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Marché : Les dettes irlandaise et portugaise encore déclassées

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par Andrei Khalip et Carmel Crimmins

LISBONNE/DUBLIN (Reuters) - La dette irlandaise a subi vendredi un nouveau déclassement au lendemain des résultats des "stress tests" passés par ses banques, et la note de crédit du Portugal a également été abaissée, alimentant les craintes en dépit d'une adjudication réussie.

Le Portugal, considéré par les marchés comme le prochain pays de la zone euro à devoir solliciter une aide internationale, a placé vendredi 1,645 milliard d'euros d'obligations à court terme mais a dû proposer un taux de 5,79%, soit 2,5 points de plus que lors des adjudications similaires l'an passé.

Cela signifie que pour emprunter dans les 15 mois qui viennent Lisbonne doit payer plus cher que l'Espagne sur 10 ans. L'annonce, jeudi, d'un déficit budgétaire qui a représenté 8,6% du PIB en 2010, alors que Lisbonne visait 7,3%, a conforté le haut degré de risque que perçoivent les investisseurs vis-à-vis du Portugal.

Les marchés financiers sont convaincus qu'après la Grèce et l'Irlande, le Portugal devra lui aussi solliciter l'aide de l'Union européenne et du Fonds monétaire international, ce à quoi Lisbonne se refuse farouchement.

Vendredi, Fitch a abaissé de trois crans, de A- à BBB-, la note portugaise à long terme, soit juste un cran au-dessus de la catégorie des investissements spéculatifs. Elle a également conservé une surveillance avec implication négative sur la note.

L'agence de notation avait déjà opéré un déclassement de la dette portugaise la semaine dernière.

De son côté, S&P a abaissé mardi sur les notes souveraines du Portugal et de la Grèce, et continue d'attacher une perspective négative à la dette de Lisbonne.

Le Premier ministre portugais démissionnaire José Socrates a mis un point d'honneur à ne pas solliciter une aide internationale et il ne changera sans doute pas d'avis jusqu'aux élections législatives, fixées au 5 juin. Le gouvernement sortant expédiera d'ici là les affaires courantes, sans avoir le pouvoir de solliciter un renflouement.

Même si le Portugal parviendra sans doute à se refinancer dans les deux mois qui viennent - 4,3 milliards d'euros de dette arrivent à échéance en avril et 4,9 milliards en juin - cela risque de lui coûter très cher.

L'ESPAGNE ÉPARGNÉE

Malgré les événements du Japon et du Proche-Orient, la crise de la dette dans la zone euro ne donne aucun signe d'apaisement.

C'est ainsi que Standard & Poor's a abaissé vendredi la note souveraine longue de l'Irlande de A- à BBB+, estimant qu'une restructuration de la dette irlandaise pouvait être une condition préalable à un plan de soutien via le futur Mécanisme européen de stabilité (MES).

Fitch a pour sa part placé la note irlandaise BBB+ sous surveillance avec perspective négative.

"Nous pensons que l'économie irlandaise a des perspectives de croissance plus fortes que les économies grecque et portugaise étant donné son ouverture (vers l'étranger), sa flexibilité et sa compétitivité", a toutefois jugé Frank Gill, analyste de l'agence.

L'Irlande, qui a reçu une aide internationale de 85 milliards d'euros en novembre, a publié jeudi les résultats des "stress tests" de ses banques, révélant un "trou" dans les fonds propres à combler de 24 milliards d'euros.

Ce montant est conforme à ce qui était prévu et, dans la mesure où la Banque centrale européenne a accepté de suspendre ses exigences en matière de garantie pour ses prêts à l'Irlande, les banques irlandaises se sentaient un peu mieux en Bourse vendredi.

La Commission européenne a jugé que les tests de résistance irlandais avaient été extrêmement rigoureux et qu'il ne fallait plus s'attendre à de nouvelles surprises.

Toutefois, le passif bancaire représente près de 45% du PIB irlandais et la dette irlandaise va dépasser 100% du PIB si les hypothèses des stress tests se vérifient.

L'Espagne paraît pour l'instant épargnée par les déboires qui touchent le Portugal et l'Irlande. Même si elle partage avec ceux-ci certaines caractéristiques - déficit et endettement élevés, problèmes bancaires structurels - Madrid a réagi vite en annonçant un programme de réduction des dépenses et de réformes structurelles.

"Ce pays devrait dégager un taux de croissance positif, quoique lent, conforme à une gestion supportable de la dette publique", note Deutsche Bank dans un rapport, observant en particulier une stabilisation des "spreads" avec les Bunds ces trois dernier mois.

Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire de la BCE, a estimé qu'il fallait encore convaincre les marchés financiers que le Portugal entendait réellement poursuivre une politique budgétaire saine.

Concernant l'Irlande, il pense toutefois qu'elle est sur la voie du redressement en dépit des déclassements. Il estime que les agences de notation ne sont pas en phase avec l'Irlande qui, dit-il, réussira à redresser son économie si elle applique le programme convenu avec l'UE et le FMI.

Avec Sergio Gonçalves et Shrikesh Lexmidas à Lisbonne, Charlie Dunmore à Bruxelles, avec Luke Baker, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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