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Marché : La chine dans la toile d'araignée des garanties fragiles

La chine dans la toile d'araignée des garanties fragilesLa chine dans la toile d'araignée des garanties fragiles

par Pete Sweeney et Chen Yixin

SHANGHAI (Reuters) - La province chinoise de Zhejiang a pris l'initiative exceptionnelle de partir à la rescousse d'une PME surendettée pour empêcher un effet domino à l'échelon régional et les experts y voient le signe d'une crise de la dette larvée.

Le district de Pujiang (province de Zhejiang), au sud de Shanghai, a volé cette semaine au secours de la société d'emballage Pujiang Hongye. Celle-ci, non contente d'avoir emprunté à tout va, a elle-même aidé d'autres entreprises à obtenir des crédits en apportant sa garantie, selon des sources des autorités locales et un article de presse.

"Pour l'heure, les autorités locales veulent simplement aider cette entreprise à redémarrer sa production", a dit un responsable de ces autorités, ajoutant que le journal local China Enterprise News décrivait de façon relativement précise les modalités d'un arrangement passé entre les autorités et Pan Shaojiang, propriétaire de Pujiang Hongye.

Selon ce journal, Pan Shaojiang a arrêté la production de son entreprise, ne pouvant plus rembourser ses dettes ou assurer ses garanties et est parti pour Dubaï en juillet, soupçonné d'avoir réparti les actifs de la société entre des membres de sa famille.

Habituellement, une PME employant peu de personnel aurait simplement déposé son bilan et aurait été déclarée en faillite. China Enterprise News écrit qu'au contraire les autorités locales ont persuadé Pan Shaojiang de revenir et de redémarrer son entreprise, la police régionale produisant une déclaration affirmant qu'il ne serait pas poursuivi.

Le responsable des autorités locales a dit qu'il ne pouvait pas confirmer les soupçons concernant le transfert d'actifs.

GARANTIES FRAGILES

Ce système de garanties de seconde main s'est répandu à grande vitesse en Chine, dès lors que Pékin s'est employé à assurer un flux de crédit régulier aux PME, qui représentent 60% environ du tissu économique chinois, assument la moitié des recettes fiscales et comptent huit Chinois actifs sur dix.

Mais le Mittelstand chinois a du mal à rester à flot en cette période de ralentissement de la croissance.

Il n'existe aucune statistique publique disponible sur ces garanties tierces en Chine, celles apportées par des sociétés non financières à d'autres sociétés sans lien avec elles, mais les économistes pensent qu'elles sont devenues communes dans le secteur des PME.

Le département des études de la banque HSBC avait publié en 2011 une étude montrant que sur 499 entreprises chinoises émettrices d'emprunts, 41% avaient apporté des garanties à des tierces parties.

"Il est très peu fréquent qu'une tierce partie totalement externe garantisse des prêts, alors que c'est courant en Chine", remarque James Antos, analyste de Mizuho Securities à Hong Kong.

Ce système permet aux banques de prêter à des clients de taille plus réduite, censément plus risqués, s'ils peuvent trouver quelqu'un qui se portera caution.

En théorie, cela permet aux PME d'assurer leur solvabilité et aux banques contrôlées par l'Etat d'atteindre les objectifs fixés par Pékin. Pour certains économistes, un tel système, loin de prévenir le risque, contribue à le disséminer.

Le ralentissement économique a lui aussi grandement contribué au développement de ce mécanisme car les PME ont pu ainsi obtenir des prêts qui leur auraient été normalement refusés. Pour beaucoup d'économistes, ces garanties ne valent même pas le papier sur lequel elles sont transcrites.

RISQUE AMPLIFIÉ

Même les sociétés spécialisées dans la garantie de crédits, dont la caution est beaucoup plus sûre que celles des garanties tierces, semblent avoir quelques problèmes. Près de la moitié des 134 établissements spécialisés de Pékin ont perdu de l'argent au premier semestre 2012, selon des données de la Beijing Guarantee Association.

Le système de garanties "fonctionne de manière inversée, amplifiant le risque plutôt que le maîtrisant et l'émiettant", dit Stephen Green, économiste de Standard Chartered. "La faillite d'une entreprise provoque une réaction en chaîne d'insolvabilité au moment où les cautions sont invoquées, déclenchant à leur tour d'autres garanties", écrit-il dans une note.

Signe que les autorités chinoises prennent très au sérieux la question de l'endettement des PME, le maire-adjoint de Shanghai Tu Guangshao a encouragé les banques à être moins regardantes vis-à-vis des créances douteuses des PME, selon l'édition de jeudi du Shanghai Daily.

Il a expliqué que le récent programme de relance d'un milliard de yuans dévoilé par Shanghai était destiné à inciter les banques à financer davantage les PME.

Pour Stephen Green, les banques doivent vérifier qu'un garant n'a pas engagé les mêmes actifs vis-à-vis d'autres bailleurs de fonds, ce qui n'est pas toujours aisé. "Un seul mauvais prêt et leur capital est balayé et toutes leurs autres garanties ne valent plus rien", résume-t-il.

Frances Cheung, stratégiste de Credit Agricole CIB, observe que les changements réglementaires intervenus permettent aux PME d'avoir davantage accès au marché obligataire, ce qui devrait réduire leur dépendance aux garanties. Mais elle ajoute que la situation vaut "d'être suivie attentivement".

"Si les problèmes de liquidité, voire de solvabilité, des entreprises locales s'aggravent, il y aura un effet de retour sur les autorités locales et sur les banques", dit-elle.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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