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Marché : La zone euro se demande comment réduire encore la dette grecque

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par Jan Strupczewski

BRUXELLES (Reuters) - Les pays de la zone euro pourraient réclamer un effort supplémentaire au secteur privé pour aider la Grèce à réduire son endettement, ont dit des responsables européens.

Les pays de la zone euro restent engagés dans des négociations techniques de dernière minute avant la réunion lundi de leurs ministres des Finances, censés débloquer une nouvelle aide de 130 milliards d'euros à la Grèce.

Parmi les mesures envisagées, ils songent à ajuster le programme de restructuration de la dette grecque détenue par les investisseurs privés, ont déclaré des responsables européens.

Aux termes du plan de redressement des finances publiques grecques établi en octobre, les pays de la zone euro se sont fixés pour objectif de ramener en 2020 la dette de la Grèce de 160% à 120% de son PIB, un niveau jugé supportable.

Pour cela, ils sont convenus de débloquer avec le Fonds monétaire international (FMI) une nouvelle enveloppe de 130 milliards d'euros en échange de mesures draconiennes d'austérité de la part du gouvernement grec, le tout devant être obligatoirement accompagné d'une participation volontaire des investisseurs privés (PSI).

Or, selon le scénario principal désormais retenu par les bailleurs de fonds de la Grèce (Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI), le niveau de la dette grecque ne sera ramené qu'à 129% de son PIB en 2020, en considérant en outre que le pays dégagera un excédent primaire, c'est-à-dire hors charges de la dette, dès 2013, a dit un responsable européen.

Des experts de la zone euro doivent donc se réunir dimanche, la veille de la réunion des ministres des Finances, pour examiner les mesures susceptibles de se rapprocher le plus possible de l'objectif de 120% afin de ne pas assister à un effondrement complet du complexe échafaudage mis en place pour éviter à la Grèce de faire faillite et de menacer l'ensemble de la zone euro.

"Si on fait un certain nombre de choses, on peut ramener le 129% à près de 120%", a dit un responsable de la zone euro au fait des discussions.

RENONCER AUX INTÉRÊTS

"Il s'agit de: restructurer l'intérêt couru sur les obligations grecques toujours détenues par le secteur privé, diminuer le taux d'intérêt sur les prêts bilatéraux des pays de la zone euro à la Grèce et restructurer les obligations détenues par les banques centrales nationales dans leurs portefeuilles d'investissements", a ajouté ce responsable.

Jusqu'à présent, les difficiles tractations avec le secteur privé visaient à lui faire renoncer à la moitié de la valeur nominale de ses créances sur la Grèce. Désormais, les investisseurs privés pourraient aussi devoir renoncer à une partie des intérêts liés à ces obligations, ont dit des responsables.

Les banques centrales nationales détiennent pour environ 12 milliards d'euros d'obligations grecques. Dans le cadre du premier plan de sauvetage de la Grèce adopté en 2010, d'un montant de 80 milliards d'euros, des taux d'intérêt élevés ont été appliqués aux prêts bilatéraux consentis par les Etats de la zone euro.

"Si on fait tout cela, le ratio (d'endettement) retombe à près de 120%. Et le besoin de financement reste très proche de 130 milliards d'euros", a dit un responsable.

Si aucune de ces mesures n'est adoptée, la contribution des pays de la zone euro pourrait devoir passer de 130 à 136 milliards d'euros. Or une telle perspective pourrait être difficilement acceptée par certains gouvernements confrontés au mécontentement de leur population.

Certains gouvernements envisagent encore une autre possibilité: diminuer la compensation en liquide censée être versée aux investisseurs privés en échange de l'abandon d'une partie de leurs créances.

Dans le cadre du plan de 130 milliards d'euros élaboré en octobre, la part consacrée à cette compensation pouvait atteindre jusqu'à 30 milliards d'euros.

"La compensation est assez élevée", remarque un autre responsable européen impliqué dans les discussions. "Si on finit par mettre les choses en ordre en ramenant la compensation à 20 ou 25 milliards d'euros au lieu des 30 milliards, vous pensez vraiment que les investisseurs vont dire 'oublions l'intégralité de l'accord'? Cela conduirait à une faillite désordonnée et ils perdraient bien plus."

PROBLÈME DE CALENDRIER

"Si nous constatons qu'il y a un manque pour atteindre l'objectif d'endettement de la Grèce, ce qui est désormais évident, comment comble-t-on cet écart? Faut-il que ce soient uniquement les pays de la zone euro qui donnent davantage ou faut-il que le fardeau soit partagé? Nous sommes embarqués sur le même bateau avec les investisseurs privés", ajoute-t-il.

L'idée, soutenue notamment par les Pays-Bas, de réduire le montant de cette compensation survient un peu tard, remarquent cependant certains responsables, qui font valoir qu'un accord a déjà été conclu avec les banques.

"Si on remet ça sur la table, ça ouvre la boîte de Pandore et là, on a un problème car on est pressé par le temps", prévient le premier responsable.

Pour que la Grèce ne fasse pas faillite, l'accord sur un échange de créances avec les investisseurs privés doit intervenir avant le 20 mars, date à laquelle arrivent à échéance 14,5 milliards d'euros de dette grecque. Cela signifie que le processus de restructuration doit être mis en branle dans le courant de la semaine à venir.

Une autre contribution pourrait venir de la BCE si cette dernière renonce aux profits censés provenir des obligations grecques qu'elle a accumulées via ses interventions sur le marché.

"La BCE est prête à renoncer à ces profits, en les rendant, s'il y en a, aux banques centrales nationales, lesquelles devraient alors décider quoi en faire", a dit le premier responsable.

"C'est là que les choses deviennent compliquées car chaque pays dispose de sa propre législation en matière de transfert des profits de la banque centrale nationale au budget national", ajoute-t-il. "Le second problème survient quand l'argent apparaît effectivement dans le budget national car il faut qu'il y ait ensuite une décision de transférer cet argent à la Grèce. C'est là que ça devient encore plus compliqué."

Un troisième responsable prévient toutefois: "La plupart des gens considèrent que défaire l'accord sur l'implication volontaire du secteur privé, très soigneusement négocié entre la Grèce et les investisseurs privés, comporte trop de risques."

Bertrand Boucey pour le service français

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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