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Marché : Le sommet de bruxelles, vraie-fausse défaite pour angela merkel

Le sommet de bruxelles, vraie-fausse défaite pour angela merkelLe sommet de bruxelles, vraie-fausse défaite pour angela merkel

par Noah Barkin

BERLIN (Reuters) - Les grands gagnants du sommet européen de vendredi à Bruxelles semblent être l'Italie, l'Espagne et la France, qui donnent l'impression d'avoir réussi à arracher des concessions clés à la chancelière allemande, Angela Merkel, tandis que celle-ci a laissé transparaître une souplesse d'esprit inhabituelle.

Mais si la zone euro existe encore dans quelques années, ce sommet pourrait bien se distinguer autant par ce qu'auront obtenu les Allemands que par ce qu'ils auront cédé.

"Le fait que Monti, Rajoy et Hollande se réjouissent de ce qu'ils présentent comme une victoire en dit long sur les talents de diplomate de Mme Merkel", estime Holger Schmieding, de Berenberg Bank.

La principale concession de la chancelière a porté sur le pouvoir donné au Mécanisme européen de solidarité (MES) de recapitaliser directement les banques.

Selon les déclarations données après le sommet, Angela Merkel n'a accepté cette décision que sous la menace de Mario Monti de retirer son appui au nouveau "pacte de croissance" européen dont elle avait besoin pour emporter les votes cruciaux de vendredi soir au parlement allemand.

Mais plusieurs hauts responsables européens à Bruxelles ont déclaré à Reuters qu'elle avait en fait laissé entendre avant même le sommet qu'elle pourrait s'accommoder d'une recapitalisation directe des banques.

La seule condition posée par la chancelière à ce principe était le soutien de ses partenaires à une demande clé de Berlin: la création d'une autorité centralisée de supervision des banques affiliée à la Banque centrale européenne (BCE).

Les modalités de fonctionnement de cette nouvelle autorité restent à définir, mais sa création pourrait à terme apparaître comme une victoire d'Angela Merkel et de sa vision d'une Europe intégrée dotée de moyens de contrôle centralisés.

La perte de souveraineté qu'elle implique pourrait donc apparaître au grand jour une fois que le projet aura pris corps, en principe avant la fin de l'année.

"La tonalité du sommet a conduit à le faire apparaître comme une lourde défaite pour Merkel mais, sur le fond de ce qui a été décidé, je ne crois pas que ce soit le cas", a dit Guntram Wolff, directeur adjoint du cercle de réflexion européen Bruegel.

"La recapitalisation directe des banques ne pourra se faire qu'une fois que l'autorité de supervision fonctionnera. C'est sa stratégie depuis le début: oui à l'aide, mais seulement une fois que les mécanismes de contrôle sont en place."

DÉLICATE GESTION DES ANTICIPATIONS

Si sa réputation d'inflexibilité lui vaut d'être copieusement détestée en Grèce et ailleurs (l'hebdomadaire britannique de gauche New Statesman la présente comme "le dirigeant le plus dangereux d'Europe"), Angela Merkel s'est montrée ces derniers mois prête à accepter des compromis sur des mesures anticrise de court terme.

Le mois dernier, Berlin a ainsi concédé une année supplémentaire à l'Espagne pour atteindre les objectifs fixés en matière de déficits. Des responsables allemands ont aussi laissé entendre qu'ils pourraient tolérer une petite poussée d'inflation en Allemagne pour aider les pays du sud de l'Europe, brisant un quasi-tabou de la République fédérale.

Le pacte de croissance conclu à Bruxelles, lui, s'il est brandi comme un trophée par François Hollande, constitue une victoire avant tout symbolique pour Paris, la majeure partie des 120 milliards d'euros concernés correspondant à des fonds structurels déjà inscrits au budget mais mis en réserve.

Dans ces conditions, pourquoi le sommet est-il présenté par autant d'observateurs comme une défaite allemande ?

L'une des explications pourrait avoir été la nécessité d'afficher une ligne très dure jusqu'au sommet européen pour conserver le soutien des parlementaires allemands eurosceptiques avant les votes de vendredi soir.

Les sources de l'UE ont expliqué que Berlin avait insisté, au cours des jours précédant le sommet, pour que le feu vert allemand aux aides directes pour les banques reste confidentiel.

Si elle avait donné l'impression d'avoir conclu un accord sur ce point clé avant le sommet, la chancelière aurait pris le risque de fragiliser la majorité dont elle avait besoin au Bundestag sur le MES et le pacte budgétaire.

"Merkel a été victime de sa propre gestion des anticipations", a estimé Der Spiegel dimanche.

Le seul dossier dont les dirigeants européens n'ont pas eu le temps de débattre à Bruxelles, l'"union budgétaire" européenne sur la voie de laquelle Angela Merkel souhaite engager l'Union, devrait dominer le second semestre 2012.

Et ce débat aura immanquablement un rôle à jouer dans l'optique des élections législatives allemandes de l'automne 2013.

La création d'une autorité commune de supervision bancaire est un premier pas vers l'union plus étroite que la chancelière juge nécessaire pour sauver l'euro. Mais si elle veut aller plus loin, Angela Merkel devra convaincre des pays comme la France ou les Pays-Bas de céder un peu de leur souveraineté à Bruxelles.

"Elle garde le contrôle", déclare un haut responsable européenne. "Mais de nombreux pays attendent toujours qu'elle précise les détails de sa vision. On a le sentiment qu'elle veut aller plus vite que ce que d'autres sont prêts à accepter."

Marc Angrand pour le service français, édité par Natalie Huet

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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