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Marché : Le soulagement sur la dette américaine sera de courte durée

Le soulagement sur la dette américaine sera de courte duréeLe soulagement sur la dette américaine sera de courte durée

par David Lawder

WASHINGTON (Reuters) - L'accord en vue pour relever le plafond de la dette publique des Etats-Unis est au mieux un léger soulagement pour une économie américaine qui a pratiquement stagné au premier semestre et ne donne guère de signe d'amélioration.

Barack Obama a annoncé tard dimanche soir que les dirigeants démocrates et républicains s'étaient mis d'accord in extremis sur le relèvement du plafond de la dette américaine, écartant le risque de voir la première puissance économique mondiale en situation de défaut de paiement.

Si les parlementaires l'approuvent, le plan prévoyant de réduire de 2.400 milliards de dollars les dépenses publiques sur dix ans rassurera investisseurs, entreprises et consommateurs alors que l'on évoquait un nouvel effondrement du secteur financier américain.

Mais la menace d'une perte par les Etats-Unis de leur triple A demeure avec les risques qu'elle comporte pour les coûts de financements, et la perspective d'autres baisses des dépenses n'offre pas d'occasion de se réjouir.

"Cela aura un impact minimal sur l'économie. Il n'y aura pas de baisse de dépenses au cours des deux prochaines années, ce qui amène à se demander si elles se produiront vraiment", a réagi Peter Morici, professeur d'économie à l'université du Maryland.

Pour beaucoup d'observateurs, la réduction des dépenses publiques est la dernière chose dont les Etats-Unis ont besoin à l'heure actuelle.

UNE ÉCONOMIE AU POINT MORT

Les premiers chiffres du PIB américain au deuxième trimestre, publiés vendredi, ont stupéfait les économistes. La statistique a montré que les Etats-Unis avaient enregistré une croissance de 1,3% en rythme annualisé, au lieu de la progression de 1,8% attendue.

La surprise a été d'autant plus mauvaise que la performance de la première économie mondiale au cours des trois premiers mois de l'année a été révisée en forte baisse, montrant qu'elle a frôlé la contraction au premier trimestre en dégageant péniblement une croissance de 0,4% en rythme annualisé, contre 1,9% affiché précédemment.

La menace d'une rechute de l'économie aura permis aux républicains et aux démocrates de s'accorder sur un point: la baisse des dépenses publiques destinée à réduire les déficits devra être progressive. De fait elle ne commencera pas avant 2013.

S'exprimant dimanche soir devant la presse, le président Barack Obama a déclaré que la première phase de réduction de dépenses, évaluée à 917 milliards de dollars, ne serait pas "brutale au point de constituer un frein à l'économie".

Quelque 1.500 milliards de dollars d'économies devront être définies par une commission bipartisane du Congrès, laissant en suspens la question de savoir si les Etats-Unis ont la volonté politique de résorber leur endettement une fois pour toutes.

Selon Troy Davig, économiste de Barclays Capital, l'accord annoncé ne réduirait les dépenses publiques que de 25 à 30 milliards de dollars au cours de la première année, ce qui pourrait entamer la croissance économique d'un dixième de point de pourcentage.

"Ce n'est pas un frein majeur à la croissance, mais quand l'économie ne progresse que d'un point et demi, beaucoup d'économistes pensent que ce n'est pas le bon moment de se mettre à la maîtrise budgétaire. Nous passons d'un soutien massif à l'économie à une maîtrise massive."

Des réductions plus rapides et de plus grande ampleur auraient pu envoyer au tapis une économie rendue chancelante par les cours élevés du pétrole, les intempéries, le séisme au Japon et la déprime qui sévit toujours sur le marché de l'immobilier.

Il y a une semaine encore, un nouveau plan de soutien à l'économie était évoqué, prévoyant par exemple la reconduction d'exonérations fiscales pour employés et employeurs.

Ces propositions semblaient dimanche avoir disparu de l'accord préliminaire. La commission bipartisane, qui doit proposer de nouvelles réductions de dépenses d'ici novembre, pourrait toutefois revenir sur cette question.

FRILOSITÉ

Certes, un certain soulagement pourrait s'emparer des entrepreneurs et des consommateurs puisque leurs impôts ne devraient pas augmenter et que le scénario catastrophe a été évité.

A de multiplies reprises, l'administration Obama a mis en garde contre le chaos que provoquerait le non-relèvement d'ici mardi du plafond de l'endettement américain.

Cette angoisse est venue s'ajouter aux inquiétudes déjà nombreuses de consommateurs soucieux de leur avenir, qui les incitent à ralentir leurs dépenses.

L'industrie automobile a saisi l'opportunité de la publication de ses résultats pour souligner que l'indécision des ménages américains était perceptible dans ses ventes.

Cette frilosité a été également ressentie dans le marché de l'immobilier avec l'annonce d'une hausse sensible au mois de juin du nombre des annulations de promesses de vente.

Mais l'apaisement risque d'être de courte durée. Dès vendredi, les chiffres de l'emploi devraient rappeler que le taux de chômage continue de caracoler à 9,2%, selon les prévisions d'économistes interrogés par Reuters.

L'accord sur le budget "ne fait rien pour rétablir la confiance des ménages et des entreprises", a souligné Mohammed El-Erian, directeur général du géant de l'investissement obligataire PIMCO.

"Le chômage sera donc plus élevé qu'il ne l'aurait été autrement, la croissance plus faible qu'elle ne l'aurait été autrement et l'inégalité pire qu'elle ne l'aurait été autrement", a-t-il dit sur la chaîne de télévision ABC.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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