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Marché : Les banques se préparent au risque de "grexit"

Les banques se préparent au risque de Les banques se préparent au risque de

par Lionel Laurent et Christian Plumb

PARIS (Reuters) - Les banques françaises, qui font partie des établissements bancaires étrangers les plus exposés à la Grèce, préparent dans le plus grand secret des plans d'urgence dans l'éventualité d'une sortie de la République hellénique de la zone euro, ont indiqué à Reuters des sources informées de ces préparatifs.

D'après des responsables de la zone euro, le comité de préparation de l'Eurogroupe avait demandé aux gouvernements de la zone d'élaborer chacun de leur côté des plans d'urgence en cas de retour de la drachme en Grèce.

"Chaque banque a désormais une équipe spéciale chargée de regarder les conséquences possibles d'un retour de la drachme", a dit à Reuters un banquier parisien sous couvert d'anonymat.

Si les banques françaises assurent être prêtes à cette éventualité et pouvoir en absorber les pertes qui en découleraient, aucune d'entre elles n'a souhaité en revanche s'exprimer sur les plans d'urgence mis en place, tout comme les pouvoirs publics.

D'après les données de la Banque des règlements internationaux et corrigées du risque réel pris sur l'emprunteur, les banques françaises ont pour 44,4 milliards de dollars d'engagements de crédit en Grèce contre 13,4 milliards pour les banques allemandes.

"Les banques préparent des plans d'urgence en cas de sortie de la Grèce, mais vous pouvez deviner pourquoi elles ne souhaitent pas que cela se sache publiquement", souligne un consultant travaillant pour les banques françaises, qui n'a pas non plus souhaité être nommé.

Selon un banquier d'affaires, toutes les banques françaises ont mis sur pied des plans de crise sur la Grèce au cours des deux dernières semaines à la demande des régulateurs.

SILENCE DE L'ACP

Ni BNP Paribas, ni le Crédit agricole, de loin la banque française la plus exposée à la Grèce, ni la Société générale n'ont souhaité faire de commentaires.

Interrogée vendredi sur l'existence de plans d'urgence pour les banques et compagnies d'assurance françaises, Danièle Nouy, la secrétaire générale de l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP), chargée de contrôler en France les établissements de crédit et les assureurs, a refusé de répondre.

"Cette question n'est pas le sujet de cette conférence de presse, donc je ne vais pas vous répondre sur cette question", a déclaré Danièle Nouy. La conférence de presse en question portait sur le rapport annuel du pôle commun de l'ACP et de l'Autorité des marchés financiers (AMF) sur la banque, l'assurance et l'épargne.

L'ACP et son président Christian Noyer, qui est aussi gouverneur de la Banque de France, avaient indiqué mi-mai n'avoir donné aucune instruction particulière aux banques concernant la Grèce mais qu'il appartenait à leurs équipes des risques de travailler sur tous les scénarios.

Le nouveau président François Hollande refuse de son côté d'envisager un tel scénario de sortie de la Grèce ("Grexit").

"Ils failliraient à leurs obligations fiduciaires s'ils ne le demandaient pas", a réagi un banquier d'affaires parisien à propos de l'éventualité d'instructions de l'ACP aux banques.

Pour le vice-Premier ministre belge, Didier Reynders, ce serait d'ailleurs une "grave erreur professionnelle" de la part des entreprises et des banques centrales de ne pas préparer de tels plans d'urgence.

FACTURE SALÉE MAIS "ABSORBABLE"

"Je trouve qu'il y a un degré de préparation à Londres plus élevé qu'à Paris. Les banques françaises, pour des raisons politiques, se sont montrées plus réticentes", commente Hubert de Vauplane, associé au cabinet d'avocats Kramer Levin à Paris.

Devant les actionnaires de la banque, réunis mardi en assemblée générale, le directeur général du Crédit agricole SA, Jean-Paul Chifflet a déclaré qu'il travaillait "tous les jours" sur le dossier grec. La banque a aussi resserré son équipe chargée de plancher sur la Grèce.

Depuis les élections législatives du 6 mai dernier, la Grèce est plongée dans une impasse politique qui bloque la mise en oeuvre des réformes exigées en contre-partie du versement d'une nouvelle tranche d'aide de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.

Les investisseurs redoutent du coup que le pays ne soit contraint d'abandonner la monnaie unique, au risque d'entraîner de lourdes pertes dans le secteur bancaire.

Pour Alex Koagne, analyste chez Natixis, la facture s'élèverait à 5,2 milliards d'euros pour le Crédit agricole, 2,9 milliards pour BNP Paribas et 400 millions d'euros pour la Société générale.

"Si c'est juste la Grèce, oui, ce serait absorbable pour les banques françaises. Cela ne les mettrait pas en péril", estime Alain Branchey, directeur senior chez Fitch ratings, responsable pour les banques françaises. "Même le groupe Crédit agricole pourrait l'absorber. Ce serait déstabilisant mais absorbable par les résultats du groupe."

Il tient aussi à rappeler qu'"une sortie de la Grèce de la zone euro n'est pas inéluctable" et considère qu'il est difficile de prévoir toutes les conséquences d'un tel événement.

Avec Matthieu Protard, édité par Gilles Guillaume

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