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Marché : Les actionnaires de tepco rejettent l'abandon du nucléaire

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par Kevin Krolicki et Taiga Uranaka

TOKYO (Reuters) - Les actionnaires de Tokyo Electric Power (Tepco), l'exploitant de la centrale accidentée de Fukushima, ont rejeté mardi une motion réclamant l'abandon de l'énergie nucléaire.

De nombreux actionnaires, réunis à Tokyo pour une assemblée générale annuelle houleuse, ont dénoncé la gestion par Tepco de la catastrophe à la centrale de Fukushima, consécutive au séisme et au tsunami dévastateurs du 11 mars dernier.

Mais ils n'ont pas réuni un soutien suffisant à une motion prévoyant de démanteler tous les anciens réacteurs et d'arrêter d'en construire de nouveaux.

Bien que cette proposition soit présentée à chaque assemblée générale des actionnaires, elle avait cette année un retentissement plus large en raison de l'accident survenu à Fukushima, à 240 km au nord de Tokyo.

Mais en dépit de l'important soutien de milliers de petits actionnaires, elle n'a pas obtenu l'aval des investisseurs institutionnels tels que Dai-ichi Life Insurance, premier actionnaire de l'opérateur avec 3,43% des droits de vote.

Le rejet de la motion a suscité des cris de protestation parmi les actionnaires qui s'étaient rendus à Tokyo pour faire part de leur mécontentement à la direction de Tepco.

"Il y a beaucoup de tremblements de terre au Japon et après cet accident, je ne pense tout simplement pas qu'il puisse y avoir ici une énergie nucléaire sûre", confiait Takako Kameoka, venu de Saitama.

ACTIONNAIRES EN COLÈRE

Pour Tepco et, au-delà, pour une économie japonaise qui dépend de l'énergie nucléaire pour 30% de son électricité, le rejet de la motion sera accueilli avec soulagement. Tepco, qui s'efforce de relancer sa production, fournit en électricité la région de Tokyo et a déjà annoncé des coupures de courant pour cet été.

En mai, l'énergie nucléaire fournissait encore 20% de l'électricité au Japon, en dépit de la fermeture de 35 des 54 réacteurs nucléaires du pays.

Le Premier ministre, Naoto Kan, a reconnu mardi que la politique énergétique et les orientations à prendre à ce sujet constitueraient probablement le principal thème de débat des prochaines élections législatives.

Mais il s'est dit confiant dans la capacité de son parti, le Parti démocrate, à convaincre l'opinion publique au cours des deux années précédant le scrutin, suggérant qu'il n'est pas prêt à convoquer prochainement des élections.

Naoto Kan, qui a promis de démissionner, a énoncé lundi les conditions préalables à son départ avec notamment l'adoption d'un projet de loi sur le développement des énergies renouvelables.

"Le Japon peut-il se passer de l'énergie nucléaire ?", notait mardi Mitsushige Akino, gestionnaire de fonds chez Ichiyoshi Investment Management. "Combien de Japonais sont-ils prêts à des sacrifices concernant leur niveau de vie ?"

"Le sentiment (antinucléaire) est compréhensible, mais la réalité est que c'est difficile sans un énorme sacrifice au niveau de la croissance et de l'activité économique", ajoutait-il.

La catastrophe a mis Tepco au bord de la faillite. En mai, la compagnie a annoncé une perte annuelle de 15 milliards de dollars et son action en Bourse a plongé de 85%.

HARA-KIRI

L'assemblée générale, qui se tenait dans un hôtel de Tokyo, était entourée d'importantes mesures de sécurité. Des milliers d'actionnaires s'y étaient rendus et des centaines d'entre eux n'ont pu trouver de sièges dans la salle.

Le président de Tepco, Tsunehisa Katsumata, a ouvert la réunion en présentant des excuses. "Nous oeuvrons pour sortir de cette crise aussi vite que possible", a-t-il déclaré. Son discours a été à peine applaudi et un actionnaire furieux a crié à l'adresse des membres du conseil d'administration.

Katsumata a ensuite répondu à des centaines de questions écrites et une femme, au bord des larmes, a critiqué "l'irresponsabilité" de la direction. "Vous auriez dû démissionner le 11 mars", a-t-elle lancé.

Un assistant a suggéré au conseil d'administration de "sauter dans le réacteur et d'y mourir", avant d'être invité par des agents de sécurité à se rasseoir. Un autre a déclaré qu'en d'autres temps, les membres du conseil d'administration auraient été contraints de se faire hara-kiri pour sauver leur honneur.

Les actionnaires ont approuvé la nomination des 17 membres du conseil d'administration, parmi lesquels Toshio Nishizawa, ce qui permettra au conseil d'administration de le désigner officiellement comme prochain président.

La nomination de Nishizawa, qui a rejoint Tepco dès la fin de ses études, en 1975, risque de décevoir des actionnaires qui souhaitaient repartir sur de nouvelles bases. Sa nomination a été repoussée par une majorité des petits porteurs et été accueillie par des huées.

Son prédécesseur, Masataka Shimizu, a démissionné pour assumer la responsabilité de la crise qui a bouleversé la vie de dizaines de milliers de personnes autour de Fukushima. L'indemnisation de ces victimes par Tepco pourrait dépasser les 100 milliards de dollars.

Le gouvernement a adopté cette semaine un plan de sauvetage visant à éviter à la société la faillite, grâce à un fonds d'indemnisation des victimes. Mais ce plan devrait faire l'objet de longues discussions au Parlement où l'opposition et certains élus du parti au pouvoir souhaitent l'amender ou le rejeter.

"Il nous serait très difficile de payer toutes les indemnités tout seuls, sans ce plan", a expliqué Toshio Nishizawa dans un entretien à Reuters.

Avec Shinichi Saishiro et Yoko Kubota, Jean-Stéphane Brosse, Nicole Dupont et Clément Guillou pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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