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Marché : La bce devrait signaler une pause après l'accalmie

La bce devrait signaler une pause après l'accalmieLa bce devrait signaler une pause après l'accalmie

par Sakari Suoninen

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne devrait laisser entendre jeudi qu'elle a fait sa part du travail dans l'endiguement de la crise de la dette souveraine en réduisant ses taux et en prêtant des centaines de milliards d'euros aux banques, pour renvoyer la balle aux Etats membres de la zone euro.

En allouant aux banques plus de 1.000 milliards d'euros de liquidités à trois ans depuis décembre, la BCE leur a permis de se financer à des coûts avantageux, avec pour conséquence tangible une stabilisation du marché de la dette des pays périphériques de la zone euro. Pour le président de la BCE, Mario Draghi, une crise du crédit a ainsi pu être évitée.

Des voix s'élèvent désormais pour mettre en garde les responsables de la BCE contre les risques que font peser le déversement de liquidités, au premier rang desquelles figure celle du président de la Bundesbank, Jens Weidmann, qui réclame qu'un scénario de sortie soit d'ores et déjà ébauché.

S'il est encore bien trop tôt pour que la BCE annonce publiquement des mesures de durcissement, il n'a fallu aux économistes que deux semaines pour revenir sur leurs précédentes estimations qui tendaient vers de nouvelles baisses de taux dans les mois à venir.

"Nous n'assisterons sans doute pas à une conférence versant dans l'orthodoxie pure, mais (nous attendons) un message assez clair qui dirait, à moins que l'économie montre de nouveaux signes de décrochage: 'c'est terminé, plus de baisse de taux, plus de liquidités'", a dit à Reuters James Nixon, économiste de la Société Générale.

PAUSE

Mario Draghi a déclaré le mois dernier que l'hypothèse d'une baisse des taux n'avait pas été évoquée lors de la réunion de politique monétaire et les signes augurant d'une stabilisation économiques ont fait refluer les pressions en faveur de nouveaux assouplissements.

Cette pause se reflète d'ailleurs dans le programme de rachat d'obligations souveraines, mis en sommeil ces dernières semaines.

Il est toutefois peu probable que Mario Draghi distille ce jeudi de nouvelles indications sur la stratégie qu'il entend adopter dans ce dossier. Il devrait au contraire rester fidèle à son expression fétiche et se borner à dire que "le programme se poursuit".

Les observateurs devraient par ailleurs scruter avec attention les nouvelles prévisions que publieront jeudi les équipes de la BCE, qui pourraient donner des indices précieux sur la période durant laquelle la politique actuelle sera maintenue.

Avec la hausse des cours du brut, l'inflation de la zone euro reste supérieure à l'objectif que se fixe la BCE, proche de mais légèrement inférieur à 2%.

Ce maintien des prix de l'énergie à des niveaux élevés pourrait contraindre la banque centrale à relever ses prévisions d'inflation, établies en décembre à 2,0% pour 2012 et 1,5% pour l'année prochaine.

L'estimation pour 2013 devrait attirer l'attention des observateurs car elle donnera des indications sur ce qu'attend la BCE en matière d'évolution des cours pétroliers et sur l'impact qu'ils pourraient avoir.

FRACTURE

"S'ils partent du principe que le regain d'inflation est provisoire, cela n'aura guère d'impact sur les chiffres de 2013 et cela donnera une marge de manoeuvre pour une baisse des taux, mais la hausse des cours du brut pourrait inciter la BCE à revoir son évaluation des risques: c'est dans ce domaine qu'ils pourraient percevoir un peu plus de dangers", a déclaré Nick Kounis, analyste d'ABN Amro.

La conférence de presse qui suivra l'annonce de la décision de politique monétaire de la BCE donnera l'opportunité aux observateur de jauger le niveau d'inquiétude de Mario Draghi pour le comparer à celui exprimé par les responsables monétaires plus ouvertement partisans d'une ligne dure.

Les occasions de tester le président de la BCE se font rares depuis que l'Italien a remplacé Jean-Claude Trichet, les responsables monétaires européens ayant été avares de déclarations au cours des derniers mois.

A titre d'exemple, la BCE n'a livré aucun communiqué public pour justifier sa décision d'exclure les actifs souverains grecs qu'elle détient du champs d'application des clauses d'actions collectives susceptibles d'être déclenchées par la Grèce.

Si l'impact immédiat des allocations de prêts à trois ans par la BCE a été salué de part et d'autre, les plus pointilleux des membres du conseil des gouverneurs souhaitent que s'ouvre d'ores et déjà un débat sur les conséquences potentielles de ces opérations en termes de déséquilibres et de hausse des prix.

Jens Weidmann a adressé récemment une lettre à Mario Draghi pour lui faire part de ses préoccupations quant à l'assouplissement des règles sur l'éligibilité des collatéraux aux opérations de financement de la BCE.

Cette démarche révèle une fracture au sein du Conseil des gouverneurs sur le rapport au temps et sur le rôle de la BCE.

Mario Draghi devra donc rassurer l'Allemagne et lui donner les gages de sa fidélité aux traditions de la Bundesbank, en premier lieu à celle de l'euro fort.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Marc Angrand

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