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Marché : Les banques françaises prêtes en cas de "grexit", mais après ?

Les banques françaises prêtes en cas de Les banques françaises prêtes en cas de

par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Les banques françaises, établissements bancaires étrangers les plus exposés à la Grèce, assurent qu'elles se préparent à toutes les hypothèses et qu'elles pourraient résister à une sortie de la République hellénique de la zone euro ('Grexit').

Banquiers et analystes estiment néanmoins qu'un tel scénario aurait des conséquences telles qu'il est difficile d'en mesurer l'impact réel sur l'ensemble du système bancaire européen.

Le PDG de la Société générale, Frédéric Oudéa, considère d'ailleurs que le risque d'une sortie de la Grèce de la monnaie unique réside surtout dans l'effet de contagion sur d'autres pays de la zone euro.

"L'impact direct du point de vue financier serait gérable (pour les banques françaises, NDLR)", a déclaré mercredi Frédéric Oudéa, qui est aussi le président de la Fédération bancaire européenne (FBF).

"Mais le vrai sujet c'est de savoir comment convaincre la communauté internationale (...) qu'après la Grèce, il n'y aura pas d'autres pays", a-t-il observé sur Europe 1.

Selon des responsables européens, le comité de préparation de l'Eurogroupe a demandé aux gouvernements de la zone euro de préparer des plans de secours face à la possibilité d'une sortie de la Grèce de la zone euro.

Depuis les élections législatives du 6 mai, la Grèce est plongée dans une impasse politique qui bloque le versement d'une nouvelle tranche du plan de sauvetage de 130 milliards d'euros conclu en mars dernier.

Et dans ce contexte, les investisseurs redoutent de plus en plus une sortie du pays de la zone euro même si les responsables européens martèlent que la Grèce doit rester dans la monnaie unique.

"L'impact strictement limité à la Grèce est à peu près gérable, même si ce sera plus compliqué pour le Crédit agricole", souligne un analyste londonien qui n'a pas souhaité être nommé. "Mais le problème est l'effet de contagion sur d'autres pays avec notamment le risque de 'run' (ruée, NDLR) sur les dépôts en Europe du Sud."

PAS D'INSTRUCTIONS SPÉCIFIQUES DE L'ACP

Pour les analystes de la Société générale, une contagion de la crise grecque à l'Espagne et à l'Italie aurait des conséquences beaucoup plus graves pour le système bancaire européen que la seule sortie de la Grèce qui entraînerait des sorties de dépôts de 20% à 30% dans les banques italiennes et espagnoles dans les 12 à 18 mois suivants l'événement.

Lors d'une conférence de presse de l'Autorité de contrôle prudentiel chargé de superviser le système bancaire français, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a indiqué qu'aucune instruction spécifique n'avait été donnée aux banques concernant la Grèce, tout en précisant qu'il revenait aux départements des risques de ces banques de plancher sur tous les scénarios possibles sur ce pays.

"Il est compliqué d'envisager tout ce qui pourrait se passer. Il y a beaucoup d'interdépendance financière", reconnaît un dirigeant d'une grande banque française, qui n'a pas souhaité être cité. "Ce sera compliqué à gérer au niveau des contreparties. Mais oui nos équipes des risques travaillent sur tous les scénarios."

Un autre dirigeant bancaire français évoque quant à lui les risques au niveau des systèmes de paiement entre les banques centrales de la zone euro en cas de sortie de la Grèce.

Selon une enquête menée début mai par Barclays auprès de responsables de 73 banques internationales, 53% des établissements sondés se disent prêts pour un tel scénario, 33% d'entre eux sont encore en train de préparer un plan d'attaque. 13% déclarent ne pas avoir encore prévu de plan d'action.

Très exposé à la Grèce en raison de sa filiale locale Emporiki, le Crédit agricole a redit à ses actionnaires que la banque était prête en cas de sortie de la Grèce, rappelant avoir ramené à 4,6 milliards d'euros le besoin de refinancement d'Emporiki.

"Tous les scénarios sont étudiés au niveau de Crédit agricole SA", a déclaré mardi Jean-Marie Sander, le président de CASA, lors de l'assemblée générale des actionnaires de la banque.

"Notre credo c'est que la Grèce reste dans la zone euro. Mais nous nous sommes préparés à ce scénario (de sortie)", a renchéri Jean-Paul Chifflet. "Je suis tous les jours impliqué sur ce dossier."

La Société générale, également présente en Grèce avec sa filiale Geniki, a aussi assuré qu'elle ne serait pas non plus déstabilisée.

"Un scénario extrême sur la Grèce ne serait pas de nature à déstabiliser la banque", a également dit Frédéric Oudéa aux actionnaires de la banque réunis mardi en assemblée générale.

Pour les analystes de Deutsche Bank, le retour de la drachme en Grèce entraînerait un besoin de recapitalisation de 450 millions d'euros pour Geniki et de 5,1 milliards pour Emporiki.

Edité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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