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Marché : Les agences préparent à une dégradation de la note de la france

Les agences préparent à une dégradation de la note de la franceLes agences préparent à une dégradation de la note de la france

par Matthias Blamont

PARIS (Reuters) - Les agences de notation préparent les autorités et l'opinion publique à une possible dégradation du AAA français alors que la crise de la zone euro et le spectre d'une récession menacent les objectifs de réduction des déficits du gouvernement.

A cinq mois de l'élection présidentielle, les experts de ces organisations viennent également rappeler qu'à l'issue de 37 années ininterrompues de déficit public, Paris doit dépasser le stade des bonnes intentions et repenser entièrement son modèle économique, essentiellement tourné vers la consommation.

Dernière instance en date à agiter le chiffon rouge, Fitch Ratings a prévenu mercredi qu'une aggravation de la débâcle des dettes souveraines était de nature à remettre en cause la note maximale dont la France bénéficie pour refinancer sa dette sur les marchés financiers.

Cet avertissement s'ajoute à celui de Moody's, qui a annoncé le 18 octobre qu'elle se donnait trois mois pour évaluer la perspective "stable" associée la note française et, dans une moindre mesure, à un message de Standard & Poor's envoyé par erreur à certains clients le 10 novembre donnant à penser que la note française était dépréciée.

Les marchés ont, de facto, intégré ce scénario. L'écart de rendement entre les taux à 10 ans de la France et de l'Allemagne (le "spread") évolue à des niveaux historiquement élevés depuis trois semaines tandis que le rendement des emprunts français à 10 ans campe solidement au dessus de 3%.

"Le spread aujourd'hui n'est plus cohérent avec ce que les pays AAA connaissaient jusqu'à présent", confirme Pierre-Olivier Beffy, économiste chez Exane. L'écart de rendement entre les taux allemands et ceux d'autres pays comme la Belgique et l'Autriche est également orienté à la hausse.

LES MARCHÉS DONNENT AAA À LA FRANCE

Natixis souligne dans une étude publiée mardi que les marchés donnent à la France la note AA, et à l'Autriche - l'autre AAA de la zone euro le plus affaibli - une note comprise entre AA et AA+.

"L'annonce (de Fitch) montre que pour l'instant les objectifs de réduction de déficits pour 2012 ne s'appuient pas sur des mesures d'austérité suffisantes sur le front des dépenses comme des recettes. Paris doit clarifier son discours et être beaucoup plus ferme", ajoute Pierre-Oliver Beffy.

"Nous entendons que ces objectifs sont 'intangibles' mais que l'austérité s'arrête là, à court terme, ce n'est pas complètement cohérent", estime-t-il.

Le gouvernement assure "tout" faire pour préserver le AAA. "Il faut regarder objectivement l'impact sur la charge de la dette : il n'y en a pas et nous faisons même des économies aujourd'hui sur ce poste", a déclaré mardi le ministre de l'Economie François Baroin.

Le Premier ministre François Fillon a dévoilé le 7 novembre un nouveau plan d'économies de 65 milliards d'euros d'ici à 2016, dont 18,6 milliards pour la période 2012-2013. L'objectif est de ramener le déficit public à 3% du produit intérieur brut en 2013 contre 5,7% fin 2011.

UNE CROISSANCE TROP FAIBLE ?

Mais le président Nicolas Sarkozy a révisé fin octobre de 1,75 à 1% la prévision de croissance de la France pour 2012, une hypothèse jugée trop ambitieuse par la majorité des économistes à la lumière d'indicateurs macroéconomiques qui confortent de jour en jour la perspective d'une stagnation ou d'une contraction de l'activité.

Un autre écueil réside dans l'approche du scrutin présidentiel. Le gouvernement veut éviter l'annonce de nouvelles mesures de rigueur, impopulaires et susceptibles de menacer l'actuel locataire de l'Elysée.

En l'absence de nouvelles mesures conjuguant à la fois rigueur et préservation de la croissance, exercice considéré comme des plus périlleux, les agences de notation pourraient sanctionner la France juste après le 6 mai, date du second tour de la présidentielle.

L'agence Moody's pourrait quant à elle modifier la perspective du Aaa accordé à la France bien avant.

"Si le gouvernement veut retrouver de vraies marges de manoeuvre, il doit modifier radicalement, et dans la durée, son comportement, c'est le message de Fitch aujourd'hui", fait valoir Philippe Waechter, économiste auprès de Natixis Asset Management.

"Il y a désormais une vraie interrogation sur la façon de 'faire de la croissance' en France, de créer des emplois et de distribuer les revenus. Le pays doit s'interroger et se remettre en question notamment en revitalisant ses points forts, je pense aux services notamment", poursuit-il.

Dans une récente étude, les experts du Conseil de Lisbonne ont estimé que "la France (devait) limiter les dépenses de l'Etat, améliorer les perspectives en matière d'éducation, notamment pour sa population d'origine immigrée et mieux utiliser sa force de travail très qualifiée", ajoutant que l'incapacité de Paris à apporter rapidement des ajustements à son économie constituait une grave source d'inquiétude.

Au 30 juin, le ratio dette sur PIB atteignait 86,2% du PIB et s'approchait ainsi du seuil de 90% jugé critique par tous les spécialistes. Le gouvernement espère le faire baisser à partir de 2013.

L'évolution de la note française, ou de sa perspective, va polariser la classe politique d'ici au 22 avril, premier tour de l'élection.

Edité par Yves Clarisse

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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