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Marché : Le financement de projet à la merci de bâle iii

Le financement de projet à la merci de bâle iiiLe financement de projet à la merci de bâle iii

par Greg Roumeliotis

AMSTERDAM (Reuters) - Les nouveaux ratios prudentiels imposés aux banques afin d'éviter une nouvelle crise financière comme celle de 2008/2009 risquent de rendre plus difficile et plus coûteux le financement des projets d'infrastructures, dans l'énergie, les transports ou le numérique.

Ces nouvelles règles, connus sous le nom de règles de Bâle III, limiteront la capacité des banques à fournir des prêts dans le cadre de financements de projet que les Etats ou les collectivités locales peinent à prendre en charge en raison de la situation très dégradée de leurs comptes.

"Les banques ont été le fer de lance des projets financés sur fonds privés. Si les financements à long terme exigent plus de capitaux pour les garantir, l'enthousiasme des banques pour les proposer en pâtira", prévient Andrew Davison, vice-président à l'agence de notation Moody's.

En Europe, le développement des partenariat public-privé, pour financer des infrastructures énergétiques, de transport et de communication nécessaires à la poursuite de la croissance économique et de l'emploi sera ralenti.

Le secteur de la construction représente 7,1% de l'emploi total en Europe, selon la Fédération européenne de l'industrie de la construction. Les besoins d'investissement en infrastructures en Europe pourraient atteindre 2.000 milliards d'euros d'ici 2020, selon l'Union européenne.

LES COUTS VONT AUGMENTER

Le financement de projet est aussi une activité importante pour les banques et sa taille a presque doublé en l'espace de dix ans passant de 110,8 milliards de dollars en 2000 à 208,1 milliards de dollars l'année dernière, d'après les données collectées par Project Finance International (PFI), une publication de Thomson Reuters.

"L'on peut s'attendre à ce que le volume des prêts en financement de projet chute très significativement dans les prochaines années avec Bâle III", estime Timothy Stone, responsable global de l'activité infrastructures et projets chez KPMG.

La réglementation prévoit l'instauration d'un ratio de liquidité destiné à s'assurer que les établissements bancaires détiennent suffisamment d'actifs réalisables et disponibles pour faire face à leurs engagements à très court terme. Les prêts dans le cadre du financement de projet ne peuvent être pris en compte pour atteindre ce ratio en raison de leur durée qui les situe parmi les actifs les plus illiquides.

Un second ratio, appelé ratio de liquidité à long terme (Net stable funding ratio), renchérit le coût des financements à moyen et long terme, comme le financement de projet, en obligeant les banques à apparier la durée de leurs financements à celles de leurs engagements.

Si toutes les banques n'abandonneront pas le financement de projet pour autant, leur activité dans ce domaine sera sérieusement affectée, prévient Noburu Kato, responsable des financements structurés à la Sumitomo Mitsui Banking Corporation.

"Je pense que le financement de projet par les banques va continuer parce qu'il y a un besoin croissant de la part des Etats qui ont besoin d'investir dans les infrastructures et des entreprises qui ne veulent pas mobiliser leur bilan. Mais les coûts vont augmenter", a-t-il dit.

NOUVELLES TECHNIQUES

La réglementation de Bâle III n'entrera en vigueur qu'entre 2013 et 2018 mais ses effets se feront sentir bien avant, estiment des banquiers, car les banques voudront montrer aux investisseurs qu'elles sont bien préparées à la mise en place des nouveaux ratios.

"Je pense que l'essentiel des conséquences de Bâle III pour le financement de projet aura été intégré dès 2014", prévient Timothy Stone.

Le financement de projet représente un dixième des financements d'infrastructures au sein de l'UE, selon une étude publiée en 2010 par la Banque européenne d'investissement. La Commission européenne examine toutefois des alternatives comme des émissions obligataires de projets qui permettraient de compenser un éventuel recul des prêts bancaires.

Les émissions obligataires n'ont représenté que 9% des financements de projet à l'échelle mondiale en 2010, selon les données de PFI. Ce segment du marché obligataire a pâti des difficultés des "monolines", ces spécialistes de l'assurance contre le risque de défaut, particulièrement éprouvés par la crise financière.

D'autres techniques de rehaussement de crédit qui permettraient de faire passer la notation d'une obligation de ce type dans la catégorie investissement, la seule accessible à de nombreux investisseurs institutionnels, sont à l'étude ou déjà testées.

L'assureur britannique Aviva s'est ainsi associé au cabinet de consultant Hadrian's Wall Capital pour créer un fonds dédié à ce type d'instrument.

"Notre technique de rehaussement de crédit peut aider le marché obligataire du financement de projet à décoller. Nous avons comme objectif de lever environ un milliard de livres sterling avec notre fonds et avec ce montant nous serons capables de fournir environ 10 milliards de livres de financement", a déclaré Marc Bajer, directeur général de Hadrian's Wall Capital.

Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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