Bourse > Actualités > Points de marché > Marché : La bce favorable à une refonte du mode de calcul de l'euribor

Marché : La bce favorable à une refonte du mode de calcul de l'euribor

La bce favorable à une refonte du mode de calcul de l'euriborLa bce favorable à une refonte du mode de calcul de l'euribor

par John O'Donnell et Marc Jones

FRANCFORT/BRUXELLES (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) fait pression sur les responsables des taux interbancaires Euribor en faveur d'une refonte de leur mode de calcul, afin de restaurer la confiance en plein scandale sur la manipulation du Libor, a-t-on appris de sources proches du dossier.

La banque britannique Barclays a accepté le mois dernier de payer 453 millions de dollars d'amende pour manipulation du Libor, un autre taux de référence dont dépend la fixation du prix de milliers de milliards de dollars d'actifs financiers dans le monde.

Barclays a limogé son directeur général et l'affaire menace maintenant d'entacher la réputation de plusieurs autres grandes banques internationales.

La BCE plaide pour une modification en profondeur du système des taux Euribor - l'équivalent des taux Libor pour l'euro - qui passerait par l'abandon du mode de calcul actuel, fondé sur l'estimation par les banques des taux qu'elles pensent devoir acquitter, au profit des taux effectivement pratiqués.

Les autorités de régulation craignent que le mécanisme actuel ne laisse trop de place à des possibilités de manipulation.

La BCE pourrait aussi s'impliquer directement dans la supervision des taux Euribor, créés en 1999 en même temps que la monnaie unique européenne et qui impliquent pour une bonne part les mêmes banques que les taux Libor.

Les taux Euribor ("EURo InterBank Offered Rate") servent de référence pour mesurer les taux que les banques se facturent les unes aux autres lorsqu'elles se prêtent des capitaux, mais aussi pour la fixation de multiples instruments financiers, qui incluent de simples prêts immobiliers aussi bien que des produits dérivés complexes.

TAUX RÉELS CONTRE TAUX ESTIMÉS

Aucune manipulation de l'Euribor n'a pour l'instant été établie et l'association qui en a la responsabilité - Euribor-EBF, une émanation de la Fédération bancaire européenne - assure que le nombre de banques impliquées dans la détermination des taux rendrait difficile toute tentative de fixation artificielle.

"La grande question est de savoir si l'on veut des taux affichés ou des taux réels (...) afin qu'à la fin de la journée, les banques disent quelles opérations elles ont réalisées et à quel prix", a expliqué une source de banque centrale. "Si l'on utilise les transactions effectives, on aura résolu le problème."

Une deuxième source proche du dossier a déclaré: "Tout le monde est pour cette solution. Reste à arrêter le calendrier. L'autre question, c'est de savoir si on utilise un panel (de banques) ou si on travaille sur l'ensemble des données."

La Commission européenne a ouvert une enquête sur des soupçons d'entente concernant le Libor et l'Euribor, ce qui pourrait la conduire à imposer de lourdes amendes.

Parallèlement, le commissaire au Marché intérieur Michel Barnier a commandité une étude sur le fonctionnement des taux de référence, ce qui pourrait l'amener à modifier la réglementation en vigueur.

La BCE fait figure de candidat naturel à la supervision de l'Euribor: l'institution de Francfort et les 17 banques centrales nationales de l'Eurosystème disposent de centaines de spécialistes des marchés monétaires qui sont chaque jour en relation avec les traders impliqués dans le calcul des taux Libor et Euribor.

L'EONIA COMME RÉFÉRENCE ?

L'autre régulateur possible, l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), n'emploie au contraire que 80 personnes pour le moment et manque de l'expérience accumulée par la BCE.

La BCE s'est refusée à tout commentaire sur son éventuelle implication dans un tel système mais le compte-rendu de l'une des réunions qu'elle organise régulièrement avec des spécialistes des marchés monétaires montre que la question de la crédibilité des taux Libor et Euribor a été débattue dès le mois de mars.

"Si la conclusion (de l'enquête de la Commission sur l'Euribor) est que le mécanisme de marché n'est pas fiable, la seule option sera de se tourner vers une institution publique", a déclaré un banquier central de la zone euro.

"Nous ne militons pas pour cela mais la BCE pourrait être candidate. Trouver une alternative n'est pas chose facile."

La BCE participe déjà au calcul d'un autre des principaux taux de la zone euro, le taux au jour le jour Eonia, calcul qui utilise déjà les données effectives fournies par un échantillon de banques.

Mais calquer ce système sur l'Euribor pourrait être compliqué en raison de la réticence actuelle des banques à se prêter les unes aux autres.

"Si l'on utilise les taux effectifs, il est peu probable que l'on dispose chaque jours de marchés liquides sur (des échéances) jusqu'à 12 mois", explique une source de banque centrale. "Cela peut donc être très instable. La liquidité a beaucoup souffert sur le marché non garanti."

Guido Ravoet, directeur général d'Euribor-EBF, a déclaré: "Nous sommes totalement transparents et nous serions heureux que l'Euribor soit soumis à une supervision directe, qui pourrait être assurée par la BCE ou par l'ESMA, par exemple."

Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

Copyright © 2012 Thomson Reuters

Je donne mon avis

TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT L’APPLI
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...