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Marché : L'ue envisage d'assurer la dette espagnole

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par Julien Toyer et Paul Taylor

MADRID/PARIS (Reuters) - La zone euro envisage de venir en aide à l'Espagne en mettant en place un système d'assurance pour les investisseurs qui achètent des obligations d'Etat, une démarche qui vise à préserver l'accès du pays aux marchés, tout en minimisant le coût pour les contribuables, apprend-on de sources de l'Union européenne.

L'une des sources précise qu'un tel programme pourrait coûter au MES, le fonds d'urgence européen, environ 50 milliards d'euros sur un an. Il permettrait à l'Espagne de faire face à la totalité de ses besoins de financement et déclencherait le programme d'achats d'obligations espagnoles sur le marché secondaire par la Banque centrale européenne (BCE).

Selon le schéma, dit d'assurance au premier risque, actuellement à l'étude à Madrid, Paris, Berlin et Rome, le Mécanisme européen de Stabilité (MES) garantirait 20 à 30% de chaque nouvelle obligation émise par l'Espagne.

Ce plan viendrait en aide à Madrid, sans vider les caisses du MES, tout en évitant un effet de contagion à l'Italie.

Le Premier ministre finlandais Jyrki Katainen avait évoqué l'idée à l'issue d'une rencontre avec François Hollande mardi: "Afin de sauvegarder l'argent public, nous pourrions étudier la possibilité d'une intervention du MES sur le marché primaire, avec un effet de levier garantissant une partie seulement de la dette émise par l'Espagne", avait-il dit.

Ce serait la première fois que la zone euro utiliserait le mécanisme d'assurance au premier risque, créé l'an dernier pour soutenir les pays en difficultés avant qu'ils ne perdent l'accès aux marchés financiers.

EFFET DE LEVIER

Une autre possibilité serait pour le MES de racheter directement des obligations lors des adjudications, mais cela pourrait revenir plus cher, avec un effet de levier plus limité. La réglementation des fonds d'urgence de la zone euro les autorise à acheter, dans le cadre d'un programme d'assistance, la moitié au plus de toute émission obligataire.

Dans les deux cas, Madrid se verrait dans l'obligation de signer un protocole d'accord avec ses partenaires européens dans le cadre duquel elle s'engagerait à respecter un calendrier de mise en place de mesures d'austérité et de réformes économiques, et à accepter une supervision internationale.

Dans le jargon européen, ce programme prendrait la forme d'une ligne de crédit de précaution (Enhanced Conditions Credit Line - ECCL+) avec protection d'investisseurs.

Une porte-parole du gouvernement espagnol a déclaré qu'elle n'était pas au courant de la tenue de discussions à ce sujet et que l'Espagne était attachée à la mise en place d'une union bancaire européenne et au respect par les dirigeants des pays de la zone euro des engagements pris en juin.

Les marchés financiers et la plupart des pays de la zone euro font pression sur Madrid pour qu'elle demande une aide internationale globale, après avoir obtenu en juin un financement européen d'un maximum de 100 milliards d'euros pour recapitaliser son système bancaire.

L'espoir de voir le pays solliciter rapidement une aide internationale pour soulager le service de sa dette a permis au Madrid de placer facilement près de quatre milliards d'euros d'obligations à deux, trois et cinq ans jeudi.

Selon des sources européennes, l'Espagne serait prête à demander dès le week-end prochain l'aide de la zone euro pour consolider ses finances publiques mais l'Allemagne préfèrerait que Madrid attende encore.

"PERSONNE NE VEUT D'UN PLAN GLOBAL"

"Il s'agit d'un maximum de 50 milliards d'euros", a déclaré l'une des sources européennes qui n'a pas voulu être identifiée en raison du caractère sensible du sujet.

"Dans le cadre de ce schéma, les États fixeraient les conditions et s'assureraient qu'elles sont respectées, et la BCE fournirait la puissance de feu."

Une autre source bien placée de la zone euro a précisé qu'il s'agissait de l'option principale envisagée pour le moment.

"Un plan global (d'aide) retirerait l'Espagne du marché et coûterait environ 300 milliards d'euros sur deux ans (...) Mais personne ne veut d'un plan global, personne ne veut les retirer du marché", a déclaré la deuxième source.

"Ce pourrait donc être une ligne de crédit de précaution, qui serait utilisées pour acheter des obligations sur le marché primaire, en utilisant l'effet de levier des 20-30% d'assurance au premier risque."

Selon une troisième source, un tel plan serait bien adapté à l'Espagne, dont les besoins de financement s'élèvent à 207 milliards d'euros en 2013, ce qui signifie qu'une assurance au premier risque d'une valeur de 50 milliards d'euros lui permettrait de tout emprunter auprès d'investisseurs privés.

Selon la deuxième source, ce plan pourrait au mieux ne coûter que 30 milliards, permettant à Madrid d'emprunter 150 milliards, plus que ses besoins d'emprunt à long terme en 2013.

Selon les statuts du fonds d'urgence de la zone euro, une ligne de crédit de précaution doit être comprise entre 2% et 10% du produit intérieur brut (PIB) du pays concerné, ce qui, dans le cas de l'Espagne, représente 20 à 100 milliards d'euros.

Ce programme serait prévu pour durer un an, renouvelable deux fois pour une période de six mois. Chaque renouvellement exigerait une décision unanime des gouvernements de la zone euro.

Les trois sources ont précisé qu'aucune décision n'avait encore été prise pour le moment et que cela pourrait prendre plusieurs semaines avant que les négociations n'aboutissent.

Les dirigeants français, italiens et espagnols discuteront du calendrier d'une demande d'aide à l'Espagne en marge d'un sommet méditerranéen à Malte vendredi, ont précisé deux sources.

Juliette Rouillon pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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