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Marché : La crédibilité d'athènes, enjeu des privatisations

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par Anthony Deutsch et Harry Papachristou

ATHENES (Reuters) - L'enjeu du programme de privatisations que la Grèce vient de relancer ne se résume pas seulement aux milliards d'euros attendus de ces cessions mais également à la nécessité pour Athènes de soigner sa crédibilité auprès de ses bailleurs de fonds et des investisseurs.

Alors que, malgré l'hostilité des Grecs, la classe politique est pressée par ses créanciers de vendre ses actifs au rabais pour diminuer sa dette, elle devra déployer des efforts encore plus volontaires pour restaurer la confiance des investisseurs étrangers et enrayer la corruption en utilisant l'outil des privatisations.

L'organisme des privatisations, le HRADF (Hellenic Republic Asset Development Fund), fondé il y a quinze mois, entend assainir des dizaines d'actifs publics avant de les proposer en concession ou à la vente.

Les premières grandes privatisations - le groupe grec de jeux de hasard et de paris en ligne OPAP, la compagnie publique de gaz DEPA et plusieurs grands projets immobiliers - pourraient être bouclées dès le premier trimestre 2013 et permettre à l'organisme public de combler une partie de son retard.

Le programme était censé rapporter trois milliards d'euros cette année mais le produit des privatisations ne devrait finalement pas dépasser 300 millions.

Beaucoup espèrent que ces privatisations permettront de rompre le cycle de l'austérité et de la récession en Grèce, où le PIB a chuté de près de 25% depuis 2008 et où le chômage touche près d'un Grec sur quatre.

La Grèce, dont le ratio dette/PIB est le plus élevé de la zone euro, a manqué à plusieurs reprises les objectifs fixés par ses bailleurs de fonds internationaux, le FMI et l'UE, et le risque ultime est celui de quitter purement et simplement la zone euro.

Si le programme est mené à terme, les économistes estiment que la contribution des privatisations au PIB pourrait atteindre 3,5% par an dès 2013, soit assez pour remettre la Grèce sur le chemin de la croissance et créer 150.000 emplois à long terme.

Un haut responsable de la HRADF a déclaré que les retards pris par le programme étaient principalement dûs à la nécessité de redresser les entreprises pour pouvoir les vendre.

"Alors que l'intérêt pour la Grèce faiblit, vous ne pouvez pas lancer des appels d'offres pour des avoirs qui ne sont pas sains à 100% et attractifs", a déclaré ce haut responsable, qui tient à rester anonyme. "Nous étudions de manière approfondie toutes les entreprises pour cerner leurs principales difficultés et ensuite les mettre sur le marché", a-t-il dit.

COURTISER LES INVESTISSEURS ÉTRANGERS

Pour créer plus de transparence et attirer les investisseurs étrangers, le HRADF, organisme indépendant dont l'anglais est la langue officielle, a été créé en juillet 2011.

Si sa principale mission est officiellement de récolter 19 milliards d'euros d'ici 2015, le plus important pour lui est d'améliorer l'image de la Grèce sur les marchés internationaux en respectant les critères fixés par le plan d'aide internationale de 173 milliards d'euros.

"Il est absolument essentiel que nous envoyions un signal de changement", a dit cette même source.

Le fonds a connu des débuts cahoteux. Le HRADF suspendu ses travaux pendant cinq mois au motif qu'il ne voulait pas interférer avec les élections législatives et son premier directeur, Costas Mitropoulos, a démissionné moins d'un an après son arrivée en évoquant un manque de volonté politique.

"D'une manière indirecte mais systématique, le gouvernement agit pour saper l'autorité et la crédibilité du fonds", écrivait en juillet Costas Mitropoulos dans sa lettre de démission.

S'exprimant sous couvert d'anonymat, un haut responsable grec a déclaré que l'objectif actuel de privatisations, bien que revu à la baisse par rapport à un objectif initial de 50 milliards d'euros, restait irréaliste parce que "la crédibilité de la Grèce est au plus bas".

Les investisseurs préfèrent acheter des obligations à rendements élevés qu'investir dans des projets d'infrastructures aux résultats incertains, a-t-il ajouté, en se référant à des discussions avec des gestionnaires de fonds américains.

DES PREMISSES DE CHANGEMENT

Néanmoins, les pratiques pourraient commencer à évoluer et pour le mieux.

Fund Energy, le véhicule d'investissement de l'ancien ministre russe de l'Energie Igor Ioussoufov, a été exclu de l'appel d'offres pour DEPA, la compagnie publique de gaz pour laquelle quatorze offres ont été reçues.

Selon une personne présente au moment des faits, Igor Ioussoufov s'était présenté dans les bureaux de la HRADF et avait une offre de 250 millions d'euros en cash pour DEPA. Il y a quelques années, avant la crise, l'affaire aurait pu se conclure rapidement.

Fund Energy n'a pas confirmé cette version des faits mais a dénoncé son exclusion de l'appel d'offres qu'elle juge "illégale" et dit être toujours intéressé par des actifs dans le secteur grec de l'énergie.

Par ailleurs, le programme de privatisations requiert toute une série de réformes administratives. Au moins 77 réglementations techniques, décrets gouvernementaux et directives ministérielles doivent passer le cap de la procédure législative, réputée particulièrement lente en Grèce.

En septembre, un premier accord, de moindre envergure, a été conclu. Le fonds a déclaré qu'il obtiendrait au moins 81 millions d'euros de la concession de 90 ans affectée à un centre commercial qui abritait jadis le centre de télé et radio diffusion des Jeux olympiques de 2004.

Le mois prochain sont attendues la vente du très lucratif opérateur State Lotteries, suivi de celle de la participation de 33% que l'Etat détient dans OPAP ainsi que celle de sa participation majoritaire dans DEPA.

D'autres entreprises et biens de l'Etat devraient grossir la liste des privatisations, dont des ports régionaux, des aéroports et le site de l'ancien aéroport d'Athènes-Hellenikon, un terrain évalué à plusieurs milliards d'euros.

"Le ministre des Finances et le Premier ministre souhaitent vivement montrer aux Européens que les choses avancent et l'une de leurs principales priorités est de montrer que les privatisations sont réalisées", a déclaré Wolfango Piccoli du cabinet d'études et de conseil Eurasia.

"C'est une énorme priorité pour le gouvernement. Et pas seulement en raison des revenus qui en seront tirés; le plus important est d'envoyer un signal."

Mathilde Gardin pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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