de Chanel et Hermès reviennent sur toutes les lèvres pour saluer leur engagement envers leurs fabricants. Dans le prêt-à-porter moyen de gamme, Agnès B fait figure d'exception en faisant fabriquer 40% de ses volumes dans l'Hexagone.

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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