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Marché : La bce tentée par l'expérience danoise des taux négatifs

La bce tentée par l'expérience danoise des taux négatifsLa bce tentée par l'expérience danoise des taux négatifs

par Eva Kuehnen

FRANCFORT (Reuters) - Etre ou ne pas être négatif ? Telle est la question pour la banque centrale européenne confrontée à un risque de rechute en récession de la zone euro et à des taux d'intérêt prohibitifs pour les économies espagnole et italienne.

Mais s'il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark, ce pourrait bien être les taux négatifs que l'institution monétaire du pays a dû imposer aux banques qui laissent des liquidités dormir dans ses livres.

La défiance des investisseurs vis-à-vis d'une zone euro incapable de surmonter la crise des dettes souveraines les a poussés à détenir des actifs libellés dans d'autres devises que la monnaie unique européenne comme la couronne danoise.

Face à l'afflux de liquidités, la Banque centrale du Danemark qui entend maintenir sa devise dans des bandes de fluctuations étroites vis-à-vis de l'euro, a opté pour des taux négatifs en fixant à -0,20% le taux de rémunération des dépôts que les banques font auprès d'elle, une décision prise dans la foulée du passage à zéro du taux de rémunération de la facilité de dépôt de la BCE, le 5 juillet.

La Riksbank suédoise avait sauté le pas des taux négatifs dès 2009.

La banque centrale danoise impose par ailleurs une limite au montant que les banques peuvent déposer à vue dans ses livres. Dès que les montants de liquidités déposés par le système bancaire dans son ensemble auprès de la Banque du Danemark dépassent 69,7 milliards de couronnes (9,4 milliards d'euros), tout dépôt supplémentaire est automatiquement basculé sur la facilité assortie du taux négatif.

VOIE DE SORTIE OU IMPASSE ?

L'expérience danoise pourrait servir d'exemple pour la BCE dont deux responsables, Klaas Knot membre du conseil des gouverneurs et Benoît Coeuré membre du directoire, ont récemment évoqué l'éventualité d'un taux de dépôt négatif, nourrissant les anticipations de certains économistes sur une décision dans ce sens dès le mois de septembre.

"Il y a un certain nombre de questions techniques que la BCE devra résoudre auparavant comme de savoir si elle mettra en place un plafond au montant des dépôts à vue des banques auprès d'elle", relève Anders Lumholtz, économiste à la Danske Bank.

Actuellement la BCE sert un intérêt correspondant à son taux de refinancement sur les réserves obligatoires que les banques doivent constituer mais elle ne rémunère pas les fonds déposés en sus. Lorsqu'elle a ramené à zéro le taux de sa facilité de dépôts les banques ont réagi en déplaçant les fonds qu'elles y avaient placé vers leur compte à vue.

Les économistes de la RBS s'attendent à ce que la BCE prépare le terrain aux taux négatifs en modifiant la manière dont elle traite les réserves excédentaires, par exemple en ne rémunérant plus ou en appliquant un taux dépôt éventuellement négatif sur les réserves excédentaires.

La BCE pourrait prendre cette décision dès la réunion de son conseil des gouverneurs du mois d'août, estiment-ils.

Au-delà des enseignements techniques de l'expérience danoise, la question demeure toutefois celle de savoir si une rémunération négative des dépôts des banques constitue une réponse aux problèmes de fond que la BCE doit affronter.

Si la Banque du Danemark cherche à pénaliser des investisseurs prêts à accepter une rémunération négative sur leurs avoirs en couronnes danoises considérés comme une devise refuge face aux désordres de la zone euro, la BCE veut relancer l'activité et abaisser les coûts de financements des pays membres jugés les plus fragiles.

L'idée d'un taux des dépôts négatifs est de pousser les banques à prêter aux ménages et aux entreprises pour stimuler l'activité mais cette politique risque d'être très inefficace en raison de la chute de la demande de crédit dans la zone euro, prévient Patrick Artus, économiste à la banque Natixis.

"Même avec des taux négatifs, les banques ne prêteront pas aux pays de la périphérie" de la zone euro comme l'Espagne ou l'Italie considérés comme trop risqués, estime pour sa part Jürgen Michels, économiste en charge de la zone euro chez Citigroup.

Loin d'être une voie de sortie, l'expérience danoise pourrait s'avérer une impasse pour la BCE.

Un taux d'intérêt négatif sur les dépôts des banques à la BCE pousserait toutefois la Banque du Danemark à réagir, la contraignant à aller un peu plus loin encore en territoire négatif.

"Si la BCE baissait le taux de dépôt en territoire négatif, notre anticipation est que le Danemark lui emboîterait à nouveau le pas et baisserait son propre taux de dépôt plus avant", estime Anders Lumholtz.

"La Banque du Danemark n'a pas eu d'hésitation jusqu'à présent et elle baisserait encore si nécessaire", prévient-il.

Marc Joanny pour le service français, édité par Nicolas Delame

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