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Marché : La france étudie des mini-centrales nucléaires sous-marines

La france étudie des mini-centrales nucléaires sous-marinesLa france étudie des mini-centrales nucléaires sous-marines

par Marie Maitre

PARIS (Reuters) - Une mini-centrale nucléaire sous-marine pour alimenter en énergie bon marché les pays isolés ou les zones insulaires qui ne peuvent s'offrir une grosse centrale nucléaire classique : tel est le projet porté par des scientifiques français.

La France, qui a été la première à développer massivement l'électricité d'origine nucléaire dans les années 1970, voit dans cette nouvelle technologie, issue de celle des sous-marins nucléaires, un marché potentiel, a déclaré un ingénieur spécialisé dans le domaine.

Le constructeur naval militaire français DCNS, va réaliser avec Areva, EDF et le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) des études de faisabilité pendant deux ans, afin d'examiner toutes les questions soulevées par le projet en termes de pollution et de sécurité.

Un premier réacteur nommé "Flexblue" - d'une capacité de production de 50 à 250 mégawatts (MW) à comparer à la puissance d'un réacteur terrestre qui peut atteindre 1.650 MW - pourrait être mis en service d'ici fin-2016.

"Je suis convaincu que c'est réalisable", a déclaré à Reuters, André Kolmayer, chef de la division nucléaire civile de DCNS. "Il y a aujourd'hui 150 sous-marins à propulsion nucléaire qui circulent dans le monde donc mettre une centrale nucléaire sous l'eau n'est pas du tout une nouveauté."

PAS UTILISABLE POUR DES FINS MILITAIRES

"DCNS fabrique des sous-marins depuis 40 ans et nous avons mis 18 réacteurs sous l'eau", a poursuivi l'ingénieur nucléaire, qui a travaillé pour le fabricant de réacteurs Areva pendant 25 ans avant de rejoindre DCNS en 2002.

"Donc la technologie que nous allons utiliser pour Flexblue va être soigneusement démilitarisée mais elle va évidemment profiter de toute cette expérience".

Le réacteur en forme de capsule de 100 mètres de long, de 12 à 15 mètres de diamètre et de 12.000 tonnes sera amarré au fond marin à 100 mètres de profondeur.

Seule sa forme cylindrique rappelle le sous-marin, a détaillé André Kolmayer.

"Il n'y a pas de propulsion, pas d'hélices (...) c'est quelque chose qui descend beaucoup moins bas qu'un sous-marin. On n'aura pas les mêmes qualités de discrétion acoustique, de furtivité, ou de tenue au choc militaire".

La technologie n'est pas utilisable à des fins militaires, a encore précisé l'ingénieur qui estime que Flexblue sera moins vulnérable aux attaques terroristes et aux catastrophes naturelles qu'une centrale située sur la terre ferme.

La question de la sécurité est au coeur des études de la DCNS, a aussi dit André Kolmayer en ajoutant que la profondeur de l'eau protégeait les unités de production d'électricité des accidents d'avion, de la foudre ou d'un raz-de-marée.

Un filet métallique entoure par ailleurs Flexblue, permettant de faire exploser une torpille avant qu'elle n'atteigne le réacteur, a-t-il dit.

"Pour y accéder, il faudrait pouvoir descendre à 100 mètres de fond et ce n'est pas donné à tout le monde", a-t-il expliqué. "Il faut disposer de moyens quasi-militaires".

SECURITÉ CONTESTÉE PAR LES ANTI-NUCLÉAIRES

Si jamais le réacteur rencontrait un problème, une mesure de sécurité permettrait de le noyer, a-t-il encore dit.

"Pour qu'il y ait de fortes émanations radioactives il faut que le coeur (du réacteur) monte à de très hautes températures et se mette à fondre... l'eau éteint tout", a ajouté André Kolmayer en précisant que les études de faisabilité devraient le démontrer.

Les associations anti-nucléaires comme "Sortir du Nucléaire" ont qualifié le projet "d'absurde".

"La radioactivité se diffuse encore plus rapidement dans l'eau que dans l'air, et sans aucun moyen de contrôle en cas d'accident", a dit Anne-Laure Méladeck, coordinatrice du réseau Sortir du nucléaire.

Les réacteurs pourraient être installés par groupes, "un peu comme des fermes éoliennes", à une distance comprise entre cinq et 15 kilomètres des côtes.

Ils pourraient approvisionner des villes de 100.000 habitants dans des pays industrialisés -- et jusqu'à un million dans les pays émergents - et offrir un moyen de production standardisé, facile à assembler, et "bien moins cher" qu'une centrale nucléaire classique, a avancé André Kolmayer.

"Nous nous adressons aux marchés des pays en voie de développement (...) qui ont un réseau électrique de faible capacité qui ne permet pas d'accueillir une grosse centrale nucléaire".

L'ingénieur a estimé le marché mondial des Flexblue à 200 unités, entre 100 et 300 selon le prix que DCNS estime pouvoir aller de 100 millions à un milliard d'euros.

Malte, Chypre ou encore le Maroc correspondent aux marchés visés par la DCNS, même si l'ingénieur a insisté sur le fait qu'il n'avait reçu aucune déclaration d'intérêt.

L'ingénieur compte cependant sur un regain d'intérêt pour l'énergie nucléaire au niveau mondial en raison de la hausse des prix du pétrole et de la montée des préoccupations environnementales.

Avec Mathilde Cru, édité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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