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Marché : Les effets d'une perte du aaa liés à l'ampleur de la dégradation

Les effets d'une perte du aaa liés à l'ampleur de la dégradationLes effets d'une perte du aaa liés à l'ampleur de la dégradation

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Les marchés de capitaux anticipent d'ores-et-déjà une dégradation par Standard & Poor's de la note de crédit de la France sous AAA mais ses conséquences restent incertaines et dépendront de son ampleur, estiment des professionnels.

Ciaran O'Hagan, stratégiste taux chez Société générale, a dit s'attendre à ce que la note de la France soit abaissée d'un cran avec perspective négative, et que celle des cinq autres AAA soit confirmée avec maintien d'une perspective négative.

La semaine dernière l'agence de notation a mis sous surveillance négative les notes de 15 pays de la zone euro, dont les six notés AAA, et indiqué qu'elle pourrait être amenée à les dégrader rapidement si le Sommet européen tenu les 8 et 9 décembre n'apportait pas de solution à la crise de la dette souveraine susceptible de rétablir la confiance.

Pour la France, elle a indiqué que cette dégradation pourrait être de deux crans alors que les autres AAA (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Finlande, Luxembourg) sont menacés d'être abaissés d'un cran.

"Une dégradation de deux crans serait le début d'une grosse mésaventure et pourrait ouvrir une boîte de Pandore", dit un analyste d'une grande banque qui a requis l'anonymat.

Outre les entités garanties par l'Etat, la dégradation pourrait, selon lui, avoir des effets sur l'ensemble de l'économie française tant que le gouvernement ne prendra des mesures plus résolues de réduction des déficits publics.

"Cela risque d'affaiblir tout le tissu financier du pays", souligne-t-il en ajoutant que la France pourrait être exposée en 2012 à un surcoût sensible de son financement.

Nicolas Forest, responsable de la stratégie taux chez Dexia Asset management, estime que même si une dégradation est anticipée, c'est difficile d'en prévoir les conséquences tant qu'on ne connaît pas la décision définitive.

"Si tout le monde est abaissé, le classement reste le même. La France reste un bon émetteur souverain", dit-il.

"Le gros problème ce n'est pas la note en soi c'est que le sommet européen n'a pas convaincu les agences de notation, les investisseurs et le marché en général", explique-t-il en rappelant que la mise en oeuvre de l'accord européen n'interviendra pas avant le printemps prochain.

"D'ici là, il y a quelque 100 milliards d'euros d'obligations arrivant à échéance et qu'il faudra refinancer. Comment vont faire l'Italie, l'Espagne?", s'interroge-t-il. "Le marché a horreur du vide et il y a trop de vide".

LES ENTREPRISES NON FINANCIÈRES ÉPARGNÉES?

"Ce qui est horrible pour les marchés c'est de ne pas savoir si la France va être un "AA+", un "AA" ou un "AA-", estime Etienne Gorgeon, directeur de la gestion taux et Crédit, chez Edmond de Rothschild Investment Managers.

"Une fois qu'on se sera stabilisé à un niveau raisonnable qui est, à mon avis, un "AA", le marché va réaliser qu'en double A, la France est un pays très solide", a-t-il dit dans une interview à Reuters.

Nicolas Forest souligne qu'un taux à 10 ans français montant à 3,6-3,8% "c'est tout à fait gérable".

Les analystes d'Amundi voient trois conséquences majeures pour la France : un coût de financement plus élevé (une hausse des taux de 100 points de base représente un coût additionnel de quelque trois milliards d'euros par an, selon eux); des risques de dégradation supplémentaire faute de redressement des finances publiques et enfin de réelles difficultés à retrouver le triple A.

Les grandes entreprises françaises, fortement présentes sur le marché du crédit vont-elles souffrir de la perte du AAA de l'Etat et rencontrer des problèmes de financement ?

"Tout dépendra de l'ampleur de la dégradation. Si la notation de la France est abaissée et que celles des autres souverains AAA ne l'est pas, les corporates auront du mal à résister au regain d'aversion au risque France", explique Badr El Moutawakil, stratégiste crédit chez Natixis.

"Un abaissement de la notation de la France risque de peser sur celles des 'governement rated entities ou institutions' (entités garanties par l'Etat) à l'image de RTE ou EDF notamment. En revanche, il n'y aura pas forcément une dégradation de Total par exemple", ajoute-t-il.

"La faible élasticité des spreads des corporates français à ceux des BTAN et des OAT devrait les conduire à surperformer les spreads de la France en période d'écartement", dit-il en rappelant que la semaine dernière, Vinci, Eutelsat ou encore Unibail ont émis sans difficulté de la dette sur les marchés des capitaux, comme en témoignent des taux de sursouscription élevés.

Si les entreprises non financières sont susceptibles de résister, les banques, fortement exposées à leurs dettes souveraines domestiques, continueront d'être pénalisées.

"C'est difficile de voir BNP Paribas traiter sous son souverain. C'est difficile d'être 'bull' sur les banques françaises si on n'est pas 'bull' sur la France", dit Badr El Moutawakil.

Raoul Sachs

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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